Ingo Swann, c’est le nom qui revient dès qu’on parle de remote viewing, la « vision à distance ». Peintre new-yorkais né en 1933 et mort en 2013, il a été le premier sujet testé par le Stanford Research Institute dans le cadre d’un programme financé par la CIA à partir de 1972.
C’est aussi lui qui a eu l’idée de viser une cible à partir de simples coordonnées géographiques, et lui qui a conçu la méthode enseignée ensuite aux « espions psychiques » de l’armée américaine.
Depuis quelque temps, pourtant, on le connaît surtout pour une phrase : en 1973, il aurait « vu » les anneaux de Jupiter six ans avant la sonde Voyager 1. Autant vous le dire tout de suite, les archives racontent une histoire plus intéressante que la légende. Certes, Swann a été étudié très sérieusement, par des physiciens et par des officiers de renseignement.
Mais je n’ai trouvé aucune réplication indépendante réussie de ses principales expériences, et sa description de Jupiter ne dit pas du tout ce que les réseaux sociaux lui font dire.
Pour cet article, je suis reparti des documents d’origine : la transcription de la séance « Jupiter » rédigée le soir même, les rapports du SRI déclassifiés, le bilan interne de l’officier de la CIA qui suivait le dossier, les versions contradictoires du physicien présent lors du fameux test du magnétomètre…
Et une séance consacrée aux îles Kerguelen dont personne ne parle en France. Vous saurez ainsi qui était Swann, ce qu’il a réellement fait, et ce qui tient encore debout. C’est parti !
Qui était Ingo Swann ?
Ingo Swann (1933-2013) est un peintre et écrivain américain, considéré comme le pionnier de la vision à distance. De 1971 au milieu des années 1980, il a servi de sujet d’expérience, puis de consultant, à plusieurs laboratoires de parapsychologie new-yorkais et au Stanford Research Institute (SRI), en Californie, dans le cadre de recherches financées par la CIA, puis par l’armée américaine.
Petite précision de vocabulaire pour ceux qui découvrent le sujet : la vision à distance désigne la capacité supposée de décrire un lieu ou un objet éloigné, sans aucun moyen sensoriel connu. Mais Swann a aussi été testé sur la psychokinésie, autrement dit l’action supposée de l’esprit sur la matière, que je détaille dans mon guide sur la télékinésie. C’est d’ailleurs ce volet, presque toujours oublié, qui m’a donné envie d’ouvrir ce dossier.
Sa fiche en un coup d’œil
- Nom complet : Ingo Douglas Swann
- Naissance : 14 septembre 1933, à Telluride (Colorado)
- Mort : fin janvier 2013 à New York, à 79 ans (le 31 janvier selon la plupart des sources, le 1er février selon l’hommage du parapsychologue Edwin May)
- Métiers : peintre, écrivain, sujet d’expérience puis consultant du SRI
- Capacités revendiquées : sortie hors du corps, vision à distance, psychokinésie
- Ce qu’on lui doit vraiment : l’expression « remote viewing » (selon son propre récit) et la méthode CRV, enseignée à une unité de l’armée américaine entre 1982 et 1984
- Archives : 204 boîtes de documents à l’université de West Georgia, aux États-Unis
Avant d’entrer dans le détail, voici d’abord toute sa trajectoire sur une seule frise. Gardez-la sous la main : les dates vont beaucoup compter dans la suite.

Vous ne trouverez aucune photo de Swann dans cet article, et ce n’est pas un oubli : aucune n’est publiée sous licence libre, et ses ayants droit (la société Swann-Ryder Productions) interdisent toute réutilisation sans accord écrit. Je préfère respecter ça plutôt que d’aller me servir dans Google Images.
Avant la CIA : un peintre de Manhattan qui disait sortir de son corps
Telluride, l’armée, puis l’ONU
Swann naît dans une petite ville minière des Rocheuses. Il raconte avoir vécu sa première sortie hors du corps vers deux ou trois ans, sous anesthésie, pendant une opération des amygdales : il aurait vu, d’en haut, le chirurgien jurer, puis l’endroit où l’on rangeait ses amygdales.
Toutefois, les versions ne s’accordent même pas sur son âge, et personne d’autre que lui ne peut en témoigner. C’est un souvenir d’enfance, rien de plus, mais il va structurer toute sa vie.

Diplômé en 1955 du Westminster College de Salt Lake City (en biologie selon le fonds d’archives de West Georgia, en biologie et en art selon lui), il sert ensuite environ trois ans dans l’armée américaine en Extrême-Orient, puis s’installe à New York en 1958. Il y occupe, jusqu’à la fin des années 1960, des emplois qu’il qualifie lui-même de subalternes au secrétariat des Nations unies.
Au passage, méfiez-vous du « vétéran de la guerre de Corée » qu’on lit parfois, car l’armistice a été signé en 1953, deux ans avant son diplôme.
Un peintre autodidacte, et un scientologue de haut rang
Le soir et le week-end, Swann peint. Autodidacte, il développe dès la fin des années 1950 un style qu’on range aujourd’hui dans l’art « cosmique » ou visionnaire : nébuleuses, silhouettes lumineuses, paysages intérieurs.
Ses toiles sont aussi entrées dans les collections de l’American Visionary Art Museum de Baltimore, et en 2026 encore, le Palm Springs Art Museum en expose dans une exposition collective consacrée à l’art et à la magie, A Queer Arcana.
Autre fait que la plupart des biographies passent sous silence : Swann est alors un scientologue très engagé. En 1973, un magazine de l’Église de scientologie le présente comme « OT VII », l’un des niveaux les plus avancés, et le cite encore en 1978, alors que Swann affirmera avoir quitté le mouvement en 1975. Pourquoi est-ce que ça compte ?
Parce que la scientologie enseigne l’« extériorisation », une forme de sortie hors du corps, et que Harold Puthoff, le physicien qui va l’accueillir au SRI, était lui aussi un scientologue avancé à l’époque (il s’en éloignera à la fin des années 1970). Martin Gardner le soulignait d’ailleurs dès 1977 dans la New York Review of Books. Ça ne prouve rien sur les expériences elles-mêmes, mais c’est un contexte qu’il faut connaître.
1971 : l’entrée dans les laboratoires new-yorkais
À l’automne 1971, Swann se retrouve à l’American Society for Psychical Research (ASPR), une vieille société savante installée dans une maison de la 73e rue, à Manhattan. Son directeur de recherche, Karlis Osis, cherche en effet des sujets capables de « sortir de leur corps » à la demande.
Le protocole est simple et assez astucieux. Swann s’assoit dans une pièce en pénombre, relié par des électrodes à un polygraphe installé dans la pièce voisine (activité cérébrale, rythme cardiaque, respiration). Au-dessus de lui, une étagère suspendue à une soixantaine de centimètres du plafond porte un plateau d’objets invisibles depuis sa chaise : un parapluie, un étui à ciseaux, une pomme… Il doit aller les « voir », puis les décrire et les dessiner.
Huit sur huit : un score à relativiser
D’après le bulletin de l’ASPR de l’été 1972, une psychologue a ensuite apparié à l’aveugle les dessins et les plateaux de huit séances. Résultat : huit sur huit, soit environ une chance sur 40 000 par hasard. À première vue, c’est impressionnant.
Dans le détail, pourtant, ça l’est un peu moins. D’abord, Swann était seul dans la pièce avec les cibles, sans observateur, ce dont le magicien Milbourne Christopher s’est étonné. Ensuite, ses dessins n’étaient pas exacts dans tous leurs éléments, il le reconnaît lui-même. Et un appariement réussi montre qu’on peut relier chaque dessin au bon plateau, pas que le sujet a « vu » quoi que ce soit hors de son corps.
Enfin, le bulletin d’une société savante n’est pas une revue à comité de lecture, et ces résultats n’ont, à ma connaissance, jamais été reproduits de façon indépendante.
Quant à la sortie hors du corps, je l’ai moi-même approchée adolescent, avant d’arrêter net (je raconte pourquoi sur ma page À propos). C’est pourquoi je lis ces récits avec beaucoup d’intérêt, et avec la même prudence que j’applique à mes propres souvenirs.
8 décembre 1971 : la naissance du mot « remote viewing »
C’est aussi à l’ASPR, le 8 décembre 1971 selon ses mémoires, que Swann aurait proposé l’expression « remote viewing ». Ce soir-là, la chercheuse Janet Mitchell lui tend une enveloppe scellée contenant le nom d’une ville, Tucson, en Arizona. Swann décrit un temps pluvieux et froid, puis un coup de fil au service météo local confirme.
Il suggère alors « remote sensing » ou « remote viewing », et Osis comme Schmeidler préfèrent le second. Le récit est de Swann seul, aucun document de 1971 ne le corrobore, mais le physicien Russell Targ lui attribue lui aussi la paternité du terme.
Ingo Swann et la psychokinésie : les expériences que tout le monde oublie
Tout le monde associe Swann à la vision à distance. Pourtant, avant d’être un « espion psychique », il a d’abord été testé comme sujet de psychokinésie. Trois dossiers existent, et ils intéressent directement un site comme Psytheos : tous reposent sur une mesure instrumentale, ce qui vaut déjà beaucoup mieux qu’un témoignage.
Les thermistances de Gertrude Schmeidler (1971)
En octobre 1971, la psychologue Gertrude Schmeidler installe dans son laboratoire du City College de New York des thermistances, des capteurs de température très sensibles, reliées à un enregistreur continu. Certaines sont enfermées dans des bouteilles thermos, parfois à plusieurs mètres de Swann, qui doit tantôt « réchauffer », tantôt « refroidir » la cible dans un ordre fixé à l’avance.
Au total, sur cinq séances, Schmeidler rapporte des écarts significatifs et les publie en 1973 dans le Journal of the American Society for Psychical Research, une revue à comité de lecture.
J’ai détaillé ce protocole, remarquablement sérieux pour l’époque, dans mon article sur la cryokinésie. Retenez simplement ceci : c’est, sur le plan de la méthode, la meilleure expérience de psychokinésie de Swann. Et plus de cinquante ans après, je n’ai trouvé aucune réplication réussie, un constat que partage l’Institut Métapsychique International.
Le magnétomètre de Stanford (6 juin 1972)
C’est l’épisode qui a tout déclenché. En juin 1972, Harold Puthoff, physicien spécialiste des lasers au SRI, invite Swann en Californie. Son premier réflexe : le tester d’abord en psychokinésie. Il l’emmène au sous-sol du bâtiment de physique Varian, sur le campus de Stanford, où le jeune physicien Arthur Hebard utilise un magnétomètre ultra-sensible (un SQUID) conçu pour traquer les quarks.
L’appareil est en effet enterré sous le sol et enveloppé de plusieurs blindages, dont un blindage supraconducteur. Un faible champ de calibration dessine sur l’enregistreur une courbe régulière, stable depuis une heure.
Petite précision au passage, parce que la confusion est partout : le Stanford Research Institute est indépendant de l’université Stanford depuis 1970. Le test a bien eu lieu sur le campus, sur un appareil de l’université, mais ce sont les chercheurs du SRI qui menaient le jeu.
Deux physiciens, deux versions
La suite existe en plusieurs versions. Celle de Puthoff, publiée dans les actes d’un congrès en 1975 puis dans le livre Mind-Reach (1977) : quelques secondes après que Swann a porté son attention sur l’intérieur de l’appareil, la fréquence du tracé double pendant une trentaine de secondes. Puis, quand on lui demande de stopper la variation du champ, la courbe reste plate environ 45 secondes. Enfin Swann, fatigué, lâche prise.
Quant à la version d’Arthur Hebard, livrée à des journalistes et à des chercheurs entre 1974 et 2000, elle est nettement moins spectaculaire. Selon lui, l’effet serait survenu après de longues minutes, pas quelques secondes. La même perturbation se produisait, d’après lui, quand la pression variait dans la ligne d’hélium partagée avec d’autres laboratoires, et il dit l’avoir reproduite plus tard en bouchant cette ligne.
Surtout, le lendemain, alors qu’il y avait moins de monde dans la pièce, Swann n’a rien obtenu. Hebard a pourtant démenti avoir traité Puthoff de menteur, et il n’a jamais exclu complètement que Swann ait provoqué quelque chose.

Ce qu’en disent Swann, Puthoff et la CIA
Et Swann, qu’en dit-il ? Deux choses que presque personne ne cite. D’abord, qu’un nouvel essai, le 7 juin au soir, n’a rien donné. Ensuite, qu’il ne cherchait pas à agir sur l’appareil mais à le « voir » de l’intérieur pour le dessiner : selon sa propre définition, ce n’était donc pas de la psychokinésie. Quant à Puthoff, il écrit à Gertrude Schmeidler le 30 juin 1972 qu’il s’agit d’une observation, pas d’une expérience, puisque l’enregistrement n’était pas contrôlé.
Côté CIA, en revanche, l’histoire a vite gagné en assurance. Dans son bilan interne de 1977, l’officier Kenneth Kress, qui a suivi le projet, écrit que ces variations « n’avaient jamais été observées avant ou après la visite ». Pourtant, Hebard affirme exactement l’inverse, et Kress ne dit pas un mot de l’échec du lendemain.

Donc concrètement : un tracé a bien été perturbé ce jour-là, devant des physiciens. Mais l’événement n’a pas pu être répété, n’a jamais été publié dans une revue à comité de lecture, et le témoin le plus compétent l’attribue à une cause banale. À mes yeux, ça reste néanmoins une anecdote troublante. Pas une expérience.
Le générateur aléatoire de Maimonides (1975)
Passons au troisième dossier, sans doute le plus proche de ce qu’étudiaient les grands laboratoires de l’époque. En 1975, Edwin May et Charles Honorton testent Swann au Maimonides Medical Center de New York sur un générateur de nombres aléatoires électronique, qui produit 50 tirages par seconde.
Sur 29 séries de 1 000 tirages, ils rapportent un écart par rapport au hasard (p ≈ 0,01), alors que 30 séries témoins réalisées sans Swann restent parfaitement dans la norme. Détail curieux : les dix dernières séries, avec Swann isolé à distance derrière deux doubles parois d’acier, sont significatives à elles seules.
Le compte rendu a ensuite été présenté à un congrès de l’American Physical Society en février 1976. Toutefois, je n’ai trouvé ni publication complète dans une revue, ni réplication. Pour situer ce genre de résultats dans l’ensemble des recherches sur les générateurs aléatoires, voyez mon article La télékinésie existe-t-elle ?.
Un effet ne compte que s’il se refait.
À Stanford, une simple ligne d’hélium a peut-être suffi à brouiller le débat. Chez vous, ce sont la convection, la chaleur des mains ou l’électricité statique. La Formation vous apprend à écarter ces faux positifs un par un, jusqu’au test sous bocal, avec des exercices guidés du débutant à l’expert.
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De SCANATE à Star Gate : ce que Swann a vraiment fait pour la CIA
1972 : comment la CIA arrive au SRI
D’abord, Puthoff fait circuler un compte rendu de l’épisode du magnétomètre, et le 27 juin 1972, il en adresse une version à un analyste de la CIA. Puis, en août, deux représentants de l’agence viennent travailler quelques jours avec Swann.
Selon Kress, cette première visite a coûté 874 dollars, ce qui en dit long sur l’ambiance artisanale de l’époque. Enfin, le 1er octobre 1972, le service technique de la CIA signe avec le SRI un contrat d’environ 50 000 dollars. Le programme qui deviendra, bien plus tard, Star Gate vient de naître.

Swann n’est pas le seul sujet. Selon un mémo de la CIA de janvier 1975, ils sont six, dont Uri Geller et Pat Price, un ancien policier californien, et seul Price savait que la CIA finançait les recherches. Pour Geller, les expériences de dessin et l’article de Nature de 1974, je vous renvoie à mon enquête sur Uri Geller : inutile de tout refaire ici.
L’idée des coordonnées géographiques
L’apport le plus durable de Swann tient en une idée, et elle est bien de lui. Plutôt que d’envoyer un expérimentateur sur un site cible, pourquoi ne pas donner au sujet de simples coordonnées, latitude et longitude ? Puthoff lui-même lui en attribue la paternité, et le SRI baptise l’idée SCANATE, pour scanning by coordinate.

Le rapport SCANATE, aujourd’hui consultable dans les archives de la CIA, décrit un entraînement sur 100 coordonnées, à raison de dix par jour pendant dix jours, avec un retour après chaque essai. Voici par exemple deux essais de la dernière série. Pour un point situé sur la rive est du lac Victoria, Swann décrit une terre avec un lac à l’ouest. De même, pour un point à une trentaine de kilomètres du volcan Hekla, en Islande, il évoque un volcan au sud-ouest.
Troublant ? Oui. Mais le SRI lui-même qualifie ces résultats d’« indicatifs seulement », parce qu’un sujet cultivé peut connaître la géographie du globe, ou recevoir sans le vouloir des indices de l’expérimentateur. Or Swann lisait énormément, puisque sa bibliothèque personnelle, conservée avec ses archives, compte plus de 1 600 titres.
Les Kerguelen : un test sur sol français
Voici l’épisode que je n’ai trouvé dans aucun article francophone, alors qu’il nous concerne directement. Le 21 juillet 1973, on donne à Swann les coordonnées 49°20′ sud, 70°14′ est. Ce sont les îles Kerguelen, territoire français perdu au sud de l’océan Indien, à environ deux kilomètres de la base de Port-aux-Français.

Dans Mind-Reach, Targ et Puthoff présentent la séance comme une réussite : Swann aurait décrit une île, des bâtiments, et même une installation de recherche franco-soviétique. C’est en partie vrai, et c’est ce qui rend l’épisode si séduisant. Selon l’Institut français d’histoire de l’espace, la coopération franco-soviétique pour le lancement de fusées météorologiques aux Kerguelen commence justement en 1973.
Ce que révèle le rapport original
Mais le rapport original raconte autre chose à qui le lit jusqu’au bout. Juste après que Swann a prononcé le mot « île », le texte note entre parenthèses que l’expérimentateur vérifie et lui donne un retour positif. Autrement dit, en pleine séance, on lui confirme qu’il est sur la bonne piste. Par ailleurs, Pat Price avait reçu les mêmes coordonnées la veille, ce qui n’est presque jamais mentionné.
Les deux hommes évoquent une piste d’atterrissage, alors que l’archipel n’en a jamais eu : un projet d’aérodrome a été étudié pendant des années, puis abandonné. Enfin, Mind-Reach admet lui-même que Swann a pu voir l’archipel dans des magazines ou à la télévision.
Un dernier détail, pour l’anecdote. Swann a raconté que la France et l’URSS auraient protesté par la voie diplomatique après cette séance. Mais Puthoff, Targ et un ancien responsable de la CIA l’ont démenti auprès du journaliste Jim Schnabel. Même les belles histoires ont leurs limites.
Le site secret de Virginie : deux récits incompatibles
Autre épisode de 1973, et parfait exemple de ce qu’il faut toujours faire : comparer les sources. Un officier de la CIA fournit des coordonnées en Virginie, que Swann décrit le 29 mai 1973, et Pat Price quelques jours plus tard. Dans le récit publié par Targ et Puthoff, c’est une réussite quasi parfaite.
Dans le bilan interne de Kress, en revanche, les coordonnées étaient celles de la maison de vacances de cet officier, et les deux sujets ont d’abord livré des descriptions qui ressemblaient à des « échecs apparents » : ils parlaient d’une installation militaire… qu’on a ensuite trouvée à quelques kilomètres de là.
Kress juge finalement le résultat « mitigé », certaines informations, comme les noms des personnes sur le site, s’étant révélées fausses. Deux documents, deux histoires, et c’est le texte écrit pour un usage interne qui se montre le moins flatteur.

La méthode CRV et la formation des militaires
Au début des années 1980, Swann revient au SRI comme consultant, avec une mission précise : transformer ses intuitions en méthode transmissible. Le résultat s’appelle le Coordinate Remote Viewing (CRV), et c’est probablement son véritable héritage.
Six étapes pour séparer le signal du bruit
L’idée centrale est simple, et franchement intéressante. Selon Swann, l’esprit qui reçoit une impression s’empresse de l’interpréter, et c’est cette interprétation qui fausse tout. Il appelle ce parasite l’« AOL », c’est-à-dire l’analytical overlay, la surcouche analytique. Un document de travail de 1985 en donne un exemple limpide : le sujet perçoit une île et pense aussitôt « Hawaï ». La méthode découpe donc chaque séance en étapes, du plus vague au plus précis :
- un griffonnage réflexe, l’« idéogramme », censé capter la forme générale du site ;
- les sensations : sons, odeurs, textures, températures ;
- les dimensions, les mouvements, un premier croquis ;
- les qualités générales du lieu (militaire, religieux, industriel…) ;
- des éléments plus précis, obtenus en « interrogeant » ce que Swann appelle la ligne du signal ;
- une maquette en trois dimensions, censée réduire encore l’AOL.

Deux ans de formation pour l’armée, pas dix
Entre juillet 1982 et décembre 1984, des membres de l’unité de vision à distance de l’armée américaine (le programme s’appelle alors Grill Flame, puis Center Lane) suivent cette formation au SRI, dans le cadre d’un contrat de sous-traitance. Parmi eux figure notamment Paul H. Smith, qui deviendra l’un des historiens du programme.
En revanche, Joseph McMoneagle, le plus célèbre des « espions psychiques », n’apparaît pas dans la liste des élèves donnée par Smith : il avait été recruté dès 1978, avant la mise au point du CRV.
Attention à une idée reçue tenace, reprise jusque sur la quatrième de couverture française de Pénétration : Swann n’a pas été « pendant dix ans » le formateur des voyants de la CIA. En réalité, les documents que j’ai consultés montrent une formation d’environ deux ans pour l’armée, précédée de trois ans de mise au point.
Et que valait la vision à distance aux yeux de ceux qui la finançaient ? Sur ce point, les documents de l’armée sont d’une honnêteté étonnante. Dès 1978, un mémo rédigé après une visite de Swann note que la forme, les contours et les contrastes de clair et d’obscur « ont tendance à être justes », mais que la fonction du site et les détails précis sont « le plus souvent faux ».
Un rapport de 1985 conclut également que la formation seule ne suffit pas à préparer quelqu’un au renseignement opérationnel. Quant à Swann, il estimait lui-même que la vision à distance « naturelle » contient environ 15 à 20 % de signal pour 80 % de bruit. On est bien loin, en somme, des « 95 % de réussite » qu’on lit parfois en ligne, et pour lesquels je n’ai trouvé aucune source.
1995 : la fin du programme, sans que son nom soit cité
Le programme change plusieurs fois de nom et de tutelle (Gondola Wish, Grill Flame, Center Lane, Sun Streak, puis Star Gate), pour un coût total d’une vingtaine de millions de dollars. Finalement, en 1995, la CIA commande une évaluation indépendante à l’American Institutes for Research.
Verdict : un effet statistique en laboratoire, mais aucun renseignement exploitable. Le programme est alors arrêté la même année. J’ai déjà détaillé ce rapport, notamment le désaccord entre la statisticienne Jessica Utts et le psychologue Ray Hyman, dans mon enquête sur Geller.
Ce que je n’avais pas précisé, et que j’ai vérifié pour cet article : dans la version numérisée du rapport de 1995 que j’ai pu fouiller, le nom de Swann n’apparaît pas une seule fois. Quant au CRV, il n’y figure qu’à la marge, à travers un document de 1983 cité parmi les pièces examinées. Autrement dit, l’homme qui avait tout lancé est absent du bilan final.
Jupiter, 27 avril 1973 : ce que Swann a vraiment dit
Une séance « à titre personnel », pas une mission de la CIA
Venons-en à la séance qui fait le tour des réseaux sociaux. Le 27 avril 1973 au soir, Swann est au SRI, en Californie, pendant que son ami Harold Sherman, un auteur connu pour ses expériences de télépathie, se trouve chez lui dans l’Arkansas.
Les deux hommes ont en effet décidé d’« explorer » Jupiter au même moment, sept mois avant le survol de la sonde Pioneer 10. Puthoff et Targ enregistrent la séance et la filment, mais ils précisent dans Mind-Reach l’avoir fait à titre d’exercice personnel, pas comme un projet officiel du SRI. La CIA n’a donc rien commandé.

Et le document n’avait rien de secret. C’est un texte privé signé Sherman et Swann, qui s’ouvre sur une précision que je trouve savoureuse : aucun des deux ne revendique la validité de ses résultats. La transcription est ensuite publiée dans Mind-Reach en 1977.
Quand le « Fake Off » de 20 Minutes écrit, en février 2026, que ces révélations ont été classifiées jusqu’en 1995, il prend un raccourci : une copie a bien fini dans les archives du programme, rendues publiques bien plus tard, mais le texte circulait en librairie depuis près de vingt ans. Pour le reste, l’article de 20 Minutes a tout à fait raison, et je vous le recommande.
La phrase sur les anneaux, relue mot à mot
Voici le passage qui fait tout le buzz. À 18 h 06, d’après la transcription, Swann décrit des cristaux très haut dans l’atmosphère, qui scintillent. Il se demande si les bandes de la planète ne seraient pas des bandes de cristaux, « maybe like rings of Saturn, though not far out like that » (peut-être comme les anneaux de Saturne, mais pas aussi loin), et il précise aussitôt : tout près, dans l’atmosphère.
Relisez bien. Contrairement à la légende, Swann ne dit pas que Jupiter a des anneaux. Il décrit plutôt des bandes de cristaux dans l’atmosphère, et prend les anneaux de Saturne comme simple comparaison. Or l’anneau réel de Jupiter, photographié pour la première fois par Voyager 1 le 4 mars 1979, se trouve à plus de 50 000 kilomètres au-dessus des nuages.
En outre, il est fait de poussières très fines arrachées à de petites lunes, pas de cristaux. Le schéma ci-dessous remet tout à l’échelle, et franchement, il se passe de commentaire.

La part de vrai dans sa phrase
Pour être tout à fait juste, une partie de sa phrase touche quelque chose de vrai. Jupiter possède bien des nuages de cristaux de glace d’ammoniac dans sa haute atmosphère, et la sonde Galileo en a identifié un sans ambiguïté (résultat annoncé en 2000). Sauf que ces nuages figuraient déjà dans les modèles publiés en 1969. Swann a donc « vu » ce que les astronomes avaient déjà prévu, et il a raté ce que personne ne pouvait encore savoir.

Le reste de la transcription, affirmation par affirmation
Au total, la séance dure une vingtaine de minutes. Voici ses principales affirmations, face à ce qu’on savait en 1973 et à ce que les sondes ont trouvé depuis.
| Ce que décrit Swann | Déjà connu en 1973 ? | Ce qu’on sait aujourd’hui | Verdict |
|---|---|---|---|
| Des bandes de cristaux brillants dans l’atmosphère, comparées aux anneaux de Saturne | Nuages de glace d’ammoniac prédits dès 1969 ; aucun anneau connu | Anneau de poussières à plus de 50 000 km (Voyager 1, 1979) ; glace d’ammoniac observée par Galileo | Anneau : raté. Cristaux : juste, mais déjà prédit |
| Un « manteau d’hydrogène » à 80 000-120 000 miles de la surface | Hydrogène détecté dans l’atmosphère dès 1960 | Un tore d’hydrogène, mais le long de l’orbite d’Io, bien plus loin (Pioneer 10) | Vague |
| Des vents très violents, une « tornade » | Grande Tache rouge suivie depuis le XIXe siècle | Confirmé | Juste, mais connu |
| Une inversion de température, beaucoup d’infrarouge | Publiés en 1969 (inversion thermique, chaleur interne) | Confirmé par Pioneer 10 et 11 | Juste, mais connu |
| Les cristaux réfléchiraient les ondes radio | Jupiter émet des ondes radio (connu depuis 1955) : émission, pas réflexion | Aucune source ne le confirme | Invérifiable |
| Du liquide « comme de l’eau », avec des sortes d’icebergs | Nuages d’eau prédits en 1969 | La sonde de Galileo (1995) trouve moins d’eau que prévu | Vague |
| Des dunes de gros cristaux, une chaîne de montagnes géantes | Jupiter déjà vue comme une planète essentiellement gazeuse | Aucune surface : la sonde de Galileo descend à 22 atmosphères sans en trouver | Raté |
| Une lumière jaune étrange, des « arcs-en-ciel » (relus en 1995 comme des aurores) | Champ magnétique et ceintures de radiation connus | Aurores observées par Voyager 1 | Vague, réinterprété après coup |
Le bilan de la séance
Faites le compte : aucune affirmation à la fois juste et inconnue en 1973. Les réussites sont des faits déjà publiés ou des déductions raisonnables, et les ratés portent précisément sur ce qu’on ne pouvait pas savoir, comme l’absence de surface ou la position des anneaux. C’est ce que 20 Minutes appelle un effet Barnum, et c’est aussi ce que Martin Gardner concluait dès 1977 en jugeant ces résultats décevants.

Mercure, 11 mars 1974 : même méthode, mêmes limites
On parle beaucoup moins de la seconde « sonde psychique », consacrée à Mercure. Le 11 mars 1974, dix-huit jours avant le premier survol de la sonde Mariner 10, Swann (à New York) et Sherman (dans l’Arkansas) recommencent, cette fois sous le contrôle de Janet Mitchell, de l’ASPR. Les transcriptions sont ensuite déposées dans les deux jours.
Le résultat le plus cité est un champ magnétique, que Mariner 10 a effectivement découvert, à la surprise des scientifiques. Mais la description ressemble trait pour trait à la magnétosphère terrestre, connue depuis les années 1960, et Targ et Puthoff reconnaissent eux-mêmes qu’un profane aurait pu deviner leurs trois « réussites » (un champ magnétique, une atmosphère très ténue, une « queue » d’hélium).
Les transcriptions, où l’on ne sait d’ailleurs pas toujours qui parle, évoquent aussi des nuages, des orages électriques, une forme de vie ressemblant à du lichen, des chenaux creusés par l’eau. De toute évidence, rien de tout cela n’existe sur Mercure.

Comment la « prédiction » des anneaux est née après coup
Reste une question : si le texte de 1973 ne prédit pas vraiment d’anneaux, d’où vient la légende ? Là-dessus, les documents permettent de la dater presque au mois près.
En 1973, le document signé par Sherman et Swann résume les impressions de Swann en quatre points : un manteau d’hydrogène, la déviation des ondes radio, des cristaux de « sable » et des inversions thermiques. Pas d’anneau, donc. En 1977, Targ et Puthoff, pourtant favorables, concluent seulement que rien dans la séance ne contredit les faits connus, et qu’aucune évaluation définitive n’est possible.
L’anneau comme prédiction apparaît en décembre 1995, dans le texte que Swann met en ligne sur son site : il y ajoute une note renvoyant à un « croquis de l’anneau » parmi ses dessins, et une liste de quatorze « confirmations » qu’il a compilées lui-même, après coup, à partir de magazines.
Puis la légende a vécu sa vie. Depuis 2024, elle circule sous forme de publications virales : Swann aurait décrit Jupiter avec une précision parfaite, la CIA aurait aussitôt classé ses révélations, et ainsi de suite. L’un de ces fils, vu 875 000 fois sur X, servait surtout à vendre un livre de développement personnel. C’est d’ailleurs celui-là que 20 Minutes a vérifié.
Je ne pense pas que Swann ait menti en 1995. Je pense plutôt qu’il a relu sa séance avec vingt-deux ans de recul et de nouvelles données, et qu’il y a trouvé ce qu’il cherchait. C’est un piège que tout pratiquant connaît, et j’y reviens un peu plus bas.
Ce que la science a validé (ou pas) chez Ingo Swann
Remettons tout à plat. Pour chaque dossier, deux questions suffisent : où a-t-il été publié, et quelqu’un d’indépendant l’a-t-il refait ? Pour cela, l’infographie ci-dessous range ses expériences sur une échelle à cinq niveaux, du simple récit à la réplication indépendante.

Ses expériences, dossier par dossier
Le tableau suivant détaille chaque expérience.
| Expérience | Résultat annoncé | Principale limite | Réplication indépendante trouvée ? |
|---|---|---|---|
| Sorties hors du corps, ASPR (1971-1972) | 8 appariements corrects sur 8, à l’aveugle | Swann seul avec les cibles ; publié dans un bulletin interne | Aucune |
| Thermistances, City College (1971, publié en 1973) | Écarts de température significatifs sur 5 séances | Un seul sujet, une seule série | Aucune |
| Magnétomètre, Stanford (1972) | Tracé perturbé à plusieurs reprises | Témoins en désaccord ; aucune répétition réussie | Aucune |
| Coordonnées SCANATE, SRI (1973) | Descriptions géographiques jugées « indicatives » | Mémoire du sujet, indices de l’expérimentateur | Aucune |
| Générateur aléatoire, Maimonides (1975) | Écart au hasard, p ≈ 0,01 | Présenté en congrès, jamais publié en revue | Aucune |
| Vision à distance locale, Proceedings of the IEEE (1976) | Bonnes correspondances sur 4 essais | Très peu d’essais ; méthode de jugement du SRI critiquée | Aucune |
| Activité cérébrale, Persinger (2002) | Ondes à 7 Hz liées à la précision des dessins | Un seul sujet, corrélation modérée | Aucune |
Le constat est net. Certes, Swann a été testé plus sérieusement que la plupart des médiums de son époque, par des chercheurs universitaires, avec des instruments, et parfois dans des revues à comité de lecture. Mais je n’ai trouvé aucune réplication indépendante réussie de ses résultats, une étape essentielle pour établir la robustesse d’un résultat scientifique.
Ce qu’ont donné les tentatives plus récentes
La tentative la plus récente que j’aie trouvée date de 2023. Une équipe européenne a alors testé 634 participants avec des protocoles inspirés des expériences de la CIA (Escolà-Gascón et al., Brain and Behavior). Le groupe qui travaillait à partir de coordonnées géographiques, la méthode de Swann, n’a obtenu aucun résultat significatif.
Le second groupe, composé de participants qui déclaraient croire aux expériences psychiques et qui travaillaient sur des images de lieux, a en revanche produit des effets significatifs, que les auteurs relient notamment à l’intelligence émotionnelle.
Comme les deux groupes différaient à la fois par leurs croyances et par le type de cible, l’étude ne permet pas d’isoler proprement l’effet de la méthode de Swann. Au fond, elle montre surtout que la question continue d’être posée, cinquante ans après SCANATE.
Enfin, un chiffre qu’il a donné lui-même, et qui vaut tous les commentaires : sur vingt-cinq enquêtes criminelles auxquelles il a participé entre 1972 et 1979, Swann estimait avoir obtenu trois succès pour vingt-deux échecs. Il a arrêté.
Pénétration : la Lune, M. Axelrod et le Swann des dernières années
Ce que raconte Pénétration
En 1998, Swann publie à compte d’auteur Penetration: The Question of Extraterrestrial and Human Telepathy, le livre qui fait aujourd’hui le plus parler de lui en France grâce à sa traduction. Il y raconte qu’en février 1975, un haut fonctionnaire de Washington lui annonce la visite d’un certain « M. Axelrod », qui précise d’emblée que ce n’est pas son vrai nom.
On l’emmène, la tête couverte d’une cagoule, dans une installation souterraine où on lui demande d’explorer des coordonnées… sur la Lune. Il y décrit ainsi des structures et des humanoïdes. Suivent une extraterrestre croisée dans un supermarché de Los Angeles en 1976, puis un OVNI observé au-dessus d’un lac en 1977, quelque part dans le Grand Nord, qu’il suppose être l’Alaska.

Un récit invérifiable, même pour ses proches
Que faire de ce livre ? Je n’ai trouvé aucun moyen de vérifier ce qu’il raconte : pas de document, pas de témoin nommé, et aucune trace dans les archives déclassifiées du programme que j’ai consultées.
Le compte rendu publié par la Society for Psychical Research, pourtant plutôt bienveillante envers Swann, rapporte que Russell Targ le lisait comme une fiction, alors que Puthoff ne voyait pas de raison de l’écarter. Même la fiche Google de l’édition française le range dans la catégorie « fiction métaphysique », ce qui est assez savoureux.
La traduction française, signée Xavier Delamarre, est parue en 2011 aux éditions de l’Œil du Sphinx, dans la collection « Les Cahiers fortéens ».
Personnellement, ce livre me fait penser à ce que les extraterrestres d’Andrija Puharich ont fait au dossier Geller : ils n’ajoutent rien de vérifiable, et ils rendent tout le reste plus difficile à prendre au sérieux. Avec une différence de taille : ici, c’est Swann lui-même qui tient la plume, un quart de siècle après les faits.
Ses livres, et ceux qu’on peut lire en français
Swann a beaucoup écrit, et presque rien n’existe en français. Voici néanmoins ses principaux titres, de ses débuts alimentaires à ses publications posthumes.
| Année | Titre | De quoi ça parle | En français |
|---|---|---|---|
| 1971 | Trois romans érotiques sous pseudonyme | Littérature alimentaire, pour les éditions Olympia Press | Non |
| 1975 | To Kiss Earth Good-bye | Autobiographie et premières expériences en laboratoire | Non |
| 1975 | Cosmic Art (direction) | Ouvrage collectif sur l’art « cosmique » | Non |
| 1978 | Star Fire | Roman de science-fiction sur fond de pouvoirs psychiques | Le Maître de la mort (Belfond, 1981), puis Feu stellaire (numérique, 2026) |
| 1987 | Natural ESP | Méthode pour développer ses perceptions extrasensorielles | Non |
| 1993 | Your Nostradamus Factor | La précognition, selon lui accessible à tous | Non |
| 1995-1996 | Remote Viewing: The Real Story | Mémoires publiés en ligne, restés inachevés | Non |
| 1996 | The Great Apparitions of Mary | Vingt-deux apparitions mariales examinées | Non |
| 1998 | Penetration | La Lune, M. Axelrod et les extraterrestres | Pénétration (L’Œil du Sphinx, 2011) |
| 1999 | Psychic Sexuality | Énergie sexuelle et perceptions psychiques | Non |
| 2003 | Reality Boxes | Les « boîtes » mentales qui limitent notre perception | Non |
| 2020 | Resurrecting the Mysterious (posthume) | Deux manuscrits inédits retrouvés dans ses papiers | Ressusciter le mystérieux (numérique, 2026) |
Si vous cherchez « Ingo Swann PDF », méfiez-vous des copies de Pénétration qui circulent : le livre est protégé par le droit d’auteur. Les documents réellement libres se trouvent plutôt ailleurs : les centaines de pages déclassifiées de la salle de lecture en ligne de la CIA, et ses mémoires en ligne, conservés sur Internet Archive.
Mort, archives et postérité
Ingo Swann meurt à New York fin janvier 2013, à 79 ans. Je n’ai trouvé aucune source fiable sur la cause de son décès. En février 2014, sa sœur et exécutrice testamentaire, Murleen S. Ryder, confie ses papiers à l’université de West Georgia : 204 boîtes de notes de recherche, de correspondance, de manuels et de manuscrits, plus une bibliothèque de plus de 1 600 livres. L’université finance également depuis 2018 une bourse de recherche à son nom.
Son héritage vit aussi ailleurs. Ses ayants droit rééditent ses livres, et un documentaire, N2 the Void, est en préparation avec sa nièce Elly Flippen : une bande-annonce a été mise en ligne au printemps 2026, sans date de sortie à ce jour.
Un court métrage, Ingo Swann: A Life Gone Wild, circule aussi depuis 2023 sur la chaîne du parapsychologue Jeffrey Mishlove. Et puis il y a les posts viraux sur Jupiter, qui lui offrent aujourd’hui une notoriété inattendue, bien au-delà du petit monde de la parapsychologie.
Mon avis sur Ingo Swann
Je vais vous le dire franchement : Ingo Swann me fascine bien davantage que Geller, et pour une raison simple. Geller était un homme de scène. Swann, lui, a passé une quinzaine d’années dans des laboratoires, accepté des centaines d’essais souvent ennuyeux, proposé lui-même de nouveaux protocoles.
Et fini par écrire une méthode entière pour séparer ce qu’on perçoit de ce qu’on imagine. Son parcours ne se réduit donc pas à celui d’un homme de spectacle ou d’un simple imposteur.
Mais l’engagement ne suffit pas, et son dossier le montre cruellement. D’abord, ses meilleures expériences n’ont, à ma connaissance, jamais été refaites avec succès. Ensuite, ses réussites les plus célèbres sont soit invérifiables, soit déjà connues au moment où il les « voyait ». Enfin, plus on s’éloigne des années 1970, plus les récits s’embellissent : l’anneau de Jupiter apparaît en 1995, les bases lunaires en 1998.
Ma position, formulée le plus précisément possible : les archives prouvent que Swann a été étudié sérieusement, et qu’il a obtenu des résultats qui ont troublé des physiciens et des officiers de renseignement. Elles ne prouvent pas pour autant qu’il possédait une faculté paranormale.
Ce qui me parle le plus, en tant que pratiquant, c’est le magnétomètre. Un tracé qui s’emballe devant des physiciens, puis plus rien le lendemain. Tout pratiquant connaît ce genre de moment, et la bonne réaction est toujours la même : le noter, le refaire, et ne rien conclure tant que ça ne se répète pas.
Ce qu’un pratiquant peut retenir du cas Swann
1. Une observation n’est pas une expérience. C’est d’ailleurs Puthoff lui-même qui l’écrivait à Schmeidler en 1972, à propos du magnétomètre. Autrement dit, un mouvement inattendu, même spectaculaire, ne vaut que s’il se reproduit dans les mêmes conditions. Notez-le, puis refaites-le.
2. Séparez ce que vous percevez de ce que vous interprétez. C’est sans doute la meilleure idée de Swann, et elle s’applique parfaitement à la télékinésie. « L’objet a bougé » est une observation. « C’est moi qui l’ai fait bouger » est une interprétation. Entre les deux, il y a les courants d’air, la chaleur des mains, l’électricité statique… Mon guide pour débuter explique notamment comment les écarter un par un.
3. Écrivez avant, pas après. Les « confirmations » de Jupiter ont été compilées plus de vingt ans plus tard, à partir de magazines. C’est exactement pour ça que je note mes séances depuis mes débuts : ce qu’on écrit le jour même ne peut plus s’arranger avec le temps.
4. Ne laissez personne souffler la réponse. Aux Kerguelen, par exemple, un simple retour positif en pleine séance suffisait à orienter toute la suite. Par conséquent, si vous testez quelqu’un, ou si quelqu’un vous teste, personne dans la pièce ne doit connaître la bonne réponse.
Séparer le signal du bruit, ça s’apprend.
Swann estimait qu’une séance spontanée contient environ 80 % de bruit. En télékinésie, ce bruit s’appelle courant d’air, chaleur des mains ou électricité statique. La Formation vous donne une méthode structurée pour passer de la théorie à la pratique : protocoles précis, repères anti-illusion et exercices guidés pas à pas.
Une progression claire, du premier objet léger au test sous bocal.
Pour conclure sur Ingo Swann
Ingo Swann reste un personnage à part : un peintre curieux et prolifique, qui a servi de premier sujet à un programme de recherche psychique financé pendant plus de vingt ans par le gouvernement américain, et qui lui a laissé un vocabulaire et une méthode. Les archives lui donnent ce rôle-là, et c’est déjà beaucoup.
Mais elles ne lui donnent pas les anneaux de Jupiter, ni les bases lunaires, ni un pouvoir démontré. Autrement dit, elles ne permettent ni de réduire Swann à un imposteur, ni d’établir les facultés extraordinaires qu’on lui prête.
Ce qu’elles montrent, en revanche, c’est un schéma que je retrouve dans les autres dossiers que j’ai étudiés : des résultats qui troublent sur le moment, qui résistent mal aux tentatives de les refaire, pendant que la légende, elle, ne cesse de grandir.
Et vous, qu’en pensez-vous ? Swann a-t-il perçu quelque chose ce soir d’avril 1973, ou a-t-il simplement rêvé Jupiter avec beaucoup de talent ? Dites-le-moi en commentaire au bas de cette page, je réponds à chacun. Si vous voulez comparer, j’ai passé au même crible Nina Kulagina et Jean-Pierre Girard. Enfin, pour aller plus loin, toutes mes ressources sur la télékinésie vous attendent.
Questions fréquentes sur Ingo Swann
Sources et références : comment j’ai trié les documents
Sur Ingo Swann, les sources se contredisent souvent, et pas toujours par hasard. J’ai donc classé celles que j’ai utilisées selon leur nature : documents d’époque, publications scientifiques, récits des protagonistes, enquêtes critiques. À vous de leur accorder le poids qu’elles méritent.
1. Documents d’époque et archives déclassifiées
Sherman, H. & Swann, I. (27 avril 1973). « An Experimental Psychic Probe of the Planet Jupiter ». Document NSA-RDP96X00790R000100040010-3, copie sur Internet Archive.
La transcription originale de la séance Jupiter, signée des deux hommes. C’est donc la source de base.
Kress, K. A. (1977). « Parapsychology in Intelligence: A Personal Review and Conclusions ». Studies in Intelligence, CIA. CIA-RDP96-00791R000200030040-0.
Le bilan interne de l’officier qui suivait le projet, nettement moins flatteur que les récits publiés.
CIA (24 janvier 1973). « Briefing by Stanford Research Institute ». CIA-RDP96-00787R000400070029-2.
La mention du magnétomètre « ralenti », avec son conditionnel.
CIA (21 janvier 1975). « Parapsychology at Stanford Research Institute (SRI) ». CIA-RDP79-00999A000300100011-9.
Les montants des premiers contrats et la liste des sujets.
SRI (1973). « Project SCANATE : Exploratory Research in Remote Viewing ». CIA-RDP79-00999A000400050002-4.
Les coordonnées, les Kerguelen et le site de Virginie, à lire en entier, parenthèses comprises.
Osis, K. (1972). « New ASPR Research on Out-of-the-Body Experiences ». ASPR Newsletter, n° 14. Copie CIA-RDP96-00787R000400100012-6.
Le protocole des sorties hors du corps et le fameux 8 sur 8.
US Army (30 octobre 1978). Mémo sur la visite d’Ingo Swann à l’AMSAA. CIA-RDP96-00788R001200240010-3.
Ce qui était juste (les formes), mais aussi ce qui était faux (la fonction, les détails).
« Coordinate Remote Viewing Stages I-VI and Beyond » (février 1985). CIA-RDP96-00788R001000400001-7.
La description des six étapes du CRV, attribuée à l’officier Tom McNear.
May, E. C. & Honorton, C. (1976). « A Dynamic PK Experiment with Ingo Swann ». Maimonides Medical Center. CIA-RDP96-00787R000200130005-3.
L’expérience sur générateur aléatoire, présentée à l’American Physical Society.
Mumford, M. D., Rose, A. M. & Goslin, D. A. (1995). An Evaluation of Remote Viewing: Research and Applications. American Institutes for Research. CIA-RDP96-00791R000200180006-4.
Le rapport qui a mis fin au programme, dans lequel le nom de Swann ne figure pourtant pas.
2. Publications scientifiques
Schmeidler, G. R. (1973). « PK effects upon continuously recorded temperature ». Journal of the American Society for Psychical Research, 67(4), 325-340.
La meilleure expérience de psychokinésie de Swann, mais jamais reproduite.
Puthoff, H. E. & Targ, R. (1976). « A perceptual channel for information transfer over kilometer distances ». Proceedings of the IEEE, 64(3), 329-354. Copie déclassifiée.
Swann y apparaît comme le sujet S3, sur quatre essais.
Persinger, M. A., Roll, W. G., Tiller, S. G., Koren, S. A. & Cook, C. M. (2002). « Remote viewing with the artist Ingo Swann ». Perceptual and Motor Skills, 94(3), 927-949. Résumé sur PubMed.
Étude sur un seul sujet, avec une corrélation modérée.
Escolà-Gascón, Á. et al. (2023). « Follow-up on the U.S. Central Intelligence Agency’s (CIA) remote viewing experiments ». Brain and Behavior, 13(6), e3026.
La tentative récente de reprendre les protocoles de la CIA.
Smith, B. A. et al. (1979). « The Jupiter system through the eyes of Voyager 1 ». Science, 204, 951-972. Et NASA Photojournal, PIA01484.
La découverte de l’anneau de Jupiter.
Burns, J. A. et al. (1999). « The formation of Jupiter’s faint rings ». Science, 284, 1146-1150.
La nature réelle des anneaux : des poussières arrachées à de petites lunes.
Ness, N. F. et al. (1974). « Magnetic field observations near Mercury ». Science, 185, 151-160.
La découverte du champ magnétique de Mercure par Mariner 10.
3. Récits des protagonistes (à lire en sachant qui parle)
Targ, R. & Puthoff, H. (1977). Mind-Reach: Scientists Look at Psychic Ability. Delacorte.
La version favorable, écrite par les deux physiciens du SRI.
Puthoff, H. E. (1996). « CIA-Initiated Remote Viewing Program at Stanford Research Institute ». Journal of Scientific Exploration, 10(1), 63-76.
L’histoire du programme racontée par son fondateur.
Swann, I. (1995-1996). Remote Viewing: The Real Story. Mémoires en ligne, Internet Archive.
Ses souvenirs de 1971-1972, dont le magnétomètre et l’origine du mot « remote viewing ».
Swann, I. (1998). Penetration: The Question of Extraterrestrial and Human Telepathy. Ingo Swann Books. Traduction française : Pénétration, L’Œil du Sphinx, 2011.
Le livre des bases lunaires, sans aucun élément vérifiable.
4. Enquêtes critiques et journalistiques
Hanlon, J. (17 octobre 1974). « Uri Geller and science ». New Scientist, 64.
Le premier témoignage public d’Arthur Hebard sur le magnétomètre.
Gardner, M. (17 mars 1977). « Supergull ». The New York Review of Books.
Scientologie au SRI et séance Jupiter jugée décevante.
Randi, J. (1980). Flim-Flam! Lippincott & Crowell.
La version sceptique du magnétomètre, à partir du témoignage de Hebard.
Schnabel, J. (1997). Remote Viewers: The Secret History of America’s Psychic Spies. Dell.
L’enquête journalistique de référence sur le programme, notamment pour ses démentis.
Lyons, A. & Truzzi, M. (1991). The Blue Sense: Psychic Detectives and Crime. Mysterious Press.
Les vingt-cinq enquêtes criminelles, et les trois succès revendiqués.
Henry, F. (12 février 2026). « Un médium livre des détails sur Jupiter six ans avant que la Nasa ne les « découvre » ? Pas si vite… ». 20 Minutes.
Le fact-checking français de la légende de Jupiter.
5. Synthèses, archives et repères
University of West Georgia, Annie Belle Weaver Special Collections. Ingo Swann Papers (MS-0060).
Le fonds d’archives et la biographie officielle.
Duggan, M. « Ingo Swann ». Psi Encyclopedia, Society for Psychical Research, mise à jour du 9 juillet 2026.
Synthèse très favorable, sans section critique : utile, mais à croiser.
May, E. C. (2013). Hommage à Ingo Swann. Journal of Parapsychology, 77(1), 131-132.
La date du 1er février 2013 et la fin de sa carrière de chercheur.
Society for Psychical Research. Compte rendu de Penetration.
L’avis de Targ et de Puthoff sur le livre.
Institut français d’histoire de l’espace. « Histoire des fusées météorologiques soviétiques ».
La coopération franco-soviétique aux Kerguelen à partir de 1973.
6. Crédits des illustrations
Les quatre infographies (frise, magnétomètre, Jupiter à l’échelle, échelle des preuves).
Réalisées par mes soins pour cet article, à partir des sources ci-dessus.
Telluride en 1940 : Russell Lee, Farm Security Administration.
Library of Congress, domaine public, via Wikimedia Commons.
Siège de SRI International, 2007 : Coolcaesar.
Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0 (creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0).
Port-aux-Français, îles Kerguelen, 2004 : Daniel Delille.
Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0 (creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0).
Russell Targ : Patricia Targ.
Wikimedia Commons, versée dans le domaine public par son autrice.
Harold Sherman, vers 1957 : photographie promotionnelle anonyme.
Wikimedia Commons, domaine public aux États-Unis (droits non renouvelés).
Jupiter par Pioneer 10, 1973 ; premier cliché de l’anneau de Jupiter par Voyager 1, 1979 (PIA01484) ; Mercure par Mariner 10, 1974 (PIA03103) ; face cachée de la Lune par Apollo 16, 1972.
NASA, NASA/JPL et NSSDC, domaine public.
Mémo de la CIA du 24 janvier 1973, bilan de Kenneth Kress (1977) et document CRV de février 1985.
Archives déclassifiées du gouvernement américain (CIA FOIA Reading Room), domaine public.



