Quand vous tapez Uri Geller dans Google, ce n’est presque jamais par simple curiosité. Vous voulez surtout savoir trois choses : qui est réellement cet homme, si ses fameuses cuillères tordues étaient authentiques, et ce que les laboratoires ont trouvé quand ils l’ont enfin testé sérieusement.
Je vais vous répondre tout de suite, puis on rentrera dans le détail. Uri Geller est un artiste israélo-britannique né en 1946, devenu la star mondiale du « paranormal » dans les années 70. Il a été étudié dans un vrai laboratoire américain, il a fait l’objet de rapports de renseignement déclassifiés, et il a aussi échoué lamentablement chaque fois que le cadre devenait strict. Les deux sont vrais en même temps.
C’est précisément ce qui rend ce dossier passionnant. Mon analyse s’appuie sur l’article original publié dans Nature en 1974, sur les documents déclassifiés de la CIA, sur les contre-enquêtes universitaires, et sur les archives télé françaises. Sans mythe, sans sensationnalisme, et sans cacher les zones grises. C’est parti !
Uri Geller, c’est qui exactement ?
Uri Geller est un artiste, mentaliste et médium autoproclamé israélo-britannique, né le 20 décembre 1946 à Tel-Aviv. Il est devenu célèbre dans le monde entier au début des années 1970 en tordant des couverts, en redémarrant des montres arrêtées et en reproduisant des dessins cachés, le tout présenté comme le résultat de facultés psychiques réelles. À ce jour, il reste la figure la plus médiatisée et la plus contestée de toute l’histoire des phénomènes psi.
Petite précision pour ceux qui découvrent le sujet : la psychokinésie (souvent abrégée PK dans la littérature scientifique) désigne l’action supposée de l’esprit sur la matière, sans contact physique. Le pliage de métal en fait partie, sous le nom technique de PKMB pour « psychokinetic metal bending ». Mon guide complet sur la télékinésie détaille toute cette famille de phénomènes, on peut donc revenir à Geller.

Sa fiche en un coup d’œil
- Nom complet : Uri Geller (né György Gellér)
- Naissance : 20 décembre 1946, Tel-Aviv
- Âge : 79 ans, et toujours bien vivant
- Nationalités : israélienne et britannique
- Spécialités revendiquées : pliage de métal, redémarrage de montres, télépathie, radiesthésie
- Fait d’armes scientifique : testé au Stanford Research Institute en 1972-1973, publié dans Nature le 18 octobre 1974
- Échec le plus célèbre : le Tonight Show de Johnny Carson, le 1er août 1973
- Résidence actuelle : Jaffa, en Israël, où il tient son propre musée
Pourquoi son nom revient encore en 2026
Franchement, c’est ce qui m’a le plus surpris en préparant cet article. On aurait pu croire qu’un artiste des années 70 aurait disparu des radars depuis longtemps. Et bien pas du tout. Geller a rouvert un musée à son nom en 2021, il intervient régulièrement dans les médias britanniques, il commente l’actualité géopolitique, et en juillet 2026 il s’est même retrouvé embarqué dans une querelle publique avec un féticheur ghanéen à propos de la Coupe du monde.
Autrement dit, cet homme n’a jamais arrêté de faire parler de lui. Et pour beaucoup de gens, il reste LA porte d’entrée mentale vers le sujet des capacités psi. Ce qui explique aussi pourquoi tant de personnes arrivent dans ce domaine avec des attentes complètement faussées, mais on y reviendra.
Avant d’entrer dans le détail, voici l’ensemble du dossier résumé sur une seule frise. Gardez-la sous les yeux, elle vous évitera de vous perdre dans les dates.

Vous voulez faire de la télékinésie sans illusion ?
Le problème du dossier Geller, c’est qu’il reste toujours une explication ordinaire possible. La Formation Psytheos fait exactement l’inverse : protocole sous bocal en verre, élimination des courants d’air, de la chaleur des mains et de l’électricité statique. Vous savez enfin si l’effet vient de vous, ou pas.
1 789 membres utilisent ces protocoles.
De Tel-Aviv aux plateaux américains : son parcours réel
Avant de parler des laboratoires, il faut comprendre d’où vient cet homme. Parce que son parcours explique énormément de choses sur la suite.
Une enfance coupée en deux
Uri Geller naît à Tel-Aviv d’un père d’origine hongroise, sergent-chef dans l’armée, et d’une mère autrichienne. Il aime rappeler qu’il serait un parent éloigné de Sigmund Freud du côté maternel. Ses parents divorcent quand il a une dizaine d’années, et sa mère l’emmène vivre à Chypre, où il est scolarisé au Terra Santa College et où il apprend l’anglais.
Ce détail linguistique paraît anodin, mais il est capital. Sans cet anglais quasi natif attrapé à Chypre, Geller n’aurait jamais pu conquérir la télévision américaine dix ans plus tard. Beaucoup de gens l’oublient.
Selon son propre récit, ses « facultés » se manifestent dès l’enfance : montres qui avancent toutes seules, couverts qui se plient à table. Comme toujours dans ce genre de biographie, aucune source indépendante ne vient confirmer ces épisodes. Ce sont ses souvenirs, rapportés par lui.
Parachutiste, blessé en 1967, puis mannequin
De retour en Israël à 16 ans, il s’engage à 18 ans dans la 35e brigade parachutiste de Tsahal. Il combat sur le front jordanien pendant la guerre des Six Jours en juin 1967, et il y est blessé. Il en garde, dit-il, une faiblesse permanente au coude gauche.
Après l’armée, il fait du mannequinat photo, puis commence à se produire dans les boîtes de nuit israéliennes à partir de 1968-1969. Et là, il cartonne localement. Le personnage se construit à ce moment-là : jeune, photogénique, charismatique, avec un numéro qui sort complètement de l’ordinaire.
Personnellement, je trouve ce point important. Parce que contrairement à Nina Kulagina, qui venait d’un milieu ouvrier et n’a jamais cherché la lumière, Geller a commencé sa carrière sur une scène, devant un public payant, avec un numéro rodé. La différence de contexte est énorme, et elle change forcément la façon dont on doit lire les deux dossiers.
1971 : l’homme qui l’a sorti d’Israël
Le tournant, c’est sa rencontre en 1971 avec Andrija Puharich, un médecin et parapsychologue américain qui vient l’observer en Israël. Puharich est totalement convaincu et il devient son promoteur. C’est lui qui l’introduit auprès des chercheurs américains et qui ouvre les portes des laboratoires.
Sauf que Puharich va aussi lui coller une casserole dont Geller mettra des années à se débarrasser. Dans son livre Uri: A Journal of the Mystery of Uri Geller (1974), il raconte que sous hypnose, Geller aurait déclaré être en contact avec des intelligences extraterrestres situées à 53 000 années-lumière, et communiquer avec un « ordinateur cosmique ».
Je vais vous le dire exactement comme je le pense : c’est le genre de récit qui a fait un tort considérable au sujet. Quand vous ajoutez des extraterrestres à un dossier déjà fragile, vous ne le renforcez pas, vous le sabordez. Et beaucoup de scientifiques ont refermé le dossier rien qu’à cause de ça.
Le premier accroc arrive dès 1970
Là encore, soyons honnêtes jusqu’au bout. Bien avant l’Amérique, la presse israélienne s’était déjà penchée sur son cas. Dès octobre 1970, l’hebdomadaire Haolam Hazeh l’accuse de supercherie. En 1971, un tribunal de Beer-Sheva le condamne pour rupture de contrat après un spectacle où il avait annoncé des facultés qu’il n’a pas produites.
Puis en février 1974, le même journal publie ce qui reste l’une des accusations les plus gênantes : selon Hannah Shtrang, sœur de son manager et ami de toujours Shipi Shtrang, l’entourage utilisait un système de signaux convenus pour lui transmettre des informations pendant les numéros. Shipi Shtrang était présent dans la salle lors de très nombreuses démonstrations, y compris scientifiques. Ce détail, à lui seul, complique énormément l’interprétation de plusieurs expériences.
Ce que les laboratoires ont réellement testé avec Uri Geller
Voici le cœur du dossier, et la partie que 90 % des articles en ligne résument n’importe comment. On lit soit « la science a prouvé les pouvoirs de Geller », soit « la science l’a démoli ». Les deux formulations sont fausses. La réalité est nettement plus intéressante.
L’article de Nature du 18 octobre 1974
En 1972 et 1973, Uri Geller est testé au Stanford Research Institute (le SRI, un institut de recherche californien alors rattaché à l’université Stanford) par deux physiciens : Russell Targ, spécialiste des lasers, et Harold Puthoff, spécialiste de physique quantique. Les travaux sont financés en partie par des agences gouvernementales américaines, dans le cadre de ce qui deviendra le programme Stargate.
Le 18 octobre 1974, la revue Nature, c’est-à-dire l’une des trois ou quatre revues scientifiques les plus prestigieuses du monde, publie leur article : « Information transmission under conditions of sensory shielding », Nature, volume 251, pages 602 à 607.
Et là, il faut bien mesurer la portée de l’événement. Ce n’est pas une revue de parapsychologie confidentielle. C’est Nature. Que le nom d’Uri Geller apparaisse dans ces pages a été un choc dans le milieu scientifique, et ça reste, aujourd’hui encore, l’argument numéro un de ses défenseurs.

Les résultats précis qui ont été publiés
Voici concrètement ce que rapportent Targ et Puthoff, et je préfère vous donner les chiffres bruts plutôt qu’un résumé vague :
- Les dessins : treize expériences de reproduction de dessins réparties sur sept jours. Geller est enfermé dans une chambre blindée, isolée visuellement, acoustiquement et électriquement. La cible n’est choisie et dessinée qu’après son isolement, pour éliminer tout indice préalable. Certains résultats sont médiocres. D’autres sont troublants : une grappe de raisin reproduite dans une configuration quasi identique, ou un cheval sellé dessiné là où la cible était un chameau.
- Le dé dans la boîte : un dé est secoué dans une boîte métallique fermée, et Geller doit annoncer la face visible. Sur dix essais, il donne huit réponses correctes et passe deux fois. Les auteurs calculent une probabilité de l’ordre de un sur un million.
- Les canettes : dix boîtes en aluminium identiques, une seule contient un objet (billes d’acier, aimant, eau). Sur quatorze répétitions, douze réussites et deux passes. C’est le seul protocole du lot mené en double aveugle.
- Les effets physiques : déviations d’une balance de précision entre 50 et 1500 milligrammes, et fluctuations quasi pleine échelle sur un magnétomètre, sans contact apparent.

La conclusion des deux physiciens
La conclusion des deux physiciens est prudente mais claire : selon eux, Geller a « démontré sa capacité perceptive paranormale d’une manière convaincante et non ambiguë ». Et pourtant, dans le même document, ils précisent que cela « ne doit pas être interprété comme une preuve de fonctionnement psi ».
Détail que personne ne relaie jamais : ils ont explicitement écarté les tests de pliage de métal, jugés non concluants parce qu’ils exigeaient un contact physique. Autrement dit, l’article de Nature ne contient aucune preuve de la fameuse cuillère tordue. Le truc le plus célèbre d’Uri Geller n’a jamais passé le filtre scientifique.
Et plutôt que de vous décrire ces dessins, autant vous les montrer. Voici une planche de comparaison filmée par le SRI : à gauche la cible, à droite la reproduction de Geller, signée de sa main. Jugez par vous-même.

Personnellement, je trouve que ces planches sont la pièce la plus honnête du dossier. Elles ne prouvent rien à elles seules, parce qu’on ne voit pas les conditions dans lesquelles elles ont été obtenues. Mais elles ne ressemblent pas non plus à ce qu’on attendrait d’un pur hasard. C’est inconfortable, et c’est justement pour ça qu’il faut les regarder.
L’éditorial que presque personne n’a lu
Et voilà le point que je trouve le plus révélateur de tout le dossier. En publiant cet article, Nature a fait quelque chose d’absolument inhabituel : la rédaction y a joint un éditorial pour expliquer pourquoi elle publiait un papier que ses propres relecteurs n’aimaient pas.
Sur les trois referees (les relecteurs scientifiques anonymes qui évaluent un article avant publication), un était contre, un neutre, un « prudemment favorable ». Leurs critiques, reprises noir sur blanc dans l’éditorial :
- une conception expérimentale faible, avec des détails de procédure « déconcertamment vagues » ;
- une méthode de sélection des cibles (ouvrir un dictionnaire au hasard) jugée « naïve, vague et inutilement discutable » ;
- des protections contre la fraude décrites de façon « inconfortablement vague » ;
- et un ensemble qui ressemblait davantage à une série d’études préliminaires qu’à une expérience aboutie.
La justification donnée par Nature est superbe d’honnêteté : la revue explique publier pour permettre à la communauté scientifique de distinguer les données réelles, aussi limitées soient-elles, des « rumeurs extravagantes » qui circulaient déjà sur Geller et le SRI. Et elle ajoute cette phrase que je trouve magnifique : l’inhabituel doit de temps en temps se voir accorder une place dans la littérature, parfois pour prospérer, plus souvent pour être oublié en un an ou deux.
Donc concrètement : oui, Uri Geller a bien été publié dans Nature. Non, ça ne veut pas dire que Nature validait quoi que ce soit. Ces deux phrases doivent aller ensemble, toujours. Quiconque ne vous donne que la première vous manipule.
Le trou dans le mur : la contre-enquête de Marks et Kammann
Deux psychologues néo-zélandais, David Marks et Richard Kammann, ont décidé de faire ce que personne n’avait fait : réclamer les transcriptions originales des séances du SRI. Targ et Puthoff refusent. Marks et Kammann finissent par les obtenir par un autre chercheur du SRI.
Leurs conclusions, publiées dans Nature en 1978 puis développées dans The Psychology of the Psychic (1980), sont sévères :
- La chambre blindée présentait un orifice dans le mur, bouché avec de la gaze de coton, orienté vers la zone où les dessins étaient placés.
- Un interphone bidirectionnel reliait la salle de Geller à l’extérieur, ce qui ouvre la porte à des indices sonores.
- Les transcriptions montraient des échanges non rapportés dans l’article publié.
Targ et Puthoff ont contesté ces accusations, en expliquant notamment que le trou en question ne permettait pas de voir les cibles. Le débat n’a jamais été tranché de façon définitive, et il faut le dire honnêtement. Mais retenez la logique : quand un protocole laisse subsister ne serait-ce qu’une voie d’information ordinaire, il ne peut plus servir de preuve. Ce n’est pas une question de mauvaise foi, c’est une question de méthode.
Marks et Kammann ont aussi réglé le cas des montres réparées, et là c’est presque comique. Beaucoup de montres mécaniques « en panne » sont simplement bloquées par une huile figée. Il suffit de les tenir quelques minutes dans la main : la chaleur corporelle ramollit l’huile, et la montre repart. Rien de plus. Ça explique une bonne partie du succès des émissions où l’on demandait aux téléspectateurs de saisir leur montre arrêtée.
Les archives déclassifiées de la CIA : ce qu’elles disent vraiment à propos de Uri Geller
C’est LE morceau qui circule partout depuis 2017, généralement sous le titre « la CIA confirme les pouvoirs d’Uri Geller ». Alors mettons les choses au clair, parce que c’est un contresens énorme.
Ce que contient le rapport du 4 au 11 août 1973
Pendant huit jours, du 4 au 11 août 1973, Geller est testé au SRI dans le cadre d’un contrat gouvernemental. Chaque jour, des expériences de dessin sont menées. Geller est séparé de la cible soit par une chambre blindée électriquement isolée, soit par la distance pure et simple, certaines cibles étant dessinées sur la côte Est des États-Unis pendant qu’il se trouve en Californie.
La phrase qui a fait le tour du monde figure bien dans le document : les expérimentateurs concluent que Geller « a démontré sa capacité perceptive paranormale d’une manière convaincante et non ambiguë ».
La déclassification de 2017 et le malentendu géant
En janvier 2017, la CIA met en ligne environ 12 millions de pages d’archives déclassifiées dans sa Reading Room. Les documents sur Geller au SRI en font partie. Résultat immédiat : une vague d’articles titrant que la CIA aurait « secrètement confirmé » ses pouvoirs.
Avant d’aller plus loin, je tiens à faire la même mise au point que dans mon article sur Nina Kulagina, parce qu’elle est fondamentale : ces rapports ne sont pas des validations scientifiques indépendantes. Ce sont des comptes rendus internes rédigés par les chercheurs sous contrat eux-mêmes, ou des synthèses d’analystes qui résument le travail de ces chercheurs.
Un document classifié n’est pas plus vrai qu’un document public. Il est juste secret. Ce sont deux choses radicalement différentes, et pourtant je vois cette confusion partout, sur YouTube comme dans les articles de presse.
Cela dit, l’existence même de ces documents prouve une chose réelle : le sujet a été pris au sérieux, financé et suivi au plus haut niveau de l’État américain pendant plus de vingt ans. Ça, ce n’est pas un fantasme de complotiste, c’est un fait administratif documenté.

1995 : le rapport qui a mis fin au programme
C’est la suite de l’histoire, et elle est systématiquement passée sous silence par ceux qui brandissent les archives CIA.
En 1995, le Congrès américain demande une évaluation indépendante du programme. La CIA mandate l’American Institutes for Research, qui confie l’analyse à deux personnalités choisies pour leurs positions opposées : la statisticienne Jessica Utts, plutôt favorable, et le psychologue Ray Hyman, sceptique reconnu.
Le résultat est un modèle de désaccord courtois :
- Utts conclut que l’effet statistique est suffisamment robuste pour rejeter le hasard, et que quelque chose de réel se produit.
- Hyman répond que les défauts méthodologiques rendent ces résultats scientifiquement inexploitables.
- Les deux sont d’accord sur un point : même en supposant le phénomène réel, l’information produite était trop vague et trop inconstante pour servir concrètement au renseignement.
La CIA suit la conclusion de Hyman et met fin au programme la même année. Vingt-trois ans de recherches, une vingtaine de millions de dollars, et un arrêt net.
Je détaille d’ailleurs les grandes recherches universitaires sur ces phénomènes, dont les 2,5 millions d’essais du laboratoire PEAR de Princeton, dans mon article La télékinésie existe-t-elle ?. C’est le complément naturel de cette section.
Uri Geller et les échecs en conditions verrouillées
Maintenant, la partie que ses défenseurs préfèrent oublier. Et je vais être direct : c’est celle qui pèse le plus lourd dans mon jugement personnel.
1er août 1973 : le piège du Tonight Show
Johnny Carson, l’animateur le plus puissant de la télévision américaine, invite Uri Geller sur son plateau. Ce que Geller ignore, c’est que Carson était lui-même magicien amateur, et qu’il a demandé conseil à James Randi, illusionniste professionnel et enquêteur redouté.
Le dispositif est d’une simplicité chirurgicale. La production fabrique elle-même tous les accessoires. Ni Geller ni son entourage ne peuvent les approcher, les toucher, ou même les voir avant l’émission. Les objets lui sont présentés au moment où il entre sur le plateau. Pas une seconde avant.
Résultat : rien. Absolument rien, pendant vingt-deux minutes de télévision, devant des millions de personnes. Geller explique qu’il ne se sent pas fort, et suggère que Carson lui met la pression.
Le plus ironique, c’est que cette humiliation a fait de lui une star. Le lendemain, Merv Griffin le réservait pour son émission, et le public y a vu la preuve qu’il était authentique, puisqu’un tricheur aurait forcément réussi son coup. On appelle ça un retournement narratif, et honnêtement, chapeau.
Il n’existe malheureusement aucune image libre de droits de cette soirée. Les archives du Tonight Show appartiennent à NBC, et je préfère ne rien illustrer plutôt que d’utiliser une photo que je n’ai pas le droit de publier. La séquence complète, elle, se retrouve sans difficulté en ligne, et elle vaut tous les articles du monde.
14 mars 1987 : la soirée française qu’on a oubliée
Celle-là, je la trouve encore plus parlante que l’épisode Carson, et curieusement presque personne n’en parle en dehors de France.
Le 14 mars 1987, l’émission Droit de réponse de Michel Polac consacre un numéro à « l’effet Geller ». Uri Geller commence par ses démonstrations habituelles, présentées comme des expériences de parapsychologie. Puis Gérard Majax, qui attendait en coulisses, arrive sur le plateau.
Et là, devant les invités médusés, Majax refait tout. Il tord un club de golf métallique de 35 degrés. Ensuite, il fait tourner l’aiguille d’une boussole bien plus vite que Geller quelques minutes plus tôt. Enfin, il plie une petite cuillère en la regardant. Tout ça en nommant les techniques au fur et à mesure : truquage, détournement d’attention, illusionnisme.
C’est exactement le même principe que je défends dans mon article sur Jean-Pierre Girard : un effet impossible pour le grand public peut être parfaitement banal pour quelqu’un qui connaît les méthodes de scène. Un scientifique seul dans une pièce ne suffit jamais. Il faut aussi quelqu’un qui sait comment on triche.
Le nitinol, John Taylor et les rétractations en cascade
Il y a un motif qui revient tellement souvent dans ce dossier qu’il en devient une signature. Un scientifique observe Geller, s’enthousiasme, publie. Puis il resserre ses contrôles. Et l’effet disparaît.
Le cas Eldon Byrd. En octobre 1973, ce chercheur du Naval Surface Weapons Center teste Geller sur du nitinol, un alliage à mémoire de forme qui exige normalement d’être chauffé à environ 480 °C sous tension pour changer de forme définitivement. Geller aurait produit des déformations permanentes en frottant simplement le fil entre deux doigts. Byrd a estimé que la rareté du matériau et ses propriétés extrêmes rendaient d’autres contrôles inutiles. Il s’est trompé sur les deux points, et Martin Gardner a démonté cette expérience dans Science: Good, Bad and Bogus.
Le cas John Taylor. Ce mathématicien du King’s College de Londres publie Superminds en 1975, où il défend l’idée d’une explication électromagnétique du pliage de métal. Il teste ensuite des enfants « mini-Geller » en laboratoire. Les contrôles étant renforcés, les résultats s’effondrent. En 1980, dans Science and the Supernatural, il se rétracte largement et conclut que tous les phénomènes qu’il a étudiés trouvaient une explication naturelle ou ne se produisaient plus sous contrôle strict.
Ce schéma-là, croyez-moi, il faut le connaître par cœur. Il ne prouve pas que rien n’existe. Mais il prouve qu’un chercheur brillant dans son domaine peut être un observateur catastrophique face à un praticien de la scène. Compétence scientifique et compétence en détection de tricherie sont deux choses totalement différentes.
Le Project Alpha, ou comment on piège un laboratoire entier
Ce n’est pas directement Geller, mais c’est la conséquence directe de la vague qu’il a lancée, et c’est édifiant.
En 1979, l’industriel James McDonnell finance à hauteur de 500 000 dollars un laboratoire de recherche psychique à l’université Washington de Saint-Louis. Le labo se spécialise dans le pliage de métal par des enfants. Deux adolescents, Steve Shaw et Mike Edwards, s’y présentent spontanément comme sujets. Ils produisent pendant plus de deux ans des résultats spectaculaires.
Sauf que c’étaient deux jeunes magiciens envoyés par James Randi. Dès que le directeur du laboratoire a soupçonné quelque chose et resserré les protocoles, leurs performances se sont effondrées. Randi a révélé l’opération en 1983.
La leçon n’est pas « les chercheurs sont bêtes ». La leçon, c’est que la bonne foi ne remplace jamais un protocole. Jamais.
Le tableau qui résume tout au sujet de Uri Geller
Mettez bout à bout les six situations documentées de sa carrière, et une régularité saute aux yeux. Ce n’est pas une impression, c’est un motif.

Comment on tord une cuillère sans le moindre phénomène psi
Passons au concret, parce que c’est probablement la partie la plus utile de cet article pour vous.
Le pliage de cuillère est aujourd’hui un classique enseigné dans à peu près tous les cours de mentalisme. Voici les quatre méthodes principales, et une fois que vous les connaissez, vous ne regarderez plus jamais une vidéo virale de la même façon.
- La fatigue du métal. On plie et déplie discrètement la cuillère au niveau du col, une dizaine de fois. Des microfissures s’accumulent. Ensuite, une pression du pouce suffit à la courber, voire à la casser net. C’est de la métallurgie de base, pas de la conscience.
- Le pré-pliage. La cuillère est déjà légèrement courbée, mais présentée sous un angle où la courbure est invisible. Il suffit ensuite de la tourner lentement entre les doigts pour donner l’illusion qu’elle se plie en direct.
- Le détournement d’attention. La cuillère est pliée manuellement pendant une fraction de seconde où le regard du public est ailleurs. C’est la base absolue de l’illusionnisme, et c’est redoutablement efficace en public comme à la caméra.
- L’échange. Une cuillère droite est remplacée hors champ par une cuillère déjà tordue.
Ajoutez à ça le coup de la montre bloquée par l’huile figée que j’évoquais plus haut, et vous tenez l’essentiel du répertoire.

La grille de lecture à garder en tête
Vous voulez un réflexe simple, utilisable devant n’importe quelle vidéo ? Posez ces quatre questions, dans cet ordre :
- Qui a fourni l’objet ? Si c’est la personne qui fait la démonstration, méfiance immédiate.
- Est-ce filmé en continu ? Sans coupure, sans hors champ, sans main qui sort du cadre.
- Qui observe ? Un scientifique seul ne suffit pas. Il faut quelqu’un qui connaît les techniques de scène.
- Est-ce reproductible à la demande ? Pas « quand l’énergie est bonne », mais maintenant, sous contrainte, avec du matériel qu’on lui donne.
Et en 2026, ajoutez une cinquième question qui n’existait pas du temps de Geller : est-ce que cette vidéo a été générée ou retouchée par une IA ? Entre les montages au scalpel, les ralentis, les recadrages et les outils génératifs, une séquence de douze secondes ne vaut plus rien comme preuve. Ce n’est pas du cynisme, c’est juste l’état de l’écosystème vidéo actuel.

Pratiquer sans mise en scène, c’est possible
Vous venez de voir les critères qui séparent une démonstration d’une preuve. La Formation Psytheos applique exactement ces critères : objet sous bocal, zéro courant d’air, aucune chaleur corporelle, mouvement observable et reproductible. Plus de 30 exercices guidés, de débutant à expert.
1 789 membres pratiquent avec ces protocoles.
Le revers de la médaille : ce qui plaide (un peu) en sa faveur
Si je ne vous présentais que les charges, je vous mentirais par omission. Et ça serait beaucoup trop facile. Voici donc, honnêtement, ce qui empêche de classer ce dossier en cinq minutes.
- Certains dessins du SRI sont réellement troublants. Pas tous, loin de là. Mais quelques correspondances sont difficiles à balayer d’un revers de main, et elles ont été obtenues dans des conditions d’isolement au moins partiellement sérieuses.
- Il n’a jamais été pris en flagrant délit dans un laboratoire. Beaucoup de gens croient le contraire. Les accusations de fraude sont nombreuses, argumentées et parfois très solides, mais aucune n’a été prouvée par une prise sur le fait documentée en contexte scientifique.
- D’autres chercheurs ont documenté des cas. En Afrique du Sud, E. Alan Price a compilé 137 cas de personnes rapportant des effets similaires après avoir vu Geller à la télévision, concluant à l’existence d’un « effet Uri Geller ». L’ensemble de ces travaux a été rassemblé dans The Geller Papers (1976).
- Le sérieux institutionnel n’était pas feint. Le SRI, Nature, la DIA, la CIA. Ces institutions ne dépensent pas vingt ans de budget et de réputation sur une lubie de café du commerce.
Cela dit, une chose manque toujours à l’appel, et c’est la plus importante : aucune équipe totalement indépendante n’a jamais reproduit ses résultats en double aveugle. Cinquante-cinq ans, des dizaines de laboratoires, des millions de dollars, et toujours pas de protocole reproductible. À un moment, ce silence-là parle.
Mon avis personnel sur le dossier Uri Geller
Je vais vous le dire franchement, sans langue de bois.
Pour moi, l’essentiel de ce qu’Uri Geller a montré au public relève de l’illusionnisme. Pas une partie, pas une zone grise : l’essentiel. Les cuillères, les montres, les clés, les boussoles. Tout ça a été reproduit à l’identique par des magiciens professionnels, en direct, parfois sur le même plateau que lui. Et surtout, tout ça disparaît systématiquement dès que le cadre se ferme. Ce schéma est bien trop constant pour être un hasard.
Sur le volet scientifique, ma position est différente et plus nuancée. Les expériences de dessin du SRI ne prouvent rien, mais elles ne se réduisent pas non plus à un tour de passe-passe. Le protocole était bancal, c’est incontestable. Un protocole bancal ne rend cependant pas les résultats automatiquement faux, il les rend simplement inutilisables comme preuve. Nuance importante, et beaucoup de sceptiques la sautent allègrement.
Ce qui me dérange le plus
Ce qui me dérange le plus chez Geller, en réalité, ce n’est même pas la question de la triche. C’est le tort colossal qu’il a causé à un sujet auquel je crois profondément.
Parce qu’il a installé dans la tête de trois générations une image totalement fausse de ce qu’est une interaction réelle entre conscience et matière. Grâce à lui, tout le monde imagine un homme charismatique qui tord des couverts devant des caméras. Alors que la réalité de la pratique, c’est quelqu’un d’assis en silence devant un objet minuscule, sous un bocal en verre, qui observe pendant dix minutes un frémissement de deux millimètres. Ce n’est pas vendeur. Ce n’est pas viral. Mais c’est honnête.
Et il y a un détail qui m’a définitivement fixé les idées. En novembre 2007, dans le magazine allemand Magische Welt, Geller déclare : « Je ne dirai plus que j’ai des pouvoirs surnaturels. Je suis un artiste de divertissement. Je veux faire un bon spectacle. » En février 2008, dans son émission The Next Uri Geller, il affirme à l’antenne ne posséder aucun pouvoir surnaturel, puis fait un clin d’œil à la caméra. Il précisera ensuite préférer le terme de « mystificateur », tout en ajoutant que cela ne signifie pas qu’il n’a pas de pouvoirs.
Ce clin d’œil, c’est tout le personnage. Cinquante-cinq ans de carrière construits sur une ambiguïté entretenue avec un talent que je reconnais volontiers. Mais l’ambiguïté n’est pas une preuve. C’est un fonds de commerce.
Les six histoires qui font encore parler de lui
Au-delà du débat scientifique, la carrière de Geller est un festival d’anecdotes. Certaines sont drôles, d’autres révélatrices. Les voici.
Le penalty de l’Euro 96
15 juin 1996, Wembley. Angleterre contre Écosse. Gary McAllister s’élance pour tirer un penalty, et le ballon bouge légèrement sur le point de penalty au moment de sa course d’élan. Le tir est arrêté par David Seaman. Quelques instants plus tard, Paul Gascoigne inscrit le second but anglais.
Geller, qui affirme avoir survolé le stade en hélicoptère ce jour-là, revendique publiquement le mouvement du ballon. Selon lui, il a capté « la vague de vibrations positives des supporters anglais » avant de la renvoyer vers le terrain, tel un émetteur-récepteur.
Le plus savoureux, c’est que McAllister et Ally McCoist ont tous deux confirmé que le ballon avait effectivement bougé. Un ballon qui roule légèrement sur une pelouse de juin après un léger coup de vent, franchement, ça arrive tous les week-ends sur tous les terrains du monde. Mais avouez que le timing était parfait.
Michael Jackson, témoin en retard de deux heures
Le 7 mars 2001, Uri et Hannah Geller renouvellent leurs vœux à Sonning, dans le Berkshire. Le témoin ? Michael Jackson. Qui arrive avec deux heures de retard, l’alliance dans la poche, ce qui a purement et simplement bloqué la cérémonie.
C’est également Geller qui a mis Michael Jackson en relation avec le journaliste Martin Bashir, dont le documentaire de 2003 a durablement abîmé l’image du chanteur. Une décision que Geller a par la suite regrettée publiquement.
Kadabra, le Pokémon banni pendant 22 ans
Celle-là est ma préférée, et beaucoup de joueurs la connaissent sans savoir qu’elle concerne Geller.
Le Pokémon Kadabra s’appelle Yungerer en japonais, ce qui s’écrit en katakana d’une façon très proche de « Yuri Gerā », soit Uri Geller. Il tient une cuillère tordue. En novembre 2000, Geller attaque Nintendo pour 60 millions de livres, estimant qu’on avait utilisé son identité sans autorisation. Sa formule est restée : « Nintendo a fait de moi un personnage Pokémon maléfique et occulte. »
Résultat : la carte Kadabra disparaît du jeu de cartes pendant plus de vingt ans. Puis, en décembre 2020, Geller change d’avis et écrit à The Pokémon Company pour lever son opposition. La carte revient dans le set 151 en juin 2023. Son commentaire public, que je trouve honnêtement touchant : « Je reconnais que j’ai été idiot. Attaquer Pokémon a été une erreur dévastatrice pour moi. » Il précise avoir changé d’avis grâce aux fans et à ses petites-filles.
Lamb Island, l’île au trésor égyptien
Le 11 février 2009, Geller achète Lamb Island, un caillou inhabité d’une centaine de mètres de long au large de la côte est de l’Écosse. Sa justification : un trésor égyptien y aurait été enterré il y a 3 500 ans par Scota, personnage de la mythologie irlandaise. Il affirme l’avoir localisé par radiesthésie et y avoir enfoui une sphère de cristal ayant appartenu à Albert Einstein pour renforcer les énergies du lieu.
En 2022, il a annoncé vouloir en faire une micronation, la « République de Lamb ». Et en janvier 2026, il a déclaré nommer Donald Trump président de son île. À ce stade, on est clairement passé du dossier parapsychologique au personnage de fiction, mais ça fait partie du tableau.
La cuillère de onze tonnes de Jaffa
En novembre 2021, Geller ouvre son propre musée dans la vieille ville de Jaffa, à Tel-Aviv, dans un bâtiment ottoman du XVIIIe siècle. Pendant les six millions de dollars de travaux, les archéologues de l’Autorité des antiquités d’Israël ont découvert sous le sol une savonnerie à l’huile d’olive du XIXe siècle.
On y trouve plus de 200 objets : le chevalet de Picasso, des menottes de Houdini, des gants de boxe signés Mohamed Ali, une Cadillac de 1976 recouverte de 2 000 couverts tordus. Et dans la cour, une cuillère courbée en acier de 16 mètres de long et 11 tonnes, homologuée par le Guinness World Records comme la plus grande cuillère en acier du monde.

Juillet 2026 : le duel avec un féticheur ghanéen
Et pour vous montrer que le personnage est toujours actif, voici l’épisode le plus récent. Pendant la Coupe du monde 2026, le féticheur ghanéen Nana Kwaku Bonsam annonce avoir jeté un sort sur l’attaquant anglais Harry Kane. Geller intervient publiquement, affirme protéger le joueur des blessures et déclare : « Je n’ai peur d’aucune malédiction ni d’aucune énergie noire venant d’un féticheur, où qu’il soit dans le monde. »
Bonsam a répondu qu’il avait levé la malédiction avant le match contre le Panama, tout en assurant à propos de Geller : « Il n’a aucun pouvoir. » À 79 ans, l’homme continue donc d’occuper le terrain médiatique exactement comme il le faisait en 1974. Il faut lui reconnaître une sacrée constance.
Ce que sa carrière apprend concrètement à un pratiquant
Au-delà du « pour ou contre », il y a des enseignements très concrets à tirer de ce dossier. Voici les cinq que je retiens personnellement, et que j’applique dans ma propre pratique.
Ce qu’un pratiquant de télékinésie doit retenir
1. Un effet qui disparaît sous contrôle n’est pas un effet. C’est la règle la plus dure et la plus utile. Si vos résultats s’évanouissent dès que vous mettez l’objet sous un bocal en verre, ce n’était probablement pas vous. Ce n’est pas un échec, c’est une information précieuse. Mieux vaut le savoir maintenant qu’après trois ans de pratique.
2. Ne fournissez jamais votre propre matériel quand vous montrez quelque chose. Ça paraît anodin, mais c’est le premier réflexe des enquêteurs. Si un jour vous voulez partager un résultat, laissez quelqu’un d’autre choisir et préparer l’objet. Vous gagnerez instantanément en crédibilité, et surtout, vous serez sûr de ne pas vous mentir à vous-même.
3. Les explications ordinaires viennent en premier. Courant d’air, convection thermique due à la chaleur des mains, électricité statique, micro-vibrations du support, effet idéomoteur. Tant que vous n’avez pas éliminé ces cinq causes-là, vous n’avez rien observé du tout. C’est exactement le point que je martèle dans mon guide pour les débutants.
4. La discrétion est un bon signe, pas un défaut. Les pratiquants les plus sérieux que j’ai croisés n’ont aucun besoin de convaincre qui que ce soit. Ils pratiquent, observent, corrigent. À l’inverse, plus quelqu’un a besoin de public, plus vous devez lever un sourcil. J’en parle plus longuement dans mon article sur ce qu’est réellement un télékinésiste.
5. Le spectaculaire n’est pas l’objectif. Geller a construit l’imaginaire collectif autour du couvert tordu, et des milliers de débutants abandonnent parce qu’ils n’y arrivent pas en trois semaines. Ce n’est pas ça, le vrai marqueur de progression. Le vrai marqueur, c’est une rotation lente et reproductible sous bocal, obtenue dans des conditions propres. C’est modeste, et c’est infiniment plus solide.
Uri Geller aujourd’hui : où en est-il ?
Uri Geller a 79 ans et il est très loin d’être à la retraite.
Après une trentaine d’années passées à Sonning, en Angleterre, il est rentré vivre en Israël en 2015 et s’est installé à Jaffa, où il tient son musée. Il intervient régulièrement dans les médias britanniques, notamment sur GB News, et il commente abondamment l’actualité internationale.

Ces dernières années, il a affirmé successivement avoir contribué à arrêter des drones iraniens, avoir perturbé la navigation d’une flottille en route vers Gaza, avoir vu venir Armageddon, et il a annoncé que des extraterrestres se manifesteraient bientôt. Il a aussi promis en 2019 d’empêcher le Brexit par télépathie dans une lettre ouverte à Theresa May, ce qui, disons-le poliment, n’a pas fonctionné.
Sur le plan financier, les estimations publiques tournent autour de 10 à 30 millions de dollars, ce qui reste très approximatif. Une partie de cette fortune viendrait de contrats de prospection minière et pétrolière par radiesthésie, un secteur où il aurait facturé des sommes considérables. On sait par exemple qu’en 1986, la société Zanex lui a versé 250 000 dollars plus des options d’achat d’actions pour rechercher des diamants. Aucun diamant n’a été trouvé.
Un conseil qu’il donne régulièrement aux enfants mérite d’être cité, parce qu’il est sincèrement bon : oubliez le paranormal, concentrez-vous sur l’école, ne fumez jamais, et ne touchez jamais à la drogue. Venant de lui, ça ne manque pas de sel. Mais c’est un bon conseil.
Pour conclure sur le cas Uri Geller
Ce que je retiens, au terme de cette enquête, tient en une phrase : Uri Geller a été un phénomène médiatique extraordinaire et un sujet scientifique décevant.
Il a réussi quelque chose que personne d’autre n’a réussi. Il a fait entrer le sujet des capacités psi dans les foyers du monde entier, il a poussé une revue comme Nature à publier sur lui, et il a occupé les analystes du Pentagone pendant deux décennies. Ça, personne ne peut le lui enlever.
Mais il n’a jamais franchi la seule ligne qui compte vraiment : produire un résultat reproductible, à la demande, avec du matériel qu’il ne contrôle pas, devant des observateurs qui connaissent les techniques de scène. Cinquante-cinq ans, et cette ligne n’a jamais été franchie.
Alors la vraie question, pour moi, n’a jamais été « est-ce que Geller était réel ? ». La vraie question, c’est : « qu’est-ce qui reste quand on retire le show ? » Et la réponse est plutôt encourageante. Il reste une pratique lente, silencieuse, vérifiable, où l’on apprend d’abord à éliminer toutes les causes ordinaires avant d’attribuer quoi que ce soit à l’esprit. Ce n’est pas spectaculaire. C’est simplement honnête.
Et vous, que pensez-vous du cas Uri Geller ? Plutôt convaincu, plutôt sceptique, ou quelque part au milieu comme moi ? J’adore quand les lecteurs partagent leur ressenti sur Psytheos. Alors si vous avez la moindre question, le moindre doute ou une expérience à raconter, déposez un commentaire au bas de cette page. Je me ferai une joie de vous répondre personnellement.
Et si vous voulez creuser l’ensemble du sujet, je vous invite à parcourir mon guide complet, ainsi que mes ressources et exercices pour passer de la théorie à la pratique.
Questions fréquentes à propos d’Uri Geller
Uri Geller est-il toujours vivant ?
Oui. Uri Geller est né le 20 décembre 1946 et il a donc 79 ans. Il vit à Jaffa, en Israël, où il gère son musée, et il continue d’intervenir régulièrement dans les médias. Plusieurs fausses annonces de décès ont circulé sur les réseaux sociaux ces dernières années, y compris en juillet 2026. Ce sont des canulars.
Uri Geller a-t-il vraiment des pouvoirs ?
Aucune de ses démonstrations n’a jamais été validée dans un protocole reproductible et indépendant. Ses effets les plus célèbres, comme le pliage de cuillère, ont été reproduits à l’identique par des magiciens professionnels et disparaissent systématiquement lorsque le matériel est fourni et contrôlé par des tiers. Les seules expériences ayant donné des résultats statistiquement notables, celles du Stanford Research Institute, ont été publiées avec un éditorial de Nature pointant leurs faiblesses méthodologiques.
Comment Uri Geller tord-il les cuillères ?
Les magiciens identifient quatre méthodes classiques : la fatigue du métal obtenue en pliant et dépliant discrètement l’objet au préalable, le pré-pliage présenté sous un angle trompeur, le détournement d’attention pendant lequel la cuillère est pliée à la main, et l’échange avec une cuillère déjà tordue. Gérard Majax a reproduit ces effets en direct face à lui sur Droit de réponse le 14 mars 1987.
Uri Geller a-t-il vraiment travaillé pour la CIA ?
Il a bien été testé au Stanford Research Institute en 1972-1973 dans le cadre d’un programme financé par des agences de renseignement américaines, ce qui est documenté par les archives déclassifiées. En revanche, ces documents décrivent des expériences de laboratoire, pas des missions opérationnelles. Ses affirmations sur un rôle actif d’agent psychique pour la CIA ou le Mossad, développées notamment dans le documentaire de la BBC The Secret Life of Uri Geller (2013), ne reposent que sur des témoignages, dont le sien.
Pourquoi a-t-il échoué chez Johnny Carson ?
Parce que Johnny Carson, magicien amateur, avait suivi les conseils de James Randi. La production a fabriqué elle-même tous les accessoires et interdit tout contact avec Geller ou son entourage avant l’émission. Sans accès préalable au matériel, aucun effet ne s’est produit pendant l’émission du 1er août 1973.
Uri Geller a-t-il avoué être un illusionniste ?
Presque. En novembre 2007, il déclarait dans Magische Welt ne plus vouloir affirmer posséder des pouvoirs surnaturels et se présenter comme un artiste de divertissement. En février 2008, il a répété cette position à l’antenne avant de faire un clin d’œil à la caméra. Il a ensuite précisé préférer le terme de « mystificateur », tout en ajoutant que cela ne voulait pas dire qu’il n’avait pas de pouvoirs. L’ambiguïté est totale, et clairement assumée.
Quelle différence avec le cas Nina Kulagina ?
La différence tient au contexte. Kulagina venait d’un milieu modeste, n’a jamais cherché la célébrité ni monétisé ses capacités, et a été suivie physiologiquement pendant vingt ans par des équipes médicales. Geller a construit sa carrière sur scène, puis dans les médias, avec des enjeux financiers considérables. Les deux dossiers comportent des zones grises, mais ils ne se lisent pas du tout avec la même grille. J’ai consacré une enquête complète au cas Nina Kulagina si vous voulez comparer.
Quelle est la fortune d’Uri Geller ?
Les estimations publiques varient de 10 à 30 millions de dollars, sans confirmation officielle. Ses revenus proviennent des spectacles, de la télévision, d’une vingtaine de livres, et surtout de contrats de prospection minière et pétrolière par radiesthésie conclus dans les années 1980.
Sources et références : comment je trie le solide du bancal
Sur un dossier aussi polarisé, toutes les sources ne se valent pas. Et personnellement, je trouve que la plupart des articles en ligne mélangent allègrement publications scientifiques, rapports de renseignement, souvenirs de plateau et opinions de blogueurs. C’est exactement ce qu’il faut éviter.
Voici donc les sources que j’ai utilisées, classées par niveau de fiabilité méthodologique. À vous, ensuite, de décider du poids que vous accordez à chacune.
1. Publications scientifiques à comité de lecture
- Targ, R. & Puthoff, H. (1974). « Information transmission under conditions of sensory shielding ». Nature, 251, p. 602-607, 18 octobre 1974. → L’article original du SRI. À lire impérativement avec l’éditorial qui l’accompagne.
- Nature, éditorial « Investigating the paranormal », 18 octobre 1974. → Le texte dans lequel la rédaction expose les critiques de ses propres relecteurs. Indispensable.
- Marks, D. & Kammann, R. (1978). Article critique publié dans Nature. → Première contestation méthodologique formelle des travaux du SRI.
- Marks, D. & Kammann, R. (1980). The Psychology of the Psychic. Prometheus Books. → La contre-enquête universitaire de référence, fondée sur les transcriptions originales du SRI.
2. Documents officiels et déclassifiés
- « Experiments : Uri Geller at SRI, August 4-11, 1973 ». Document déclassifié, CIA Reading Room, référence CIA-RDP96-00787R000700110003-2. → Le rapport le plus cité. Rédigé par les chercheurs sous contrat, pas par des évaluateurs indépendants.
- Mumford, M., Rose, A. & Goslin, D. (1995). An Evaluation of Remote Viewing: Research and Applications. American Institutes for Research. → Le rapport commandé par le Congrès, avec les avis contradictoires de Jessica Utts et Ray Hyman, qui a conduit à l’arrêt du programme.
- CIA Freedom of Information Act Electronic Reading Room : cia.gov/readingroom. → Cherchez « Geller » ou « Stargate » pour consulter les originaux vous-même.
3. Enquêtes journalistiques et critiques d’illusionnistes
- Hanlon, J. (octobre 1974). Enquête de 16 pages dans New Scientist. Traduite en français sous le titre « Uri Geller, un bon illusionniste », Raison présente, n° 36, 1975, p. 13-28. → Consultable librement sur Persée. Un document français précieux, et bien trop peu cité.
- Randi, J. (1975, rééd. 1982). The Truth About Uri Geller. Prometheus Books. → Reproduction méthodique de chaque effet par les techniques d’illusionnisme classiques.
- Randi, J. (1983). « The Project Alpha Experiment ». Skeptical Inquirer. → Le récit détaillé de l’infiltration du laboratoire McDonnell.
- Gardner, M. (1981). Science: Good, Bad and Bogus. Prometheus Books. → Le chapitre 15 démonte l’expérience du nitinol d’Eldon Byrd.
- Droit de réponse, émission du 14 mars 1987, Michel Polac, avec Gérard Majax. Archives INA. → À voir absolument. C’est la démonstration la plus pédagogique jamais diffusée en français.
4. Sources favorables (à lire, mais avec la bonne grille)
- Panati, C. (dir.) (1976). The Geller Papers: Scientific Observations on the Paranormal Powers of Uri Geller. Houghton Mifflin. → Le recueil des travaux favorables, dont ceux de Wilbur Franklin, Eldon Byrd et E. Alan Price.
- Psi Encyclopedia, Society for Psychical Research : article « Uri Geller ». → Synthèse académique de la plus ancienne société savante du domaine, fondée en 1882. Position volontairement non tranchée.
- Taylor, J. (1975). Superminds. Macmillan. → À lire impérativement avec sa rétractation : Taylor, J. (1980). Science and the Supernatural. Temple Smith.
- Puharich, A. (1974). Uri: A Journal of the Mystery of Uri Geller. Anchor Press. → À lire comme document historique. Le contenu sur les intelligences extraterrestres parle de lui-même.
5. Pour démarrer une recherche
- Wikipédia (FR et EN), article « Uri Geller ». → Utile uniquement comme point d’entrée. Jamais comme source unique sur un sujet aussi disputé.
- The Secret Life of Uri Geller : Psychic Spy? (2013), documentaire de Vikram Jayanti, BBC. → Intéressant, mais très favorable à la thèse de Geller. À regarder en gardant l’esprit critique allumé.
- Archives vidéo du Tonight Show du 1er août 1973. → Vingt-deux minutes qui valent tous les articles du monde.
6. Crédits des illustrations
Autant être transparent là-dessus aussi, d’autant que certaines licences l’exigent.
- Les images de 1972 (portrait de Geller, planche de dessins, boîtes en aluminium) : extraites du film Experiments with Uri Geller tourné par le Stanford Research Institute, narration de Bonnar Cox. Domaine public, via Internet Archive.
- Le musée de Jaffa : photo d’Avishai Teicher, 2024, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.
- Uri Geller en 2009 : photo de Dmitry Rozhkov, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
- Les six infographies : réalisées par mes soins pour cet article.
7. Mon mot sur cette grille de lecture
Ce que je retiens, c’est qu’il n’existe à ce jour aucune preuve scientifique reproductible des capacités d’Uri Geller. Il existe en revanche un article publié dans une grande revue, quelques résultats statistiques troublants, une longue série d’échecs en conditions verrouillées, et un talent de communication absolument hors norme.
Ce n’est pas un verdict. C’est un faisceau. Et comme toujours sur Psytheos, je vous invite à consulter ces sources vous-même plutôt qu’à me croire sur parole. C’est la seule posture qui vaille sur un sujet pareil.



