Un homme d'âge mûr à lunettes fait léviter un stylo au-dessus d'un carnet grâce à une énergie magique violette et bleue, sur un fond spatial étoilé. Il s'agit de Gérard Majax qui fait de la télékinésie.

Gérard Majax : sa vie, son face-à-face avec Uri Geller et ce que disent vraiment les archives

Gérard Majax, c’est le magicien que toute la France retrouvait à 19 h 45 sur Antenne 2 à partir de 1975, dans « Y’a un truc ». Né à Nice le 28 avril 1943, il a aujourd’hui 83 ans, et aucun décès n’a été annoncé, malgré les fausses nécrologies qui traînent en ligne. Mais pour un site comme Psytheos, il est surtout l’homme qui, le 14 mars 1987, a reproduit en direct plusieurs effets présentés par Uri Geller, sur le plateau de Michel Polac.

Quand vous tapez son nom dans Google, vous cherchez en général à savoir qui il est, quel âge il a, s’il est toujours en vie et ce qui s’est passé avec Geller. Je réponds à tout ça tout de suite. Sauf qu’en vérifiant ce qu’on lit partout, je suis tombé sur pas mal d’erreurs. Même son vrai nom est plus compliqué qu’il n’y paraît.

Pour écrire cet article, je suis donc retourné aux documents d’origine : le brevet qu’il a déposé en 1999, la transcription de l’émission de 1987 publiée en 1992, le compte rendu d’un test de télékinésie dont il a coécrit le protocole en 1978, les archives du Défi zététique de l’université de Nice… et l’introduction de son livre Le Grand Bluff, où il écrit une phrase que ses admirateurs oublient presque toujours. C’est parti !

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Qui est Gérard Majax ?

Gérard Majax est un prestidigitateur, animateur de télévision et auteur français, né le 28 avril 1943 à Nice. Vedette de la magie à la télévision dans les années 1970 et 1980, il est aussi l’un des démystificateurs les plus connus du pays : une bonne partie de sa carrière a consisté à reproduire, et à expliquer, les « pouvoirs » de ceux qui prétendent tordre le métal, lire dans les pensées ou guérir à distance.

Mais c’est surtout sa deuxième casquette qui m’intéresse ici. Je pratique la télékinésie depuis plus de quinze ans (je raconte mon parcours sur ma page À propos), et je vous le dis sans détour : un homme qui sait exactement comment on fabrique un faux mouvement d’objet, c’est quelqu’un qu’un pratiquant a tout intérêt à écouter. Même quand on ne partage pas toutes ses conclusions.

Portrait de Gérard Majax souriant, cheveux bouclés, veste noire sur une chemise bleu-vert, photographié de nuit en 2005
Gérard Majax en 2005, à 62 ans. (Photo : JudloMagic, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0)

Sa fiche en un coup d’œil

  • Nom de scène : Gérard Majax
  • Nom à l’état civil : Faier, avec pour prénoms Gérard, Maurice et Henri (souvent réduit à « Maurice Faier », je vous explique juste en dessous)
  • Naissance : 28 avril 1943, dans le vieux Nice
  • Âge : 83 ans (en septembre 2026)
  • Métiers : prestidigitateur, animateur de télévision, auteur d’une trentaine de livres, inventeur de l’Hallucinoscope
  • Formation : École normale d’instituteurs d’Auteuil, puis psychologie à la Sorbonne
  • Émission culte : « Y’a un truc », sur Antenne 2, à partir du 15 septembre 1975
  • Face au paranormal : Le Grand Bluff (1978), le test de Jean-Pierre Girard (1978), Uri Geller dans « Droit de réponse » (1987), le Défi zététique international (1987-2002)
  • Aujourd’hui : aucun décès annoncé ; son site officiel présente toujours son spectacle

Gérard ou Maurice Faier ? Ce que disent les documents

Son nom de famille ne fait aucun doute : Faier. Pour le prénom, c’est plus compliqué que ne le laissent croire les biographies. La plupart, Wikipédia en tête, écrivent qu’il s’appelle Maurice Faier. Or les documents officiels que j’ai pu retrouver disent autre chose.

En 1999, quand il dépose à l’INPI le brevet de son invention, le déposant s’appelle « Faier dit Majax Gérard » (brevet FR 2 799 007). Et le registre national des entreprises, où il figure comme dirigeant, le nomme Gérard Maurice Henri Faier, né en avril 1943. La biographie publiée en 2004 par l’Association française pour l’information scientifique (AFIS) l’appelle elle aussi Gérard dès son enfance.

Maurice est donc bien l’un de ses prénoms. Mais les documents officiels que j’ai retrouvés ne permettent pas de le présenter simplement comme « Maurice Faier » : le brevet le désigne comme Gérard, et le registre donne ses trois prénoms, Gérard en premier. D’où vient alors « Maurice Faier » ? Honnêtement, je ne sais pas.

Sur Wikipédia, la page indiquait « Gérard Faier » jusqu’à une modification anonyme et sans source de juillet 2013. Mais ce prénom circulait déjà en ligne avant : on le trouve par exemple sur un forum d’énigmes dès mars 2009.

Ce que je retiens, c’est ce qui est vérifiable : à l’état civil, ses prénoms sont Gérard, Maurice et Henri, et c’est sous le prénom de Gérard qu’il a déposé son brevet. En revanche, je n’ai rien trouvé qui permette de dire avec certitude lequel de ces prénoms était utilisé à l’origine. Écrire qu’il s’appelle « en réalité Maurice » est donc, au mieux, incomplet.

Et « Majax », alors ? D’après cette même biographie de l’AFIS, ce serait la fusion de « magie » et d’« Ajax », le héros de la guerre de Troie. Je n’ai trouvé aucun entretien où il l’explique lui-même, donc je vous le donne pour ce que c’est : une version plausible.

Est-il toujours vivant ? Que devient-il ?

Selon toutes les informations disponibles, oui. À la date de cette mise à jour, le 25 septembre 2026, aucun média ni aucun proche n’a annoncé son décès, et son site officiel présente toujours son spectacle. Si vous êtes tombé sur une « nécrologie », méfiez-vous : le site Nécropédia publie sur lui une « nécrologie anticipée » (le site précise lui-même, en petit, que Majax n’est pas mort).

Avec une date de décès fictive fixée à quelques jours de la date de consultation. D’autres sites fabriquent des rumeurs en série. Une annonce qui a l’air officielle, personne qui vérifie… c’est le mécanisme des faux pouvoirs, appliqué à la rubrique nécrologique.

Ses dernières nouvelles de première main datent de mai 2024. Invité de Jordan De Luxe sur C8, il a révélé avoir fait un AVC qui lui avait paralysé la main droite. Il dit s’en être remis, tout en signalant des tremblements des mains qui l’empêchent désormais de faire certaines manipulations (Télé-Loisirs, 29 mai 2024).

Dans la même émission, il jugeait sa retraite très insuffisante, environ 1 500 euros par mois, ce qui l’oblige, disait-il, à continuer de travailler. Attention au passage : les articles de 2026 qui reprennent ces chiffres recyclent cette interview de 2024.

Il partage sa vie entre la Côte d’Azur et la région parisienne. C’est dans sa maison des environs de Houdan, dans les Yvelines, que Le Monde l’a rencontré en mai 2022.

Pourquoi un magicien de télé intéresse autant un site sur la télékinésie

À première vue, un animateur de jeux télévisés n’a pas grand-chose à faire sur Psytheos. Et pourtant, Majax a croisé la télékinésie bien plus souvent qu’on ne le croit :

  • en 1978, il a coécrit le protocole d’un vrai test en laboratoire, qui consistait à déplacer et faire léviter de petits objets, face au plus célèbre « tordeur de métal » français de l’époque, Jean-Pierre Girard ;
  • son livre Le Grand Bluff consacre un chapitre entier aux « objets déplacés à distance », et un autre à Uri Geller et à ses imitateurs ;
  • aujourd’hui encore, son spectacle annonce de la « télékinésie en direct »… présentée comme une démonstration par l’absurde. Autrement dit, il fait bouger des objets avec un truc, pour montrer qu’un objet qui bouge ne prouve rien à lui seul.

C’est la question que se pose tout pratiquant honnête : comment savoir si le mouvement vient de moi, ou d’une cause banale ? Majax y répond en illusionniste, moi en pratiquant, et nos conclusions ne sont pas les mêmes. Mais sur un point, nous sommes d’accord à cent pour cent : ce qui compte, ce n’est pas l’effet. Ce sont les conditions dans lesquelles il se produit.

Un tour se refait. Un test se contrôle.

Majax fait bouger des objets avec un truc pour prouver qu’un mouvement ne suffit pas. La Formation part du même principe : objet sous bocal, courants d’air, chaleur des mains et électricité statique éliminés avant de conclure quoi que ce soit.

30 exercices guidés, accès immédiat après l’inscription.

De Nice à « Y’a un truc » : un magicien qui a d’abord voulu y croire

Avant d’entrer dans le détail, voici toute sa carrière sur une seule frise. Gardez-la sous la main : les années 1978 et 1987 vont beaucoup compter dans la suite.

Frise chronologique de la vie de Gérard Majax de 1943 à 2026 : naissance à Nice, premiers tours, Y'a un truc, rubrique Diaboliquement votre, Le Grand Bluff et test de Jean-Pierre Girard, Défi zététique et Uri Geller, Stars à la barre, livres sur les faiseurs de miracles et les gourous, Hallucinoscope, fin du Défi, vente de sa collection, débat présidentiel de 2022, AVC révélé en 2024
Quinze dates vérifiées. En violet sa vie et sa carrière, en or la télévision, en vert ses confrontations avec le paranormal.

Un enfant des puces qui croyait aux pouvoirs

Gérard Faier naît dans le vieux Nice, dans une famille modeste. Ses parents s’installent à Paris quand il a cinq ou six ans (les sources hésitent), du côté de la porte de Clignancourt. C’est là, vers douze ans, qu’il achète ses premiers tours à un camelot des puces surnommé le « Professeur Marcel », en rêvant devant les aventures de Mandrake le magicien.

Ce que la plupart des biographies laissent de côté, c’est qu’au départ, il y croyait. Adolescent, il dévore une centaine de livres d’occultisme et de parapsychologie. En 2010, sur le plateau de Thierry Ardisson, il racontait avoir cru sans réserve, au début, que certains magiciens pouvaient transmettre leur pensée ou léviter (propos repris par Le Point en 2022).

Puis il a rencontré ceux qui prétendaient avoir ces pouvoirs… et il n’a trouvé, selon lui, que des trucages, souvent grossiers, et beaucoup de psychologie.

Je trouve ce point essentiel. Majax n’est pas un sceptique de naissance : c’est un ancien croyant qui a voulu vérifier, et que la vérification a déçu. Ce n’est pas du tout la même chose, et ça explique une bonne partie de sa ténacité.

L’École normale, la Sorbonne et le Dr Dhotel

Adolescent, il entre à l’École normale d’instituteurs d’Auteuil et se destine à l’enseignement. En parallèle, vers seize ans, il passe l’examen d’entrée de l’Association française des artistes prestidigitateurs, dont le président, le Dr Jules Dhotel, lui apprend des tours en échange d’un peu de secrétariat.

Il suit ensuite des cours de psychologie expérimentale à l’Institut de psychologie de la Sorbonne, où il fait, dit-il, des tests sur la perception. A-t-il décroché une licence ? Certaines sources l’affirment, d’autres disent qu’il a arrêté ses études pour la scène. Je n’ai pas pu trancher.

Un souvenir rapporté par l’AFIS montre que le démystificateur était déjà là : à dix-neuf ans, lors d’une conférence de la Ligue de l’enseignement à La Rochelle, il démonte devant le public les trucs des fakirs.

Eddie Barclay, le music-hall et la leçon de pickpocket

Pour payer ses études, il enchaîne les cabarets de Montmartre et du Quartier latin, parfois trois dans la même soirée. Un été, sur la Côte d’Azur, il rencontre Eddie Barclay, qui devient son mentor, presque un second père, et le pousse vers la scène. Suivent une audition pour l’imprésario Johnny Stark, la tournée mondiale du « Music-Hall de France » de Bruno Coquatrix, jusqu’en URSS, puis le Crazy Horse, Bobino, l’Olympia.

Son numéro phare ? Une leçon de pickpocket, présentée avec un mannequin électronique baptisé Oscar. Tout un symbole, quand on y pense : le pickpocket et le faux médium utilisent le même outil, le détournement d’attention.

Au cinéma, ce sont ses mains qui manipulent les cartes du générique du Grand Blond avec une chaussure noire (1972). Et en 2021, on le revoit dans la série Astrid et Raphaëlle, dans le rôle d’un magicien, ancienne vedette de la télévision. Joli clin d’œil.

Peinture L'Escamoteur de l'atelier de Jérôme Bosch : un bonimenteur fait un tour de gobelets devant des badauds pendant qu'un complice vole la bourse d'un spectateur penché en avant
L’Escamoteur, atelier de Jérôme Bosch, vers 1500. Pendant que tout le monde fixe les gobelets, le complice vole la bourse du spectateur penché. Cinq siècles avant la leçon de pickpocket de Majax, le principe n’a pas bougé. (Musée d’Art et d’Histoire de Saint-Germain-en-Laye, domaine public)

1975 : « Y’a un truc », le quart d’heure qui a rendu la magie populaire

Pendant trois ans, il propose des émissions de magie aux chaînes, sans succès. Puis Armand Jammot, directeur des programmes d’Antenne 2, lui donne sa chance. Le 15 septembre 1975, « Y’a un truc » démarre, du lundi au samedi, juste avant le journal de 20 heures. Le principe est simple : Majax présente une expérience étonnante, et les candidats doivent trouver le truc.

Le succès est énorme. D’après un magazine de l’époque cité par le chercheur Thibaut Rioult, la rédaction reçoit plus d’un million et demi de lettres. L’émission s’arrête au bout d’une saison, mais le nom de Majax reste accroché au mot « truc » pour des décennies.

Tous les magiciens n’ont pourtant pas applaudi. Certains lui ont reproché de livrer les secrets du métier. Lui s’en est toujours défendu : selon lui, il ne montrait que de la « physique amusante », jamais les trucages des professionnels.

Dans un chapitre universitaire paru en 2018, Rioult montre que la frontière était bien plus floue que ça, et qu’à force de répéter qu’il y a un truc derrière chaque merveille, Majax a fini par sacrifier une partie de l’art de l’illusion pour en protéger les secrets.

Et c’est cette idée fixe qui fera de lui l’adversaire naturel des médiums. Si tout a un truc, alors le « pouvoir » aussi.

Après « Y’a un truc » : les émissions, puis l’Hallucinoscope

Ses autres émissions s’appellent Abracadabra, Passe-passe, Magie-surprise (des caméras cachées à base de magie, une première selon lui), La Caverne d’Abracadabra ou Magie-Majax. Bien plus tard, il anime aussi une rubrique dans le Club Dorothée, en 1994-1995.

Retenez surtout une rubrique de l’été 1977, dans Abracadabra : « Diaboliquement votre ». D’après la présentation de son éditeur, c’est la première fois que la télévision française démasque de prétendus parapsychologues.

Au passage, on lit souvent qu’il démasquait déjà des charlatans en 1971-1972 dans « Le Troisième Œil », un magazine de l’ORTF. Ce magazine a bien existé (sur la deuxième chaîne, et non sur la première), mais je n’ai trouvé aucune notice de l’INA qui mentionne Majax. Je ne le reprends donc pas comme un fait.

À la fin des années 1990, ce passionné d’illusions d’optique invente l’Hallucinoscope : un miroir fixé sous les yeux, qui renvoie l’image du plafond. En marchant, on a l’impression d’avancer en apesanteur au milieu des planètes, ou de traverser la matière.

Il dépose le brevet en 1999 et, en 2002, l’installation ouvre au Palais de la découverte, à Paris (Le Monde, 27 avril 2002). Un magicien qui fait entrer une illusion dans un musée scientifique : c’est plutôt cohérent avec le reste de sa carrière.

En avril 2014, il se sépare d’une grande partie de sa collection : 464 lots de livres anciens, affiches, coffrets et accessoires, dispersés le 6 avril par la maison Cornette de Saint Cyr, pour environ 62 000 euros (franceinfo). La presse people parle alors de ruine. Lui a toujours présenté la vente autrement : faire de la place, et donner une seconde vie à ses livres.

20 avril 2022 : « Ce n’est pas Gérard Majax ce soir »

En 2022, son nom resurgit là où personne ne l’attendait : au débat du second tour de la présidentielle. Marine Le Pen conteste la baisse du chômage en additionnant plusieurs catégories de demandeurs d’emploi. Emmanuel Macron lui répond : « Ce n’est pas Gérard Majax ce soir, Mme Le Pen » (d’après la transcription officielle ; à l’oral, il a dit « C’est pas »). Puis il enchaîne sur la dette Covid.

Autrement dit, dans le vocabulaire politique français, « Majax » était devenu un synonyme de tour de passe-passe. L’intéressé s’est dit stupéfait, et a raconté ensuite que le président l’avait appelé. Résultat : une vague d’articles, et toute une génération qui découvre son nom.

Le Grand Bluff (1978) : ce que Majax reprochait vraiment aux « tordeurs de métal »

En 1978, Majax publie chez Nathan Le Grand Bluff, sous-titré sur la couverture « les escrocs de la parapsychologie ». Au programme : 191 pages, 64 pages de photos, et douze chapitres qui passent en revue Uri Geller et ses imitateurs, les chirurgiens aux mains nues, la télépathie, la lévitation, les tables tournantes, les fantômes… et, au chapitre 7, « les objets déplacés à distance ».

Avec un titre pareil, on s’attendrait à un pamphlet. Son introduction, reproduite par le site Artefake, est beaucoup plus fine que ça.

Un livre contre les tricheurs, pas contre les chercheurs

Majax y sépare clairement deux mondes. D’un côté, des chercheurs sincères qui essaient, en laboratoire, de faire apparaître des phénomènes dans des conditions reproductibles, et dont il juge le travail intéressant. De l’autre, des démonstrateurs qui utilisent des techniques d’illusionniste, soit pour faire croire à un phénomène qui n’existe pas, soit pour donner une ampleur spectaculaire à un phénomène réel mais minuscule.

Relisez la fin de cette phrase. Sous la plume d’un sceptique réputé intransigeant, elle surprend : en 1978, Majax n’exclut pas qu’un petit phénomène réel puisse se cacher derrière un grand spectacle truqué. On est loin de la caricature du magicien qui nie tout en bloc.

Temps forts, temps faibles : comment on trompe un scientifique à deux mètres

Le cœur du livre, c’est la technique. Majax explique que les tricheurs n’ont pas besoin de chapeaux à double fond. Il leur suffit de placer leurs manipulations dans les « temps faibles » de l’attention : une suite de gestes rythmée, avec des moments forts qui captent le regard et des moments creux où plus personne ne regarde vraiment.

À deux ou trois mètres, tout paraît normal. Et pendant ce temps, on peut échanger une barre de fer contre une autre, refaire l’échange en sens inverse quelques instants plus tard, ou glisser un petit accessoire secret… après avoir été fouillé.

Il ajoute un point qui fait mouche : scientifiques et journalistes se font souvent un point d’honneur d’affirmer qu’ils repéreraient un truc s’il y en avait un. Pour lui, c’est mal connaître les techniques modernes, et c’est ce qui les rend si faciles à tromper.

Il liste aussi les excuses classiques pour écarter les illusionnistes d’une démonstration : un esprit critique perturberait le phénomène, ils se comparent à Galilée, on met en doute leur sincérité… Pour Majax, un chercheur honnête n’a aucune raison de refuser un illusionniste compétent dans la pièce. Un tricheur, si. Ou alors il s’entoure d’un magicien médiocre, qui se transforme vite en complice.

« Imiter ne prouve rien » : la phrase que ses admirateurs oublient

Voici le passage le plus important du livre, et il va compter pour la suite. Majax y critique certains de ses propres collègues : les illusionnistes qui se contentent d’imiter un phénomène paranormal pour le « démonter ». Selon lui, cette attitude ne prouve rien, car « un bon illusionniste pourrait imiter un phénomène parapsychologique même si celui-ci existait vraiment ».

En clair : refaire un effet avec un truc montre qu’un truc suffit. Pas que l’original était truqué. Pour Majax, le vrai défi est ailleurs : examiner soigneusement les conditions de l’expérience, pour qu’aucun dispositif secret ne puisse s’y glisser. Les chercheurs sincères, écrit-il en substance, ne craignent pas la présence d’un illusionniste de haut niveau.

Gardez cette idée en tête. Parce que neuf ans plus tard, sur un plateau de TF1, c’est bien une imitation que Majax va faire. Et vous verrez que ce n’est pas aussi contradictoire que ça en a l’air.

Fourchette en métal au manche plié et aux dents tordues dans tous les sens, posée sur un fond gris
Une fourchette tordue par l’illusionniste James Randi, sans le moindre pouvoir. Le résultat est spectaculaire, mais l’objet ne dit rien de la méthode : c’est toute la limite des « preuves » qu’on tient dans la main. (Photo : Jud McCranie, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0)

19 janvier 1978 : le jour où Majax a coécrit un protocole de télékinésie

Voici l’épisode que je n’ai trouvé dans aucune biographie de Majax en français, alors qu’il concerne directement les lecteurs de Psytheos.

Au milieu des années 1970, la France a son « Uri Geller » : Jean-Pierre Girard, qui tord des barres de métal et déplace de petits objets. Il est soutenu par un scientifique de poids, Charles Crussard, directeur de recherche chez Pechiney. J’ai consacré un article entier à son cas (mon avis sur Jean-Pierre Girard), je m’en tiens donc ici au rôle de Majax.

Un test en deux parties, avec des protocoles acceptés d’avance

Le 19 janvier 1978, TF1 organise un test de deux heures dans un laboratoire parisien. Il est dirigé par le physicien Yves Farge, directeur de recherche au CNRS, avec deux collègues, Yves Petroff et Étienne Guyon, et un magicien expert, Klingsor. Le test se déroule en deux parties :

  1. plier des barres métalliques « par l’esprit », selon le protocole déjà utilisé à Grenoble en juin 1977 par James Randi, David Davies (rédacteur en chef de Nature) et le psychologue Christopher Evans ;
  2. déplacer de petits objets sur une table et les faire léviter. Le protocole de cette seconde partie a été conçu par Yves Farge avec Gérard Majax.

Le point capital, c’est que Girard connaissait les deux protocoles à l’avance, et qu’il les avait acceptés. Résultat, d’après le compte rendu publié au printemps 1978 dans le Skeptical Inquirer : rien de paranormal. Girard a ensuite expliqué avoir été gêné par la brièveté des séances, une heure chacune.

« Des protocoles pas trop serrés » : la phrase qui dit tout

Le même compte rendu, signé du journaliste scientifique Marcel Blanc, contient une phrase qui m’a frappé. Crussard aurait confié à Yves Farge que son équipe avait accepté de travailler avec des protocoles « pas trop serrés », pour laisser une chance au pouvoir supposé de Girard, jugé fragile. Toute la différence est là : un laboratoire adapte le protocole au sujet, l’autre fixe le protocole avant, et le fait accepter.

Blanc rapporte aussi ce qu’annonçait le livre de Majax à paraître : à l’époque de leur rencontre, Girard aurait été tenté par l’idée d’une farce destinée à berner les scientifiques, avant de tout révéler. C’est la version de Majax, pas un fait établi. Selon le même article, Girard reconnaissait d’ailleurs tricher parfois pour ne pas décevoir le public, tout en maintenant qu’il avait un vrai pouvoir.

Pourquoi cet épisode compte-t-il autant, à mes yeux ? Parce que c’est Majax dans son meilleur rôle. Pas celui du magicien qui ridiculise, mais celui de l’illusionniste qui aide un physicien à fermer, une par une, les portes par lesquelles un tricheur pourrait passer. C’est ce que réclament, depuis, tous ceux qui veulent tester sérieusement la télékinésie.

Fixez le protocole avant l’effet.

En 1978, la règle du jeu était écrite et acceptée avant le test, pas ajustée après. La Formation vous donne ce cadre pour vos propres séances : durée, posture, déclencheur, indicateurs de réussite, et vérification sous bocal.

Chaque exercice indique sa durée et ses indicateurs de réussite.

14 mars 1987 : Majax face à Uri Geller dans « Droit de réponse »

C’est la soirée qui a fait sa légende. C’est aussi celle sur laquelle on lit le plus d’approximations. Pour la raconter, je me suis appuyé sur la transcription détaillée publiée en janvier 1992 par Claude Lafleur dans la revue Le Québec sceptique (n° 20). L’auteur prévient qu’il a un peu réorganisé le déroulé et simplifié les dialogues, sans en changer le sens. C’est la meilleure source écrite que j’aie trouvée, et elle se lit comme une pièce de théâtre.

Je me concentre ici sur Majax. Pour tout le reste du dossier Geller (le laboratoire de Stanford, l’article de Nature, l’échec chez Johnny Carson), je vous renvoie à mon enquête complète sur Uri Geller.

Un plateau de vingt invités… et Majax dans la pièce d’à côté

Le samedi 14 mars 1987, Michel Polac consacre son émission de TF1 à « l’effet Geller ». Sur le plateau, une vingtaine d’invités et du public : Uri Geller, bien sûr, mais aussi Jean-Pierre Girard, le métallurgiste Charles Crussard et son collègue Jean Bouvaist, l’Américain Eldon Byrd, le présentateur Pierre Bellemare, le journaliste Ladislas de Hoyos, et deux journalistes sceptiques, Michel de Pracontal et Jean-Michel Bader.

Majax, lui, attend dans une pièce voisine.

Savoureux : en début d’émission, Polac se range lui-même en partie parmi les convaincus. Il montre une fourchette que Geller lui aurait tordue vers 1973, et qu’il garde précieusement depuis. Retenez-la, elle va compter à la fin de la soirée.

Portrait en noir et blanc de Michel Polac âgé, souriant, une écharpe tissée autour du cou
Michel Polac en 2007. Vingt ans plus tôt, son émission « Droit de réponse » recevait Uri Geller… puis Gérard Majax. (Photo : Alain Bachellier, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0)

Ce que Geller a réussi, et ce qu’il a refusé

La soirée commence plutôt bien pour Geller, grâce aux vidéos : un club de golf qui se casse entre ses mains et celles d’un enfant, filmé par une télévision japonaise, des dessins reproduits à la télévision allemande ou britannique. En direct, c’est nettement plus maigre.

  • Le dessin. Il reproduit celui de Jean-Michel Bader… mais ce dessin avait été fait avant l’émission, en sa présence. Michel de Pracontal propose alors un autre dessin, réalisé chez lui et gardé sous enveloppe fermée. Geller refuse, et Polac reconnaît à l’antenne que l’expérience devait se faire avec une enveloppe.
  • La boussole. L’aiguille bouge à peine.
  • Les montres. Il invite les téléspectateurs à poser leurs montres arrêtées devant leur poste.
  • La cuillère. Entouré d’enfants dont les mains recouvrent la cuillère, il obtient une légère torsion. Polac lui-même admet que les incrédules ne seront pas convaincus. On a vu une cuillère tordue, pas une cuillère en train de se tordre.

Juste après l’appel aux téléspectateurs, Pierre Bellemare raconte une expérience qu’il avait menée des années plus tôt, un 1er avril. Un prétendu médium mauricien, en réalité un ami serveur dans un restaurant, devait « augmenter la tension » des ampoules chez les téléspectateurs.

Près de 700 appels avaient signalé des ampoules grillées et des chiens qui aboyaient devant le poste. Il ne s’était rien passé du tout : sur des millions de foyers, il y a toujours des ampoules qui claquent au même moment.

Honnêtement, je trouve cette histoire plus instructive que tout le reste de la soirée, car elle montre qu’un appel au public fabrique ses propres « preuves », quoi qu’il arrive.

Uri Geller tenant une cuillère à bout de bras au milieu d'une foule dans un centre commercial, des spectateurs le filmant avec leur téléphone
Uri Geller en pleine torsion de cuillère, en Allemagne, en 2005. Presque vingt ans après « Droit de réponse », le numéro n’a pas changé. (Photo : Aquarius2000, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0)

L’entrée de Majax : le club de golf, la boussole… et une cuillère jamais tordue

C’est dans ce climat que Majax fait irruption. Il reproche à Polac de l’avoir fait attendre alors qu’il devait intervenir vingt minutes plus tôt. Polac répond que l’expérience prévue n’a pas eu lieu. Majax enchaîne quand même :

  • le club de golf : il pose la main de Polac sur un club, le fait constater qu’il est rigide, puis le club se met à plier d’environ 35 degrés, comme s’il était en caoutchouc. Il lance, ironique, qu’il a lui aussi un pouvoir maintenant ;
  • la boussole : il fait tournoyer l’aiguille bien plus fort que Geller quelques minutes plus tôt ;
  • la cuillère : il l’annonce… mais quelqu’un dans le public réclame plutôt une démonstration de télépathie, et la discussion part ailleurs.

Surtout, il rappelle le vrai problème de la soirée : on lui avait promis que l’expérience du dessin se ferait avec un dispositif contrôlé, une image placée dans une boîte en carton, et Geller a refusé. Polac le reconnaît. Majax parle alors de détournements d’attention, d’illusionnisme, de tricherie, et demande si Geller a été fouillé avant l’émission.

La réplique de Geller est intéressante. Un illusionniste peut réussir certains trucs, dit-il en substance, comme il existe de vrais Picasso et des imitations. Puis il insinue que Majax cache quelque chose dans ses poches. Sur le fond, il n’a pas tort, et Majax l’avait lui-même écrit dès 1978. Sur la forme, sa réponse ne dit pas un mot du protocole qu’il vient de refuser.

Tableau illustré comparant, effet par effet, ce qu'Uri Geller a montré et ce que Gérard Majax a refait dans Droit de réponse le 14 mars 1987 : club de golf, boussole, dessin, cuillère et appel aux téléspectateurs, avec la leçon à retenir pour chacun
La soirée du 14 mars 1987, effet par effet, d’après la transcription publiée par Le Québec sceptique en 1992. La colonne de droite, c’est ce qu’il faut en retenir.

La séquence de l’aquarium : Girard pris en défaut devant les caméras

L’homme à la fourchette finit la soirée en avouant qu’il n’y croit plus. Il faut dire que le même soir, il a diffusé un tournage réalisé chez lui une semaine plus tôt : Jean-Pierre Girard y faisait bouger des objets sous un aquarium en verre, avec des objets qu’il avait apportés lui-même et qu’il avait refusé de laisser fournir par l’équipe.

En les reprenant en main, Polac constate que l’objet qui a bougé est deux fois plus lourd que l’autre. Il demande à l’ouvrir. L’associé de Girard le fait disparaître et lui en rend un autre. Verdict de Polac : ce n’est pas probant.

Pour un pratiquant, cette séquence vaut de l’or. Elle montre qu’un objet sous verre ne prouve rien si l’objet lui-même vient de celui qui fait la démonstration. Le bocal protège des courants d’air, pas d’un objet préparé.

Verre cassé, bougie éteinte, procès… ce qu’on lit partout, vérifié

La liste des « exploits » de Majax ce soir-là est recopiée de site en site depuis des années. Je l’ai confrontée aux sources. Voici ce qui en reste.

Ce qu’on lit partoutCe que disent les sourcesVerdict
Majax a cassé un verre sans le toucherLe verre vient d’une autre émission, « Stars à la barre », le 9 mai 1989. Et c’est un comédien qui le brise, sur les indications de Majax, pour piéger les parapsychologues présents.Confusion entre deux émissions
Il a éteint une bougie à distanceRien dans la transcription, et aucune source d’époque trouvée.Non vérifié
Il a tordu une cuillère en la regardantIl l’annonce, puis la discussion part ailleurs.Non confirmé
Geller lui a intenté un procèsAucune trace d’un tel procès, ni dans la presse, ni dans les bases juridiques consultées.Introuvable
Geller a avoué en 2008 n’être qu’un prestidigitateurFin 2007, dans le magazine Magische Welt, il se présente comme un artiste de divertissement qui ne revendique plus de pouvoirs. Le 5 février 2008, dans Telepolis, il précise n’avoir jamais dit qu’il n’en avait pas.Très exagéré
Le club de golf plié à environ 35 degrés, la boussolePrésents dans la transcription.Confirmé
Les « exploits » de Majax face à Geller, confrontés à la transcription de 1992 et aux sources d’époque.

Ce que cette soirée montrait vraiment (et ce qu’elle ne montrait pas)

Alors, Majax a-t-il « démasqué » Uri Geller ce soir-là ? Je vais être précis, parce que c’est là que tout se joue.

Ce que la soirée montre, c’est que les effets physiques présentés par Geller ce soir-là, le club et la boussole, pouvaient être reproduits sur le même plateau par un illusionniste, sans aucun pouvoir. Elle montre aussi que Geller a refusé l’expérience la mieux contrôlée qu’on lui proposait, le dessin sous enveloppe.

Ce qu’elle ne montre pas, c’est la méthode exacte de Geller. Majax l’avait écrit lui-même en 1978 : l’imitation seule ne prouve pas la tricherie.

Mais elle montre quelque chose de plus utile : un plateau de télévision ordinaire, sans protocole adapté, ne permet pas à lui seul de distinguer un phénomène paranormal d’un tour d’illusionnisme.

Quand le même effet s’obtient avec un truc, et que le contrôle proposé est refusé, la charge de la preuve reste entière du côté de celui qui revendique le pouvoir. C’est tout le sens de l’intervention de Majax, et c’est une conclusion que je partage entièrement.

1987-2002 : le Défi zététique, quinze ans sans gagnant

Autre idée reçue tenace : Majax aurait lancé seul un « défi au paranormal ». En réalité, d’après les archives du Laboratoire de zététique de l’université de Nice, le défi est né sur le service Minitel 36.15 ZET, créé en 1986 par le physicien Henri Broch. Il a été lancé par Broch et Majax, puis fusionné au début de 1987 avec un prix offert par le scientifique belge Jacques Theodor. D’où son nom officiel à partir de 1999 : le « Prix-Défi Broch-Majax-Theodor ».

Comment le défi fonctionnait

La règle était simple : toute personne capable de démontrer un phénomène paranormal, quel qu’il soit, devant au moins deux des trois hommes (Broch, Majax et Theodor), empochait la somme. Avant toute démonstration, les deux parties devaient se mettre d’accord par écrit sur le protocole et sur ce qui déciderait du succès. Les tests se déroulaient à la faculté des sciences de Nice.

DateÉtapeMontant
6 février 1987Lancement du « Prix-Défi Minitel 36.15 ZET »500 000 francs
1992100e candidature1 000 000 de francs
7 mai 1999Plus de 200 candidatures, passage à l’euro200 000 euros
Février 2002Clôture, sans aucun gagnantJamais versé
Les étapes du Défi zététique international, d’après les archives du Laboratoire de zététique de l’université de Nice.

Majax ne s’est pas contenté de prêter son nom. Les archives mentionnent au moins un pré-test mené par lui : le 23 juin 1999, une candidate affirmait voir à travers des enveloppes le motif qui y était placé. Dix enveloppes, aucun résultat positif. Le défi a été arrêté en 2002, officiellement parce que les candidatures fantaisistes demandaient trop de temps et d’énergie.

Des « télékinésistes » parmi les candidats

Ce qui m’a le plus intéressé, en fouillant la liste des candidatures, ce sont les candidats qui revendiquaient… de la télékinésie :

  • en décembre 1991, un candidat affirme pouvoir déplacer « par PK » un lingot d’or d’un kilo situé à Bruxelles… depuis la Bretagne. Échec complet ;
  • en mars 2001, deux candidats testés à quelques jours d’intervalle affirment faire bouger et claquer une porte par la seule force de leur esprit. L’effet existait bel et bien. Mais il venait d’une onde de pression produite par la compression et la décompression de leur thorax, suffisante pour pousser une grande surface comme une porte dans une petite pièce. Les expérimentateurs l’ont reproduit tout de suite, sans aucun pouvoir.

Ce dernier cas est une leçon en soi : le candidat n’a pas forcément menti. Il a observé un vrai mouvement, et il l’a attribué à la mauvaise cause. C’est le piège qui guette tout pratiquant, et c’est pour ça que je détaille les causes ordinaires qui imitent la télékinésie avant de parler d’exercices.

Associer un magicien à la vérification n’avait d’ailleurs rien de nouveau en 1987. Dans les années 1920, Houdini démontait déjà sur scène, devant des témoins, les trucs des médiums de son époque.

Photographie ancienne de Harry Houdini assis à un guéridon sur la scène de l'Hippodrome de New York, entouré d'une quinzaine de témoins, montrant comment un faux médium fait sonner une clochette
Houdini dévoile les trucs des faux médiums sur la scène de l’Hippodrome de New York, vers 1925. Majax s’inscrit dans une longue lignée de magiciens qui mettent leur savoir au service de la vérification. (Library of Congress, domaine public)

Ce que les parapsychologues reprochaient au défi

Pour être honnête jusqu’au bout, il faut aussi donner la parole aux critiques. Elles sont sérieuses.

  • En 2016, un texte publié par l’Institut Métapsychique International estime que le jury n’avait rien d’une commission scientifique : pas de revue de la littérature, pas de reproduction des protocoles des parapsychologues, et un slogan (« personne n’a réussi le défi ») qui servirait surtout à éviter les vraies questions.
  • En 2008, Fabrice Chapot relève sur pseudo-scepticisme.org qu’aucun des 264 candidats n’a gagné, mais qu’une vingtaine de tests seulement sont documentés publiquement, avec des protocoles peu décrits et des seuils de réussite extrêmes. Dans un test de cartes, il fallait par exemple 77 bonnes réponses sur 104, soit une probabilité d’environ une chance sur un million.

Ma position est simple. Un défi qui n’est jamais gagné ne prouve pas que les phénomènes n’existent pas. Il montre qu’aucun candidat n’a réussi, dans ces conditions-là, à produire l’effet qu’il revendiquait lui-même. C’est moins spectaculaire, mais c’est déjà beaucoup : chaque candidat avait accepté le protocole à l’avance.

Huile miraculeuse, faux voyants et gourous : ses autres terrains

La télékinésie n’est qu’une partie du tableau. Au fil des années, Majax a enquêté sur à peu près tout ce qui se présente comme surnaturel.

  • 1988, l’huile qui suinte des mains. Il examine Bassam Assaf, un homme dont les mains étaient censées produire de l’huile miraculeuse, et qui attirait des dons importants. Sous contrôle : quatre essais, quatre échecs. France-Soir en fait sa une le 13 septembre 1988. Bassam sera condamné en 1992 à 32 mois de prison ferme, après une plainte de son ancien employeur pour escroquerie (d’après le récit de Majax résumé par l’AFIS).
  • 1989, « Stars à la barre ». Le 9 mai, sur Antenne 2, face à des voyants, un spirite et deux défenseurs de la parapsychologie (le biologiste Rémy Chauvin et Yves Lignon), il organise une imposture : un comédien brise un verre « à distance » en suivant ses indications. Le but est de montrer à quel point un plateau se laisse berner. La méthode est discutable, je vous l’accorde. Mais sur le plan pédagogique, c’est imparable.
  • 1990, « SOS Paranormal ». Selon l’AFIS, il crée un service téléphonique pour enquêter sur les maisons hantées, apparitions et autres esprits frappeurs.
  • 1996, les sectes. Dans Gare aux gourous, il décortique les « miracles » utilisés pour impressionner les adeptes : marche sur le feu, chirurgie à mains nues, apparitions ou lévitation. Si ce dernier point vous intéresse, j’explique comment les illusionnistes fabriquent une lévitation.

Ce qui revient partout, c’est la même méthode : aller voir, demander à contrôler, et ne rien conclure avant. Pour Majax, un petit tour de passe-passe bien choisi vaut souvent mieux qu’un long discours.

Les critiques contre Majax : ce qui tient, ce qui ne tient pas

Majax n’a pas que des admirateurs, et il serait malhonnête de le cacher. Voici les principaux reproches qu’on lui fait, avec mon avis sur chacun.

  • « Reproduire un effet ne prouve pas que l’original était truqué. » C’est, en substance, la réplique de Geller en 1987. Elle est juste… et Majax l’écrivait lui-même dès 1978. Son vrai argument n’est pas l’imitation, c’est le contrôle refusé.
  • « Un médium pris la main dans le sac ne triche pas forcément à chaque fois. » C’est l’argument du parapsychologue Yves Lignon (Les Échos, 2004). Logiquement, il tient. Mais il ne dit pas comment distinguer les « bonnes » séances des autres, et c’est tout le rôle d’un protocole fixé à l’avance.
  • « Il n’a jamais observé Girard. » C’est ce qu’affirme Jean-Pierre Girard, qui dit aussi avoir gagné un procès contre lui. Je n’ai trouvé aucune trace de ce procès. Par ailleurs, Majax a bien participé, en 1978, à la conception d’un test auquel Girard s’est soumis.
  • « Un tour de magie peut déclencher de vrais effets psi. » C’est la thèse que défendait Charles Crussard sur le plateau de 1987. Elle est invérifiable telle quelle, ce qui pose justement problème : une hypothèse qui s’accommode de tous les résultats ne peut plus être testée.
  • « Le Défi zététique n’était pas une vraie expérience scientifique. » Là, les critiques marquent des points, je l’ai dit plus haut. Un défi n’est pas une étude, et il ne remplace pas des réplications indépendantes.

Au final, le reproche le plus solide ne vise pas Majax lui-même, mais l’usage qu’on fait de lui. Quand on brandit la soirée de 1987 comme la preuve que « la télékinésie n’existe pas », on lui fait dire bien plus qu’il ne disait. Majax, lui, parlait surtout de conditions, de protocoles et de trucs. Pas d’une impossibilité démontrée.

Ce qu’un pratiquant de télékinésie peut retenir de Majax

Je ne partage pas le scepticisme de Majax sur le fond. Je pratique, et j’interprète certaines de mes expériences comme des effets réels, même si mon interprétation n’est pas une démonstration scientifique. Mais sa méthode, elle, je la recommande à tout le monde. Voici ce que j’en retiens pour vos propres séances.

  1. Décidez du protocole avant la séance. Objet, durée, critère de réussite. Si vous changez les règles après coup, vous refaites l’erreur de l’équipe de Crussard.
  2. Ne faites pas confiance à un objet que vous n’avez pas contrôlé. La séquence de l’aquarium le montre : un bocal ne sert à rien si l’objet est préparé. Préparez vos objets à l’avance, et n’y touchez plus.
  3. Méfiez-vous des temps faibles. Un moment d’inattention, un regard qui se détourne, une main qui se repose… Une vidéo en continu limite ces trous d’attention, à condition que tout le dispositif reste dans le cadre.
  4. Acceptez un regard critique. Un ami sceptique, ou mieux, quelqu’un qui connaît les trucs. Si l’effet ne supporte pas sa présence, c’est une information, pas une persécution.
  5. Notez les échecs. Un échec sous contrôle vaut plus qu’un succès sans contrôle.

Ce ne sont pas des précautions théoriques. Pendant plusieurs séances, j’ai noté des « résultats » qui venaient en fait des vibrations de ma chaise quand je changeais d’appui (je le raconte dans mon guide). C’est typiquement le genre d’erreur qu’un regard extérieur repère en quelques minutes. Si vous voulez aller plus loin, j’explique aussi comment repérer un faux télékinésiste, et comment débuter proprement, objet sous bocal.

Infographie en deux parties : ce qu'une imitation par un illusionniste prouve et ne prouve pas, puis les cinq contrôles qui permettent vraiment de trancher, tirés de la méthode de Gérard Majax
La règle de Majax résumée : l’imitation ne tranche rien, les conditions si. Les cinq contrôles sont tirés du Grand Bluff (1978), du test du 19 janvier 1978 et de la soirée du 14 mars 1987.

Soyez votre propre Majax.

Chercher d’abord la cause banale, puis seulement l’effet : c’est la discipline que la Formation vous fait pratiquer séance après séance, avec des exercices guidés du débutant à l’expert et un protocole sous bocal pour trancher.

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Les livres de Gérard Majax sur le paranormal

Majax a publié une trentaine de livres, pour la plupart des recueils de tours. Voici ceux qui concernent le paranormal et la triche, avec ce que vous y trouverez. Je les ai classés du plus utile au plus anecdotique pour un lecteur de Psytheos.

TitreAnnée et éditeurCe qu’on y trouve
Le Grand Bluff1978, NathanLes techniques des tricheurs de la parapsychologie, de Geller aux objets déplacés à distance. Le plus utile pour un pratiquant.
Les Faiseurs de miracles1992, Michel Lafon, avec Emmanuel HaymannDe Nicolas Flamel à Uri Geller, puis ses propres enquêtes, dont celle sur l’huile de Bassam Assaf.
Gare aux gourous. Les trucs des sectes1996, Arléa, illustrations de James HodgesLes « miracles » des gourous expliqués un par un.
Les Dessous du Magic-Hall2008, AbracadabraSouvenirs et anecdotes, avec un chapitre sur le paranormal.
Les Miracles de la Bible vus par un illusionniste2018, FirstUne relecture des miracles bibliques sous l’angle de l’illusionnisme (note de lecture de l’AFIS).
Les Secrets des tricheurs et Les Pickpockets1975, Nathan ; 1981, LattèsLa triche aux jeux et le vol à la tire, deux cousins du faux médium.
Ses livres liés au paranormal et à la triche, d’après le catalogue de la BnF, les sommaires publiés par Artefake et les notes de lecture de l’AFIS.

Petit avertissement : même son site officiel se trompe sur certaines dates (il date par exemple Le Grand Bluff de 1970). Les années ci-dessus sont celles du catalogue de la BnF, sauf pour le livre de 2018, qui n’y figure pas.

Mon avis sur Gérard Majax

Ce que je retiens de ce dossier tient en une phrase : Gérard Majax n’est pas l’homme qui a prouvé que les pouvoirs n’existent pas, c’est l’homme qui a montré comment on vérifie.

Le magicien de « Y’a un truc » a amusé toute une génération. Le démystificateur, lui, a fait quelque chose de plus rare : il a mis ses connaissances d’illusionniste au service de protocoles, en 1978 avec Yves Farge, puis pendant quinze ans avec le Défi zététique. Et il l’a fait en reconnaissant, noir sur blanc, qu’une imitation ne suffit pas. Ça, beaucoup de ses admirateurs l’ont oublié.

Pour un pratiquant, c’est paradoxalement un allié. Parce qu’une télékinésie qui ne résiste pas au regard d’un Majax ne mérite pas qu’on lui consacre des heures. Et qu’une pratique qui y résiste, même modeste, même lente, devient enfin intéressante.

Et vous, vous vous souvenez de Majax à la télévision ? Plutôt « Y’a un truc », plutôt la soirée Geller, ou vous le découvrez aujourd’hui ? Racontez-moi en commentaire, je réponds à chacun. Et si vous voulez creuser le sujet, toutes mes ressources sur la télékinésie sont réunies ici.

Questions fréquentes sur Gérard Majax

Sources et références : comment j’ai trié les documents

Sur Gérard Majax, beaucoup de sites se recopient les uns les autres, erreurs comprises. J’ai donc classé les sources que j’ai utilisées selon leur nature : documents officiels, comptes rendus d’époque, paroles de Majax lui-même, analyses et critiques. À vous de leur accorder le poids qu’elles méritent.

1. Documents officiels et archives

Brevet FR 2 799 007 A1, « Instrument d’optique à vision du plafond dans un miroir horizontal », demande n° 99 11869 déposée par « Faier dit Majax Gérard », publié le 30 mars 2001. Notice Espacenet.
L’Hallucinoscope, et surtout le vrai nom de son inventeur, écrit de sa main dans un document officiel.

Bibliothèque nationale de France, notice d’autorité « Majax, Gérard (1943-….) » et catalogue général.
Date de naissance et dates exactes de ses livres.

Wikipédia, modification du 22 juillet 2013 de l’article « Gérard Majax ».
La modification anonyme, sans source, qui a remplacé « Gérard Faier » par « Maurice Faier ». Ce n’est pas l’origine de ce prénom, qui circulait déjà en ligne en 2009.

Prise2Tete, forum d’énigmes, discussion « Qui est-ce ? », messages des 1er et 2 mars 2009.
Une trace de « Maurice Faier » antérieure à la modification de Wikipédia.

Registre national des entreprises (données publiques de l’Annuaire des entreprises), fiches dirigeant au nom de Gérard Maurice Henri Faier, né en avril 1943.
Confirme les prénoms à l’état civil. Aucune adresse n’est reprise ici.

Laboratoire de zététique, université de Nice-Sophia Antipolis, « Historique du Défi zététique international » et « Quelques candidatures » (pages archivées).
Dates, montants, fonctionnement du défi, pré-test mené par Majax et candidats « télékinésistes ».

Débat télévisé Emmanuel Macron – Marine Le Pen du 20 avril 2022, transcription publiée par vie-publique.fr.
La phrase exacte du président.

INA, « Gérard Majax, Y’a un truc », 15 septembre 1975 et « Gérard Majax livre des (petits) secrets de ses tours de magie ».
La date de la première de « Y’a un truc » et des extraits d’archives.

2. Comptes rendus d’époque

Blanc, M. (1978). « Skeptics Look at the Paranormal », dans Randi, J., « Special Report: Tests and Investigations of Three Psychics », The Skeptical Inquirer, vol. 2, n° 2, printemps-été 1978, p. 25-33. PDF.
Le test du 19 janvier 1978 et le rôle de Majax dans son protocole. La source clé de la partie sur Girard.

Lafleur, C. (1992). « L’incroyable Uri Geller. Le paranormal en sept actes ». Le Québec sceptique, n° 20, janvier 1992, p. 30-40. Texte en ligne.
La transcription commentée de « Droit de réponse » du 14 mars 1987. Dialogues simplifiés par l’auteur.

Notice descriptive de « Stars à la barre », Antenne 2, 9 mai 1989, et Doury, M. (1997). Le Débat immobile. L’argumentation dans le débat médiatique sur les parasciences, Kimé, chapitre 5.
L’imposture du verre brisé, et la date de l’émission, confirmée par une étude universitaire.

3. Gérard Majax par lui-même (à lire en sachant qui parle)

Majax, G. (1978). Le Grand Bluff. Paris, Fernand Nathan, 191 p. Présentation, sommaire et introduction reproduits par Artefake.
La méthode de Majax, et la phrase sur l’imitation qui ne prouve rien.

Brilli, R. (2023). « Gérard Majax », entretien pour Artefake, janvier 2023.
Son enfance, ses débuts, « Y’a un truc » et le Défi, racontés par lui. Utile, mais sans regard critique.

Site officiel de Gérard Majax (consulté en septembre 2026).
Son spectacle, sa biographie officielle. Attention, plusieurs dates de livres y sont fausses.

« Gérard Majax : Ma vie amoureuse a été très compliquée », Le Point, 21 avril 2022, d’après « Tout le monde en a parlé » (2010).
Ses croyances de jeunesse, dans ses propres mots.

Dalloni, M. (2022). « Un apéro avec Gérard Majax », Le Monde, 14 mai 2022.
Sa naissance à Nice et sa vie aujourd’hui (article en grande partie réservé aux abonnés).

« Je ne l’ai jamais dit : le magicien Gérard Majax révèle avoir fait un AVC », Télé-Loisirs, 29 mai 2024.
Ses dernières nouvelles de première main.

4. Analyses, critiques et presse

Rioult, T. (2018). « Protéger le secret ou sauver l’art ? Le dilemme médiatique de l’illusionnisme contemporain », dans Kessler, F., Larrue, J.-M. et Pisano, G. (dir.), Machines. Magie. Médias., Presses universitaires du Septentrion, p. 297-310. OpenEdition.
La seule analyse universitaire que j’ai trouvée sur « Y’a un truc » et la polémique du secret.

Thomas, J.-P. (2004). « Le défaiseur de miracles », note de lecture sur Les Faiseurs de miracles, Science et pseudo-sciences n° 209.
Biographie détaillée, origine du pseudonyme, affaire Bassam Assaf. Source favorable à Majax.

Institut Métapsychique International (2016). « Dubois d’Amiens et Broch de Nice : fonctions du sceptique ».
La critique du Défi zététique vue par les parapsychologues.

Chapot, F. (2008). « Analyse critique du Prix-Défi Broch-Majax-Theodor », pseudo-scepticisme.org.
Critique statistique et méthodologique du défi.

Molga, P. (2004). « Faut-il réhabiliter la parapsychologie ? », Les Échos, 18 août 2004.
L’argument d’Yves Lignon. L’article contient aussi des erreurs sur la carrière de Geller.

Kompa, M. (2008). « Forget the paranormal! », Telepolis, 5 février 2008.
La mise au point d’Uri Geller sur sa prétendue rétractation.

Barthélémy, P. (2002). « Marcher dans l’espace grâce à l’Hallucinoscope de Gérard Majax », Le Monde, 27 avril 2002.
L’Hallucinoscope au Palais de la découverte.

« 62 000 euros pour la collection magique de Gérard Majax », franceinfo, avril 2014, et fiche de la vente du 6 avril 2014, Gazette Drouot.
La vente de sa collection.

5. Crédits des illustrations

Portrait de Gérard Majax (2005) : JudloMagic, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.
Redimensionnée.

L’Escamoteur, atelier de Jérôme Bosch, vers 1500, musée d’Art et d’Histoire de Saint-Germain-en-Laye : domaine public.
Via Wikimedia Commons.

Fourchette tordue par James Randi : Jud McCranie, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0.
Redimensionnée.

Michel Polac en 2007 : Alain Bachellier, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 2.0.
Redimensionnée.

Uri Geller en 2005 : Aquarius2000, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0.
Redimensionnée.

Houdini dévoilant les trucs des faux médiums, vers 1925 : Library of Congress, domaine public.
Via Wikimedia Commons.

Frise chronologique, tableau de la soirée du 14 mars 1987 et infographie « Imiter ou contrôler » : créations originales Psytheos.
Libres de reprise avec un lien vers cette page.

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