C’est quoi la cryokinésie exactement ? Une véritable capacité psychique permettant d’agir sur le froid, ou un fantasme entretenu par Elsa de Disney, Sub-Zero et trois générations de comics ? Je vous réponds tout de suite. La cryokinésie désigne l’interaction volontaire de la conscience avec le froid, sans contact physique.
À ce jour, aucune étude publiée dans une revue à comité de lecture n’a démontré qu’un être humain pouvait refroidir un objet extérieur par la pensée. En revanche, la science documente très sérieusement la capacité de l’esprit à moduler la réponse thermique du corps lui-même. Les deux affirmations sont vraies en même temps, et c’est précisément ce qui rend ce dossier passionnant.
Voyons maintenant ce que dit vraiment la physique, la seule expérience de laboratoire qui ait testé le refroidissement mental, et comment tester chez vous sans vous raconter d’histoires.
Qu’est-ce que la cryokinésie ?
La cryokinésie désigne la capacité d’interagir avec le froid par la seule intention de l’esprit, sans aucun contact physique. Autrement dit, le pratiquant ne cherche pas à « créer de la glace », il cherche à influencer une température déjà existante : celle de sa propre peau, celle d’un objet, ou celle d’un petit volume d’eau.
L’idée centrale repose sur la volonté d’abaisser une température, ou plus précisément de ralentir l’agitation des molécules. Comme toute aptitude parapsychique, elle demanderait un canal énergétique ouvert ainsi qu’un état mental calme et réceptif.
Il faut également préciser d’emblée que la cryokinésie réelle n’a strictement rien à voir avec les vagues de glace de La Reine des Neiges ou les projectiles gelés de Mortal Kombat. Dans les témoignages de pratiquants sérieux, on parle de micro-variations, de l’ordre du dixième de degré, à la limite du mesurable.
D’ailleurs, il convient d’éviter les termes « contrôler », « geler » ou « maîtriser » lorsqu’on parle de cryokinésie. Car on ne domine pas une température, on cherche plutôt à se connecter à un système physique pour interagir avec lui. C’est une nuance de vocabulaire, mais dans la pratique, elle change absolument tout.
Enfin, pour celles et ceux qui découvrent ce domaine, sachez que la cryokinésie fait partie de la grande famille des capacités psychokinétiques que je détaille en profondeur dans mon guide complet sur la télékinésie. Toutes ces pratiques reposeraient sur un même canal de perception : seule la cible change. Retenez bien ce principe, car j’y reviens plus loin et il détermine surtout par quoi vous avez intérêt à commencer.
Ce que la cryokinésie n’est pas
Je préfère poser les limites tout de suite, parce que 90 % des malentendus viennent de là :
- Ce n’est pas de la création de glace. Faire apparaître de la glace à partir de rien relève en effet de la fiction pure. Aucun cas n’a jamais été validé, nulle part.
- Ce n’est pas une résistance au froid. Tenir dans un bain glacé, c’est de la physiologie et de l’entraînement, pas de la psychokinésie. Ce sont pourtant deux sujets voisins que tout le monde confond.
- Ce n’est pas un pouvoir défensif. Non, vous ne « gèlerez » pas quelqu’un, et non, cela ne fonctionne pas sur les êtres vivants.
- Ce n’est pas instantané. Car si un effet existe, il est lent, minuscule, et il demande un dispositif de mesure pour être seulement perçu.
Déjà essayé et il ne s’est rien passé ?
Vous n’êtes pas le problème. Vous avez commencé par l’exercice le plus dur qui existe : même en réussissant, le froid ne vous montre rien. Un bout de papier posé en équilibre sur une pointe, lui, tourne ou ne tourne pas. Là, vous êtes sûr.
Rien à acheter : une feuille d’aluminium, une aiguille et une gomme suffisent.
Étymologie : d’où vient le mot cryokinésie ?
Le mot « cryokinésie » vient du grec ancien : kruos (κρύος) qui signifie « le froid glacial, le gel », et kinêsis (κίνησις) qui signifie « mouvement ». Littéralement, cela donne donc « le mouvement par le froid » ou « l’influence sur le froid ». Par ailleurs, on croise parfois les variantes « frigokinésie » ou « glaciokinésie », mais elles sont marginales.
Voici un point que je trouve important, et que personne ne relève : contrairement à la pyrokinésie, qui a été popularisée par un roman précis (Charlie de Stephen King, 1980), la cryokinésie n’a pas d’œuvre fondatrice. Le mot n’est en effet pas né dans un laboratoire, ni dans un cercle de parapsychologie.
Il est né dans la taxonomie des super-pouvoirs, c’est-à-dire dans les listes de capacités que les fans de comics, puis les forums Internet des années 2000, ont construites par symétrie avec la pyrokinésie.
Autrement dit, la cryokinésie est d’abord une catégorie de fiction que des pratiquants ont ensuite tenté de remplir. Ce n’est pas anodin, et c’est pourquoi il n’existe quasiment aucune littérature parapsychologique sérieuse sur ce mot précis, alors qu’il existe des dizaines d’études sur la psychokinésie en général.
À noter également qu’il faut bien distinguer deux choses : la cryokinésie, qui vise à influencer un froid déjà existant, et la création pure et simple de glace à partir de rien, que je détaille plus loin sous le nom de cryogenèse. Cette seconde catégorie n’a jamais été documentée nulle part, et c’est pourtant exactement celle que les vidéos virales vous vendent.
Avant la cryokinésie, le froid était une discipline spirituelle
Le mot est récent, d’accord. En revanche, la relation entre l’esprit et le froid, elle, est millénaire. Et c’est là que le sujet devient réellement intéressant.
- Le misogi japonais. Dans le shintoïsme, la purification par l’eau froide est une pratique codifiée. Ainsi, chaque mois de janvier, le kanchu misogi réunit des dizaines de participants vêtus de blanc qui s’immergent dans des bassins remplis de blocs de glace, en récitant des formules de purification. Ce n’est donc pas un défi sportif, c’est un rite.
- Le bain de la Théophanie en Russie. Chaque 19 janvier, des centaines de milliers de personnes se plongent trois fois dans un trou creusé dans la glace, taillé en forme de croix et appelé « le Jourdain ».
- L’avantouinti finlandais. De même, la baignade dans un trou de glace, alternée avec le sauna, est une pratique nationale en Finlande, avec des clubs et des lieux dédiés partout dans le pays.
- Le toumo tibétain. Paradoxalement, la tradition la plus citée dans ce domaine est une pratique de chaleur intérieure, dont la finalité historique était justement de survivre au froid extrême de l’Himalaya. J’en parle d’ailleurs longuement dans mon guide sur la pyrokinésie.
Ce que ces traditions nous apprennent vraiment


Ce que j’en retiens personnellement : les traditions humaines n’ont jamais cherché à fabriquer du froid par l’esprit. Elles ont en fait cherché à changer leur rapport au froid. C’est une nuance énorme, et c’est probablement la clé la plus utile de tout cet article.
Cryokinésie, cryogénie, cryothérapie : ne confondons pas tout
C’est une confusion que je rencontre vraiment très souvent dans les messages de la communauté Psytheos. Cinq mots commencent par le même préfixe, et beaucoup de personnes les mélangent allègrement. Or ce sont cinq choses radicalement différentes.

Les cinq termes, un par un
- La cryokinésie : interaction volontaire de la conscience avec le froid. C’est le sujet de cet article. Non démontrée scientifiquement.
- La cryogénie : la science des très basses températures. L’azote liquide à −196 °C, l’hélium liquide, les supraconducteurs. C’est de la physique dure, enseignée à l’université, et cela n’a strictement aucun rapport avec l’esprit.
- La cryothérapie : l’exposition brève au froid intense dans un but thérapeutique. Cabines à −110 °C, bains glacés, poches de froid après une blessure. C’est notamment utilisé en médecine du sport, avec des niveaux de preuve variables selon les indications.
- La cryogénisation (ou cryonie) : la conservation d’un corps à très basse température après le décès légal, dans l’espoir d’une réanimation future. C’est un pari spéculatif, pas une technique validée.
- La cryochirurgie : la destruction ciblée de tissus par le froid, utilisée quotidiennement par les dermatologues pour brûler une verrue. Là, en revanche, c’est parfaitement établi.

La cryogenèse, le grand mythe du froid
Il faut enfin ajouter un sixième terme, plus rare mais essentiel : la cryogenèse, c’est-à-dire la création de glace à partir de rien, sans source froide préexistante. À ce jour, aucun cas n’a été validé scientifiquement. Il s’agit donc d’un concept purement mythique, exactement comme la pyrogenèse pour le feu.
Cryokinésie : pourquoi refroidir est beaucoup plus difficile que réchauffer
Voici la section que je considère comme la plus importante de tout cet article. Et honnêtement, je n’ai jamais trouvé un seul contenu francophone qui l’explique correctement. C’est pourtant le cœur du sujet.
Beaucoup de gens raisonnent par symétrie : « si on peut réchauffer par la pensée, alors on peut refroidir par la pensée ». Or, ces deux opérations ne sont absolument pas symétriques en physique. Pas du tout, même.

Réchauffer, c’est ajouter. Refroidir, c’est déménager.
Pour réchauffer un objet, il suffit d’y déposer de l’énergie. En effet, à peu près n’importe quoi sait faire ça : le frottement, la lumière, un courant électrique, votre main posée dessus, votre respiration. L’univers entier produit de la chaleur sans effort particulier.
Pour refroidir un objet, en revanche, il ne suffit pas de « retirer de l’énergie » comme on retirerait de l’eau d’un seau. Il faut en fait transporter cette chaleur ailleurs, vers un endroit qui l’accepte. Et le second principe de la thermodynamique est formel : la chaleur ne circule jamais spontanément du plus froid vers le plus chaud.
Pour l’y forcer, il faut donc une pompe à chaleur, et une pompe à chaleur exige un travail. C’est exactement pour cette raison que votre réfrigérateur est branché sur le secteur, alors qu’un radiateur à résistance ne demande qu’un fil.
Donc, quand quelqu’un affirme faire descendre la température d’un verre d’eau posé dans une pièce à 21 °C, il ne prétend pas juste « déplacer un peu d’énergie ». Il prétend faire fonctionner une pompe à chaleur sans machine, sans fluide caloporteur, et sans source d’énergie identifiable. Ce n’est pas la même affirmation du tout.
Le petit calcul que tout le monde devrait faire
Prenons un verre de 200 ml d’eau. Pour faire descendre sa température d’un seul degré Celsius, il faut évacuer environ 840 joules hors du verre. Ce n’est pourtant pas énorme dans l’absolu : votre cerveau consomme à peu près 20 watts, soit 12 000 joules en dix minutes.
Ce qui veut dire une chose que je trouve fascinante : le problème n’est pas la quantité d’énergie. Le problème, c’est le mécanisme et la direction. En effet, il n’existe aucun canal connu par lequel l’activité neuronale pourrait aller extraire de la chaleur dans un verre situé à quarante centimètres, puis l’évacuer ailleurs. Autrement dit, ce n’est pas une question de puissance, c’est une question de plomberie physique.
Alors non, cela ne prouve pas que la cryokinésie n’existe pas. Cela veut simplement dire que si elle existe, elle ne fonctionne pas du tout comme les vidéos YouTube le racontent. Et retenez bien ce point pour la suite : c’est aussi ce qui explique pourquoi les rares effets rapportés par les pratiquants concernent presque toujours leur propre corps, et presque jamais un objet extérieur.
La seule piste théorique qui tienne à peu près debout
Puisque nous sommes dans la physique, autant aller jusqu’au bout et vous présenter l’unique modèle qui rende cette idée concevable sans jeter la thermodynamique à la poubelle. Personne ne le mentionne jamais, et c’est dommage.
Le physicien Richard Mattuck a proposé une hypothèse dite de fluctuation thermique. Le raisonnement est le suivant : toute grandeur physique oscille en permanence autour de sa valeur moyenne, parce que les molécules s’agitent de façon aléatoire. Dans ce cadre, l’esprit ne fabriquerait aucune énergie. Il se contenterait d’orienter très légèrement des fluctuations qui existent déjà.
Vous saisissez la nuance ? On ne dit plus « je crée du froid », on dit « je biaise un tirage au sort qui a lieu de toute manière ». Présentée ainsi, l’hypothèse ne heurte plus frontalement la conservation de l’énergie.
Est-ce que j’y crois ? Franchement, je n’en sais rien, et ce modèle demeure spéculatif, non démontré et très minoritaire. Néanmoins, je préfère vous exposer l’hypothèse la plus sérieuse du domaine plutôt que le vague « champ vibratoire quantique » qu’on vous sert partout ailleurs sans jamais le définir.
Alors on laisse tomber ?
Non. Ce que vous venez de lire dit surtout une chose : le froid est une très mauvaise porte d’entrée, parce qu’il ne vous montrera jamais rien. Commencez par un objet léger, qui bouge sous vos yeux dès les premières séances. Vous verrez de vos propres yeux s’il se passe quelque chose.
10 à 20 minutes par jour, à votre rythme.
Cryokinésie et science : ce que disent réellement les études
Disons-le franchement, comme d’habitude sur Psytheos : le mot « cryokinésie » n’apparaît dans aucune base de données scientifique sérieuse, et aucune étude n’a jamais démontré qu’un être humain pouvait refroidir un objet extérieur par la pensée.
En revanche, et c’est le point que je n’ai trouvé nulle part ailleurs en français, une expérience publiée s’est réellement approchée du sujet. Elle date de 1973, elle demandait littéralement à un homme de faire baisser la température d’un capteur, et je lui consacre une section entière un peu plus bas. Autant vous prévenir tout de suite : elle n’a jamais été répliquée.
Il existe par contre un corpus considérable sur un sujet adjacent, et ce corpus mérite d’être connu : la relation entre l’esprit, le comportement et la réponse thermique du corps humain. C’est certes un domaine différent de la cryokinésie, il faut le répéter, mais c’est le seul terrain solide dont nous disposons.
Le biofeedback thermique, la seule cryokinésie mesurée en laboratoire
C’est l’étude la plus pertinente de tout le dossier, et pourtant personne ne la cite jamais dans ce contexte.
En 1976, Edward Taub et Cleeve Emurian publient dans Biofeedback and Self-Regulation une étude sur l’autorégulation de la température de la peau. Le principe est simple : un capteur est placé sur un doigt, et le sujet voit en temps réel les variations de sa propre température. Les résultats sont nets.
Les séances comportaient des périodes d’entraînement de 15 minutes, et l’apprentissage devenait clairement visible en environ quatre séances. Le changement moyen atteignait environ 1,2 °C par séance, avec des pointes autour de 3,6 °C.
Et voici le détail qui nous intéresse directement : lorsque les sujets s’entraînaient à faire varier leur température dans les deux sens au cours de la même journée, ils parvenaient couramment à des amplitudes de 5 à près de 8 °C en un quart d’heure. Autrement dit, ils savaient réchauffer et refroidir leur peau à la demande.

Le mécanisme n’a rien de paranormal : c’est la vasoconstriction, c’est-à-dire la contraction des petits vaisseaux qui réduit l’arrivée de sang chaud dans les extrémités. En revanche, le fait qu’elle puisse être pilotée volontairement, avec un simple retour d’information, est absolument fondamental pour comprendre ce que les pratiquants de cryokinésie ressentent réellement quand ils disent « avoir refroidi leur main ».
Les populations qui se sont adaptées au froid
La physiologie du froid est un champ de recherche ancien et solide. Trois travaux méritent vraiment le détour :
- Scholander et ses collègues (1958), chez les Aborigènes d’Australie. Publiée dans le Journal of Applied Physiology, cette étude de terrain a suivi des membres du peuple Pitjandjara dormant nus dans le désert entre deux feux de camp. Leurs pieds descendaient ainsi jusqu’à 12 à 15 °C pendant la nuit, et pourtant ils dormaient profondément, sans augmenter leur production de chaleur. Là où un Européen se serait réveillé en grelottant, eux toléraient simplement le refroidissement périphérique.
- Hong (1973), chez les plongeuses coréennes et japonaises. Les haenyeo de Jeju et les ama japonaises plongeaient en apnée toute l’année, y compris en hiver, longtemps sans combinaison. Leur métabolisme de base grimpait d’environ 35 % pendant la saison froide, alors que celui des non-plongeuses restait stable toute l’année.
- La réaction de chasse, décrite par Thomas Lewis dès 1930. En effet, quand vous plongez la main dans l’eau glacée, les vaisseaux se contractent d’abord, puis, au bout de cinq à dix minutes, ils se rouvrent brutalement et la température du doigt remonte. Ce phénomène s’appelle la vasodilatation induite par le froid, et Hein Daanen en a publié une synthèse de référence dans l’European Journal of Applied Physiology en 2003.

Le corps apprend le froid, littéralement
Ce que ces travaux montrent, c’est que le corps humain n’est pas passif face au froid. Il s’adapte, il apprend, et il le fait de manière mesurable. Attention néanmoins : rien de tout cela ne concerne un objet extérieur.
L’étude des jumeaux : ce que Wim Hof nous apprend vraiment
Le Néerlandais Wim Hof, surnommé « The Iceman », est évidemment le nom qui revient dès qu’on parle de froid. J’ai déjà détaillé les principales études le concernant dans mon guide sur la pyrokinésie, je ne vais donc pas les répéter ici. En revanche, il existe une étude peu connue qui est beaucoup plus pertinente pour notre sujet.

En 2014, Vosselman et son équipe publient dans PLOS ONE une expérience remarquable : ils comparent Wim Hof à son frère jumeau monozygote, qui mène une vie sédentaire tout à fait ordinaire, sans aucune exposition au froid. Même patrimoine génétique, modes de vie opposés. Le protocole idéal, en somme.
Les quatre résultats de l’expérience
Les résultats sont franchement contre-intuitifs :
- La graisse brune, censée être le « chauffage interne », était comparable chez les deux frères. 1144 pour Wim Hof contre 1325 pour son jumeau, sur l’indice utilisé par les chercheurs. Des décennies d’exposition extrême n’avaient donc rien changé de ce côté-là.
- Aucun des deux n’a frissonné pendant l’exposition au froid, ce qui est déjà inhabituel en soi.
- La température centrale a mieux tenu chez Wim Hof : une baisse de 0,18 °C contre 0,40 °C chez son frère. C’est réel, mais c’est modeste.
- La captation de glucose par les muscles respiratoires a quadruplé pendant l’exposition au froid, ce que les auteurs relient directement à la technique de respiration.

Ce que les chercheurs en concluent
La conclusion des chercheurs est limpide : un mode de vie fait d’expositions fréquentes au froid extrême ne semble pas modifier l’activité de la graisse brune. La chaleur supplémentaire vient donc essentiellement du travail musculaire respiratoire. Autrement dit, ce n’est pas de la magie, c’est de la mécanique.
Je précise, pour rester honnête, que cette étude ne porte que sur deux sujets. On ne généralise pas grand-chose avec n = 2. Néanmoins, le protocole du jumeau identique est si élégant qu’il vaut largement mieux que bien des études à trente participants mal contrôlés.
L’habituation au choc thermique : ce qui change vraiment en quelques séances
Lorsque vous entrez brutalement dans l’eau froide, votre corps déclenche en effet une réponse automatique : inspiration réflexe, hyperventilation incontrôlable, accélération cardiaque. C’est ce qu’on appelle le choc thermique, et c’est ce qui tue en cas de chute accidentelle dans l’eau froide, bien avant l’hypothermie.
Or cette réponse s’atténue nettement avec l’entraînement. Les travaux de Michael Tipton et de son équipe montrent qu’environ quatre à cinq immersions courtes suffisent à réduire nettement le réflexe, et surtout qu’une revue systématique récente confirme que cette adaptation persiste plusieurs mois, parfois plus d’un an, sans nouvelle exposition.

Personnellement, je trouve ce point capital pour un pratiquant, parce qu’il montre noir sur blanc que la relation entre votre système nerveux et le froid est plastique. Autrement dit, elle se modifie, elle se travaille, et elle garde la trace de ce travail. C’est, en somme, la version scientifique, mesurable et vérifiable de ce que les traditions appellent depuis toujours « apprivoiser le froid ».
Le froid et la santé : la méta-analyse de 2025
Puisque beaucoup de pratiquants combinent cryokinésie et bains froids, autant donner ici l’état réel des connaissances. En janvier 2025, Cain et ses collègues publient dans PLOS ONE une revue systématique et méta-analyse portant sur 11 études et plus de 3 000 adultes en bonne santé, avec des immersions à 15 °C ou moins.
Leurs conclusions sont nuancées, et c’est justement ce qui les rend crédibles : une baisse du stress apparaît bien, mais uniquement au relevé effectué douze heures après le bain, et on ne la retrouve ni juste après l’immersion, ni à 24 heures, ni à 48 heures.
Des signaux intéressants, notamment, sur la qualité du sommeil, la qualité de vie et certains marqueurs immunitaires. Et une limite majeure reconnue par les auteurs eux-mêmes : peu d’essais randomisés, de petits échantillons, et un manque de diversité dans les populations étudiées.
Donc quand vous lisez sur Instagram que « la douche froide change la vie », sachez que la vérité scientifique actuelle, c’est plutôt : « on a mesuré une baisse du stress à un seul moment de la journée, et personne ne sait encore pourquoi à celui-là ». Ce n’est déjà pas rien, mais ce n’est franchement pas ce qu’on vous vend.
Et du côté de la recherche psi ?
Là encore, soyons précis. La recherche en parapsychologie s’est en effet massivement concentrée sur deux choses : l’influence de l’intention sur des générateurs de nombres aléatoires, et le déplacement d’objets. Presque jamais sur la température, donc, à une exception notable que je détaille juste après.
- La méta-analyse de Bösch, Steinkamp et Boller (2006), publiée dans le Psychological Bulletin, porte sur 380 études de psychokinésie sur générateurs aléatoires. Elle trouve un effet minuscule mais statistiquement présent, tout en soulignant un probable biais de publication. Je détaille tout cela dans mon analyse de ces 25 années de recherches.
- Les échecs de réplication, documentés par le milieu lui-même. L’Institut Métapsychique publie une analyse d’Eckhard Etzold sur le déclin des effets psi et sur l’influence de l’expérimentateur. Que ce texte soit publié par un institut de parapsychologie, et non par un sceptique, en dit long sur son honnêteté.
- Les phénomènes thermiques rapportés chez Nina Kulagina. Le physiologiste Genady Sergueïev aurait mesuré des variations localisées de température sur sa peau pendant ses séances. Attention toutefois, ce sont des élévations, pas des baisses, et ces données proviennent des seuls enquêteurs soviétiques. J’ai consacré une enquête complète à son dossier.
1973 : l’expérience qui a vraiment testé le refroidissement mental
Voici le morceau que je n’ai vu passer dans aucun contenu francophone sur le sujet, et c’est pourtant l’information la plus importante de tout ce dossier.
En 1973, Gertrude Schmeidler, professeure au City College de New York et l’une des grandes figures universitaires de la discipline, publie dans le Journal of the American Society for Psychical Research une expérience sur l’enregistrement continu de température. Son sujet s’appelle Ingo Swann, le même homme qui inspirera plus tard les programmes américains de vision à distance.
Un protocole étonnamment sérieux pour l’époque
Le dispositif mérite qu’on s’y arrête, car il est très au-dessus de ce que l’on voit habituellement dans ce domaine :
- Les capteurs étaient des thermistances reliées à un enregistreur continu, avec des échantillons de graphite comme cibles.
- Les consignes étaient contrebalancées à l’avance, de façon rigide : tantôt réchauffer, tantôt refroidir.
- Chaque essai durait 45 secondes, suivi de 45 secondes de repos.
- Une partie des capteurs étaient scellés dans des bouteilles thermos, et l’un d’eux se trouvait à environ sept mètres du sujet.
Sur cinq séances, les résultats dépassent le hasard avec une probabilité de l’ordre de 1 sur 1 000. Schmeidler a par ailleurs testé deux étudiants sans prétention particulière, et l’un des deux a obtenu lui aussi un résultat significatif. Ce détail est important, car il suggère que l’effet, s’il existe, ne serait pas réservé à un sujet d’exception.
Le détail qui m’a fait relire trois fois
Voici maintenant ce qui m’a scotché. L’effet rapporté ne se contentait pas de modifier la température autour de la cible : il s’accompagnait de variations de sens inverse dans une zone éloignée de celle-ci.
Souvenez-vous de la section sur la pompe à chaleur. Si vous retirez de la chaleur quelque part, elle doit bien réapparaître ailleurs, sinon le second principe hurle. Que cette observation soit un artefact de mesure ou tout autre chose, je trouve la coïncidence troublante, et personne n’en parle jamais.
Vient ensuite la douche froide, et elle est de taille : aucune autre équipe n’a jamais reproduit cette expérience avec succès. Plus de cinquante ans après, elle reste un cas isolé. Or, en science, une expérience isolée n’est pas un résultat, c’est une piste. Et une piste que personne n’a suivie pendant un demi-siècle reste une piste très froide, si vous me passez le jeu de mots.
Pour celles et ceux qui veulent creuser, l’Institut Métapsychique International en propose un compte rendu détaillé en français. Cet institut est une fondation reconnue d’utilité publique depuis 1919, et c’est de loin la ressource francophone la plus solide sur cette expérience.
L’étude sur les cristaux d’eau, regardée de près
Il reste enfin l’étude Radin, Hayssen, Emoto et Kizu (2006), publiée dans Explore, qui a testé en double aveugle l’effet d’une intention à distance sur la formation de cristaux de glace.
Environ 2 000 personnes à Tokyo dirigeaient une intention vers des échantillons d’eau situés en Californie, dans une pièce blindée. Des juges indépendants ont ensuite noté l’esthétique des cristaux photographiés à l’aveugle, et les échantillons « traités » ont obtenu de meilleures notes.

Je vais vous le dire exactement comme je le pense sur ce dernier point : c’est intrigant, mais il faut lire ce que l’étude mesure réellement. Elle ne mesure ni la température, ni la vitesse de congélation, ni la structure cristalline.
Elle mesure, en fait, un jugement esthétique humain sur des photographies. Ce n’est pas rien, mais ce n’est pas de la cryokinésie, et il serait malhonnête de la présenter comme telle. Je la cite parce qu’elle existe et qu’elle est le seul travail publié qui relie intention et glace, pas parce qu’elle prouve quoi que ce soit.
Ce que ces études prouvent sur la cryokinésie (et ce qu’elles ne prouvent pas)
Faisons le point clairement, parce que c’est là que tout le monde dérape :
- Ce qu’elles montrent : l’être humain peut, par la respiration, l’attention, l’entraînement et le retour d’information, modifier sa température cutanée, sa tolérance au froid, sa réponse au choc thermique et son métabolisme. Tout cela est mesuré, publié, reproduit.
- Ce qu’elles ne montrent pas : aucune action mentale directe sur la température d’un objet extérieur qui soit reproductible. Aucune formation de glace à distance. Aucun refroidissement de l’air ambiant par l’intention. L’expérience de 1973 reste, à ce jour, un cas unique et jamais répliqué.
Le pas qui sépare la thermorégulation interne (documentée) de la cryokinésie externe (non démontrée) reste donc entièrement à franchir. C’est une nuance fondamentale. Cela ne veut pas dire que la cryokinésie n’existe pas, cela veut dire qu’elle n’est pas prouvée, et que quiconque prétend le contraire vous raconte une histoire.
Comment savoir si c’est vraiment vous ?
Convection, chaleur des mains, électricité statique, dérive thermique… La Formation Psytheos inclut les protocoles anti-illusion qui permettent de savoir si un effet vient de vous, ou de la physique.
Chaque cause ordinaire est éliminée, une par une.
Les 6 pièges physiques qui imitent la cryokinésie
Voici probablement la partie la plus utile de cet article pour vous. Parce que si vous vous lancez, vous allez rencontrer ces six pièges. Tous. Et sans les connaître, vous allez vous raconter des histoires pendant des mois.

Vous avez forcément vu cette vidéo. Quelqu’un tend la main vers une bouteille d’eau, la touche du doigt, et l’eau se transforme en glace instantanément sous vos yeux. C’est spectaculaire, c’est parfait pour TikTok, et c’est pourtant de la physique de collège.
Le phénomène s’appelle la surfusion. De l’eau très pure, refroidie lentement et sans vibration, peut rester liquide bien en dessous de 0 °C.
Elle attend simplement un point de départ pour cristalliser, ce qu’on appelle un site de nucléation : une impureté, une bulle, un choc. Dès que ce point apparaît, la cristallisation se propage dans toute la bouteille en une poignée de secondes.

Reproduisez le tour chez vous, ce soir
Et le meilleur, vous pouvez le reproduire vous-même ce soir. Voici la marche à suivre :
- D’abord, prenez une bouteille d’eau déminéralisée ou purifiée, non ouverte. L’eau du robinet et l’eau minérale contiennent trop de particules, elles gèleront trop tôt.
- Posez-la debout au congélateur, sans la bouger, sur une surface stable. Évitez le fond du congélateur qui vibre à cause du compresseur.
- Laissez-la environ 2 heures à 2 h 45 selon votre appareil. Le bon réglage se situe vers −6 à −10 °C. Il faut tâtonner une ou deux fois.
- Ensuite, sortez-la très délicatement. Si elle est encore liquide, elle est en surfusion.
- Enfin, frappez le fond de la bouteille sur la table, ou versez l’eau sur un glaçon. La cristallisation part instantanément.
Faites ce test une fois, et vous ne regarderez plus jamais une vidéo de « cryokinésie » de la même façon. C’est exactement l’esprit de Psytheos : on ne croit pas sur parole, on reproduit.
Piège n° 2 : la dérive thermique
Celui-là est le plus sournois, et c’est le faux positif que je vois le plus souvent.
Tout objet tend naturellement vers la température de son environnement. Si vous sortez un verre d’eau du robinet à 16 °C et que vous le posez dans une pièce à 21 °C, il va monter. En revanche, si votre eau était à 23 °C, elle va descendre toute seule, tranquillement, pendant une heure. Vous n’avez rien fait du tout, et pourtant le thermomètre baisse.
Ajoutez à cela l’évaporation de surface, qui refroidit légèrement l’eau en permanence, et vous avez la recette parfaite pour l’auto-illusion. C’est pourquoi, précisément, le verre témoin est non négociable, et j’y reviens en détail plus bas.
Piège n° 3 : le thermomètre infrarouge
Certains débutants achètent un pistolet infrarouge à 15 euros et croient tenir un instrument de mesure. Malheureusement, c’est l’appareil le moins adapté qui soit pour ce test.
Un thermomètre infrarouge ne mesure pas la température de l’air, ni celle de l’eau. Il mesure le rayonnement d’une surface, puis il le convertit en supposant une valeur d’émissivité.
Or le verre transparent, l’eau brillante et le métal poli ont des émissivités très différentes, et l’appareil ne le sait pas. Ajoutez l’angle de visée, la distance, la taille de la zone mesurée qui grandit quand vous reculez, et vous obtenez des écarts de plusieurs degrés sans qu’il ne se passe strictement rien.
C’est d’ailleurs exactement le même problème que celui des chasseurs de fantômes qui traquent les « points froids » avec ce type d’appareil. Ils mesurent la surface d’un mur ou d’une vitre, pas une présence.
La règle est donc simple : pour ce genre de test, utilisez une sonde de contact numérique avec une résolution au dixième de degré, immergée dans le liquide. Rien d’autre.
Piège n° 4 : votre souffle et l’humidité de la pièce
La buée et le givre sont les deux « preuves » les plus fréquemment brandies. Or votre respiration contient énormément de vapeur d’eau, et une surface froide la condense immédiatement. Approchez par exemple votre visage à vingt centimètres d’un verre sorti du frigo, et vous obtiendrez de la buée en cinq secondes. Sans la moindre intention.
Maintenez donc toujours 30 centimètres minimum entre votre visage et l’objet, et respirez sur le côté. C’est basique, mais c’est ce qui sépare une observation d’une anecdote.

Piège n° 5 : votre propre vasoconstriction
Celui-ci est particulièrement piégeux, parce que la sensation est parfaitement réelle.
Quand vous vous concentrez intensément, quand vous restez immobile, ou quand vous êtes légèrement stressé, vos vaisseaux périphériques se contractent et vos doigts refroidissent. Vous ressentez donc du froid. Pourtant, ce froid est en vous, pas dans l’objet. Beaucoup de pratiquants interprètent cette sensation comme une preuve que « ça marche », alors qu’ils viennent simplement de déclencher une réponse végétative tout à fait banale.
Le test pour trancher est ridiculement simple : placez une seconde sonde sur votre index. Ainsi, si votre doigt refroidit et que l’eau ne bouge pas, vous savez immédiatement d’où vient la sensation.
Piège n° 6 : l’attente perceptive
La perception thermique est l’une des plus suggestibles de tous nos sens. Quand on cherche du froid, on en trouve. C’est le cousin thermique de l’effet idéomoteur, ce phénomène où l’on produit des micro-mouvements sans en avoir conscience, dont je parle dans mon article sur ce qu’est réellement un pratiquant sérieux.
La parade est unique et elle n’a rien de compliqué : ne lisez jamais vous-même le thermomètre pendant la séance. Notez l’heure, faites votre travail, puis lisez les valeurs après coup. Idéalement, faites relever les chiffres par quelqu’un d’autre qui ignore quel verre est la cible.
Un mot sur l’effet Mpemba, qu’on me sort tout le temps
On m’oppose régulièrement l’effet Mpemba, cette observation selon laquelle de l’eau chaude gèlerait parfois plus vite que de l’eau froide. Certains y voient une « faille » dans la thermodynamique qui laisserait la porte ouverte à la cryokinésie.
Alors, mettons les choses au clair. En 2016, Burridge et Linden ont publié dans Scientific Reports une étude sévère concluant qu’ils ne trouvaient aucune preuve robuste de cet effet, et qu’une erreur de placement du thermomètre de l’ordre de 10 % suffisait à le faire apparaître. Le débat n’est pas totalement clos, notamment parce que leur définition de l’effet porte sur la descente en température et non sur la prise en glace elle-même.
Dans tous les cas, cet effet ne concerne toutefois que des conditions initiales différentes, jamais l’intervention d’un esprit. Ce n’est donc pas un argument, c’est un changement de sujet.
Les 5 niveaux de la cryokinésie, du mesurable au mythique
Toutes les pratiques décrites par la communauté ne se valent pas, loin de là. Voici donc comment je les classe, du plus accessible au purement mythique.

- Niveau 1, la perception thermique. Apprendre à ressentir finement les écarts de température, repérer les zones fraîches d’une pièce, percevoir le rayonnement d’une surface froide à quelques centimètres. Ce n’est certes pas de la psychokinésie, c’est de l’affinage sensoriel. Et c’est pourtant par là qu’il faut commencer.
- Niveau 2, la thermorégulation descendante. Faire baisser volontairement la température de sa propre peau. C’est le seul niveau réellement mesuré en laboratoire, grâce au biofeedback thermique. C’est également, de très loin, le plus gratifiant pour un débutant, parce qu’il donne un retour objectif.
- Niveau 3, l’influence sur un objet extérieur. Faire descendre la température d’un petit volume d’eau ou d’une sonde placée sous cloche. C’est le niveau que visent la plupart des pratiquants. Il n’a été testé sérieusement qu’une seule fois, en 1973, et ce résultat n’a jamais été répliqué depuis.
- Niveau 4, la formation de givre ou de condensation. Faire apparaître de la buée ou du givre sur une surface. Aucune démonstration sérieuse à ce jour, et par ailleurs une quantité astronomique de faux positifs dus au souffle.
- Niveau 5, la cryogenèse. Créer de la glace à partir de rien. Concept de fiction, donc, et aucun cas validé. Ainsi, quand quelqu’un vous l’annonce, vous n’êtes plus face à un pratiquant, vous êtes face à un vendeur.
Pourquoi les niveaux 4 et 5 doivent vous alerter
Beaucoup de soi-disant « cryokinésistes » des réseaux sociaux prétendent pourtant atteindre le niveau 4 ou 5 dès leurs premiers mois. Effets spéciaux, bouteille en surfusion préparée à l’avance, azote liquide hors champ, post-production, montage. Les pratiquants expérimentés sont d’ailleurs les premiers à dénoncer ces mises en scène. La pratique honnête, c’est celle des micro-effets sous protocole strict, patiemment documentés.
Comment les pratiquants décrivent la cryokinésie
Dans le vocabulaire des pratiquants, le premier prérequis reste l’ouverture du canal de perception, et bien entendu un état mental calme et réceptif. Le second prérequis, c’est l’entraînement régulier. Rien de nouveau de ce côté-là, donc.
Dans une lecture énergétique, la pratique repose sur trois piliers que l’on retrouve dans toutes les formes psychokinétiques :
- L’intention : la décision claire, formulée, d’abaisser une température précise.
- La connexion : l’extension de la conscience vers l’objet ou la zone concernée.
- La pensée créatrice : la visualisation détaillée du refroidissement souhaité.
Le référentiel sensoriel, mon quatrième pilier
Avec le froid, en revanche, j’ajoute personnellement un quatrième pilier, et je n’ai jamais vu personne d’autre en parler. Je l’appelle le référentiel sensoriel.
Voici pourquoi. Quand vous visualisez le mouvement d’un crayon, votre cerveau dispose de milliers de souvenirs moteurs très précis. Il sait ce qu’est « tourner ». Or le froid, lui, n’est pas un mouvement : c’est une absence. Une absence d’agitation. Et votre cerveau ne sait pas visualiser une absence.
Ce que je conseille donc, c’est de vous constituer un référentiel très concret avant même de commencer : la sensation de la neige qui fond dans la paume, l’air qui sort d’un congélateur ouvert, le contact d’une vitre en janvier, la morsure de l’eau du robinet en hiver.
En bref, convoquez une sensation réelle et mémorisée, pas une idée abstraite de « froid ». Franchement, c’est ce qui a le plus changé mes propres séances quand j’ai commencé à explorer ce versant de la pratique.
Et un conseil qui va vous paraître contre-intuitif : ne visualisez pas « du froid qui arrive ». Visualisez plutôt le ralentissement. L’agitation qui s’apaise, le mouvement qui s’immobilise. Physiquement, c’est exactement ce qu’est la température. Et mentalement, c’est infiniment plus stable à tenir pendant dix minutes.
Tester la cryokinésie : le protocole que je recommande
Si après tout cela vous voulez tout de même expérimenter, faites-le proprement. Voici le protocole minimum que j’utilise et que je recommande à la communauté. De plus, il ne coûte presque rien et il élimine la quasi-totalité des faux positifs.

Le matériel nécessaire pour tester la cryokinésie
- Deux verres strictement identiques (même modèle, même épaisseur, même diamètre).
- Une même eau, versée au même niveau, prélevée au même moment.
- Un thermomètre numérique à sonde, résolution 0,1 °C. Deux, c’est encore mieux.
- Un minuteur.
- Un carnet ou un tableur, avec une colonne par séance.
- Une pièce fermée : fenêtres closes, chauffage stable, ventilation coupée, personne qui entre ou sort.
Les étapes, dans l’ordre
- D’abord, préparez les deux verres et posez-les à 50 cm l’un de l’autre, sur le même support, loin d’une fenêtre, d’un radiateur, d’un ordinateur ou d’une lampe.
- Ensuite, attendez 20 minutes. C’est le temps de stabilisation. Sans lui, tout le reste ne vaut rien.
- Puis relevez les deux températures de départ et notez-les. Elles doivent être identiques à 0,2 °C près. Si ce n’est pas le cas, attendez encore.
- Désignez la cible au hasard (pile ou face), et notez-le sans le regarder pendant la séance si vous pouvez.
- Travaillez 10 minutes sur le verre cible uniquement. Mains à 30 cm minimum, aucun contact, aucun souffle dirigé, corps immobile.
- Ne regardez pas les thermomètres pendant la séance. Jamais.
- Relevez les deux températures finales. Calculez l’écart : Δ = (variation du verre cible) moins (variation du verre témoin).
- Enfin, recommencez au minimum vingt fois, en notant absolument tout, y compris et surtout les séances ratées.
Comment interpréter vos résultats
Ce que vous cherchez, ce n’est pas « le verre a baissé ». En effet, les deux verres vont baisser, ou monter, c’est normal. Ce que vous cherchez, c’est un écart systématique entre la cible et le témoin, dans le bon sens, sur un nombre significatif de séances.
Si sur 20 séances votre verre cible baisse davantage que le témoin dans 11 cas, vous n’avez rien. C’est du bruit. En revanche, si c’est 17 fois sur 20, avec des écarts cohérents, là vous tenez quelque chose qui mérite d’être creusé et documenté sérieusement. Et dans ce cas, filmez, faites relever les chiffres par un tiers, et changez de pièce pour vérifier.
Je précise sans détour qu’à ce jour, personne dans la communauté Psytheos ne m’a présenté un jeu de données de ce type sur la cryokinésie. Sur la rotation d’objets, oui, régulièrement. Sur la température, pas encore. C’est un fait, et j’insiste énormément sur la transparence avec mes fidèles lecteurs.
Si vous débutez complètement dans ce type d’exercice et que vous ne savez pas comment vous installer, comment vous centrer ou combien de temps pratiquer, commencez plutôt par mon guide pour les débutants. Les bases mentales et environnementales sont en effet exactement les mêmes, et elles sont bien plus faciles à acquérir sur un objet mobile que sur un thermomètre.
Ne pratiquez pas au hasard
Le blocage, c’est d’improviser et de douter à chaque micro-variation. La Formation vous donne l’ordre des exercices, les durées, la posture et les protocoles de validation. De nombreux exercices guidés, de débutant à expert.
Chaque exercice indique sa durée et son critère de réussite.
Cryokinésie et sécurité : le froid n’est pas un jouet
J’insiste très lourdement sur cette section, parce que je vois passer beaucoup trop de contenus qui présentent le froid comme une pratique « douce » par opposition au feu. C’est faux. Le froid tue plus discrètement, mais il tue.
La règle absolue : jamais de respiration intensive près de l’eau
C’est la consigne la plus importante de tout cet article, et je vous demande de la lire deux fois.
Les techniques de respiration intensive de type hyperventilation, très populaires dans les pratiques liées au froid, font chuter le taux de gaz carbonique dans le sang. Or c’est ce gaz carbonique qui déclenche votre envie de respirer.
Résultat : votre oxygène peut descendre jusqu’au seuil de perte de conscience avant que l’envie de respirer ne se manifeste. Vous vous évanouissez donc sans le moindre signal d’alerte. Dans l’eau, cela s’appelle une syncope hypoxique, et c’est mortel.
Ce n’est pas une précaution théorique. Le journaliste américain Scott Carney a recensé une vingtaine de décès, en grande majorité des noyades, chez des personnes qui pratiquaient ce type de respiration. En 2022, la famille d’une adolescente de 17 ans, morte dans la piscine familiale en Californie, a porté plainte contre Wim Hof et sa société.
Je précise tout de suite, pour rester honnête jusqu’au bout, que la justice a écarté sa responsabilité en 2024, faute de lien de causalité établi. Cela ne change pourtant rien à la règle physiologique, et les avertissements officiels de la méthode mentionnent d’ailleurs explicitement ce risque.
Donc : jamais de respiration intensive dans un bain, dans une piscine, dans une baignoire, ni même assis au bord de l’eau. Jamais. Aucune exception.
Les autres règles non négociables
- Ne pratiquez jamais l’immersion froide seul. Car le choc thermique provoque une inspiration réflexe incontrôlable dans les premières secondes. Si votre tête est sous l’eau à ce moment-là, c’est terminé.
- Ne posez jamais de glace directement sur la peau. Une poche de froid appliquée sans linge peut provoquer une gelure en quelques minutes. Enveloppez donc toujours dans un tissu, et limitez à 15 minutes.
- Prudence absolue en cas de trouble cardiaque, d’hypertension, de grossesse, de maladie de Raynaud ou d’antécédent d’AVC. Le froid brutal augmente fortement la charge cardiaque. Demandez par conséquent un avis médical avant toute pratique d’immersion.
- Réchauffez-vous progressivement. Pas de douche brûlante juste après un bain froid, parce que cela accentue le stress circulatoire. Vêtements secs, boisson chaude, mouvement doux.
- Ne pratiquez jamais sous influence de substances, ni en état de fatigue extrême. Votre perception du froid est en effet faussée, et c’est exactement dans ces conditions que surviennent les hypothermies.
- Arrêtez immédiatement si les frissons deviennent incontrôlables, si votre élocution se dégrade, ou si vous ressentez une confusion. Ce sont les premiers signes d’hypothermie et ils ne se discutent pas.
Ces consignes paraissent évidentes sur le papier. Pourtant, croyez-moi, l’excitation des premiers résultats fait baisser la vigilance très vite. La cryokinésie sans sécurité, ce n’est plus une pratique, c’est une prise de risque inconsidérée.
Restez à l’écoute de votre corps
Comme pour toute pratique énergétique, il faut savoir reconnaître les signaux de fatigue. Quelques pratiquants rapportent après leurs séances des sensations d’engourdissement des extrémités, des maux de tête, ou une frilosité anormale qui persiste plusieurs heures. Ce dernier signe, surtout, ne doit pas être négligé : si vous avez froid pendant tout l’après-midi après dix minutes d’exercice, vous en avez trop fait.
Gardez donc ces trois repères à l’esprit :
- Réchauffez-vous après chaque séance. Par exemple : une boisson chaude, deux minutes de marche, quelques mouvements des mains. Le travail sur le froid mobilise la circulation périphérique, aidez-la à revenir.
- N’allez jamais jusqu’à l’engourdissement. Si vos doigts perdent leur sensibilité, arrêtez immédiatement. C’est totalement contre-productif, et cela peut laisser des traces.
- Privilégiez la qualité à la durée. Dix minutes de connexion calme valent infiniment mieux qu’une heure de fixation crispée. C’est vrai partout, et c’est encore plus vrai ici.
Les mythes et fausses croyances autour de la cryokinésie
Mythe n° 1 : « il faut être froid et détaché émotionnellement »
C’est le miroir exact du mythe de la colère en pyrokinésie, et il vient de la même source : la fiction. Ainsi, Sub-Zero est glacial, Mr Freeze est un homme sans émotion, et Elsa gèle son royaume en refoulant ses sentiments. Le message est partout : pour agir sur le froid, il faudrait devenir froid.
Pourtant, dans la pratique, c’est exactement l’inverse. Le détachement émotionnel forcé produit de la tension, et la tension bloque la connexion. Ce qui fonctionne, c’est le calme, pas la froideur. Ce sont deux états totalement différents, et beaucoup de débutants les confondent.
Mythe n° 2 : « on peut geler un verre d’eau en cinq minutes »
Faites le calcul avec moi. Pour transformer 200 ml d’eau à 20 °C en glace, il faut évacuer l’énergie du refroidissement, puis toute la chaleur latente de solidification. Au total, on tourne donc autour de 84 000 joules. C’est cent fois ce qu’il faut pour baisser d’un seul degré.
Un congélateur domestique, par exemple, met plusieurs heures à le faire, avec un compresseur, un fluide frigorigène et une prise électrique. Quiconque prétend le faire en cinq minutes avec ses mains ne prétend pas avoir un don : il prétend avoir résolu le problème de l’énergie mondiale. Vous voyez le souci.
Mythe n° 3 : « les vidéos le prouvent »
En 2026, une vidéo ne prouve plus rien du tout. Entre les montages au scalpel, les ralentis, les recadrages et les outils génératifs, une séquence de douze secondes n’a aucune valeur probante. Ce n’est pas du cynisme, c’est simplement l’état de l’écosystème vidéo actuel.
Gardez donc cette grille de lecture en tête devant n’importe quelle démonstration :
- Qui a fourni la bouteille, le verre, le thermomètre ? Si c’est la personne qui fait la démonstration, méfiance immédiate.
- Est-ce filmé en continu ? Sans coupure, sans hors champ, sans main qui sort du cadre.
- Voit-on le thermomètre ET la scène dans le même plan ? C’est le point le plus souvent absent.
- Est-ce reproductible à la demande ? Pas « quand l’énergie est bonne », mais maintenant, avec du matériel qu’on lui donne.
- La bouteille a-t-elle été hors champ avant la démonstration ? Rappelez-vous la surfusion.
C’est d’ailleurs exactement la même grille que celle que j’applique dans mon enquête sur Uri Geller, et elle élimine l’immense majorité des mises en scène sans qu’on ait besoin d’être expert.
Mythe n° 4 : « la cryokinésie, c’est la pyrokinésie à l’envers »
Ce mythe est le plus séduisant intellectuellement, et c’est justement pour ça qu’il est dangereux. Non, ce n’est pas le même exercice avec une visualisation inversée, pour toutes les raisons de physique que j’ai développées plus haut.
Il y a d’ailleurs une différence pratique énorme que personne ne mentionne : une flamme donne un retour visuel immédiat. Elle vacille, elle penche, elle s’étire. Le froid, en revanche, ne donne aucun retour. Absolument aucun. Vous ne verrez rien, jamais, sans instrument. C’est pourquoi cette pratique est beaucoup plus austère et beaucoup plus difficile à tenir dans la durée.
Mythe n° 5 : « il faut un don inné »
Beaucoup de personnes abandonnent en pensant ne pas avoir « le don ». D’après les retours de la communauté Psytheos, ce type de pratique repose avant tout sur l’ouverture du canal de perception et sur la régularité. Certaines personnes progressent plus vite que d’autres, c’est vrai. Toutefois, aucune n’est définitivement incapable d’y parvenir.
Mythe n° 6 : « les points froids prouvent une présence »
Celui-ci vient du monde de la chasse aux fantômes, et il déborde régulièrement sur la cryokinésie. L’idée serait qu’une entité « absorbe » de l’énergie et crée une zone froide.
Pourtant, dans les faits, les points froids détectés dans les vieilles bâtisses correspondent presque toujours à des courants d’air, des différences d’inertie thermique entre matériaux, des ponts thermiques, ou tout simplement à une mauvaise utilisation du thermomètre infrarouge, comme expliqué plus haut. Ce n’est donc pas de la cryokinésie, et ce n’est pas non plus une présence. C’est du bâtiment.
Et ce soir, vous faites quoi ?
Vous savez maintenant ce qui est faux et comment ne pas vous tromper vous-même. Il vous manque juste quelqu’un pour vous dire quoi faire en premier, pendant combien de temps, et à quoi voir que ça avance. C’est exactement ce que je fais, exercice après exercice.
L’accès Premium est à vie, avec de nouveaux exercices régulièrement.
La cryokinésie dans la culture populaire
Le froid a évidemment conquis la fiction. Et pour cause : c’est un élément visuellement magnifique, silencieux, associé au contrôle, à la solitude et à la mort. C’est l’exact opposé narratif du feu, qui est bruyant, chaotique et passionnel.
Le cas le plus emblématique reste évidemment Elsa dans La Reine des Neiges (2013), qui a fait basculer la cryokinésie du registre du méchant vers celui de l’héroïne. Avant elle, la glace était surtout l’apanage des antagonistes : Mr Freeze dans l’univers de Batman, Killer Frost chez DC, ou Sub-Zero dans Mortal Kombat depuis 1992.
Côté Marvel, Bobby Drake, connu sous le nom d’Iceberg dans les traductions françaises des X-Men, incarne le personnage cryokinétique le plus ancien, puisqu’il apparaît dès 1963. Et en France, difficile de ne pas citer Frozone dans Les Indestructibles, probablement la représentation la plus fun et la plus mémorable pour toute une génération.
Mangas, animés, jeux vidéo : la cryokinésie est partout
Du côté du manga et de l’animation, la liste est longue, avec notamment Gray Fullbuster et sa magie de création de glace dans Fairy Tail, Kuzan (Aokiji) et son fruit du démon glacial dans One Piece, Shoto Todoroki dans My Hero Academia, qui a la particularité fascinante de combiner glace et feu, ou encore Esdeath dans Akame ga Kill. Sans oublier Jack Frost dans Les Cinq Légendes, et Katara et les maîtres de l’eau dans Avatar.
Le jeu vidéo n’y échappe pas non plus, avec par exemple le plasmide « Winter Blast » de BioShock, les sorts de givre de Skyrim, ou les techniques glaciales de la saga Mortal Kombat.
Ces fictions ont largement contribué à populariser le concept, mais elles l’ont surtout déformé. Les pratiquants qui débutent s’attendent à un effet visuel. Or si la cryokinésie produit quelque chose, cela ne ressemblera jamais à un mur de glace. Cela ressemblera à un chiffre, sur un écran, qui affiche 0,3 de moins que prévu. Ce n’est pas vendeur, mais c’est honnête.
Où situer la cryokinésie parmi les autres capacités psi
La cryokinésie est l’une des formes de psychokinésie décrites par la parapsychologie. Pour vous aider à la situer :
- la pyrokinésie (interaction avec le feu et la chaleur, son opposé thématique) ;
- l’hydrokinésie (interaction avec l’eau, dont la cryokinésie est parfois considérée comme un cas particulier) ;
- l’aérokinésie (avec l’air) ;
- l’électrokinésie (avec les champs électriques) ;
- la biokinésie (modification de sa propre biologie, et c’est probablement la catégorie qui décrit le mieux ce qui est réellement documenté ici) ;
- la micro-psychokinésie (influence sur des systèmes aléatoires) ;
- et le déplacement d’objets visibles, la forme la plus connue et la plus travaillée.
Beaucoup de pratiquants s’étonnent de découvrir que développer l’une de ces capacités tend à faciliter les autres, du moins selon les retours de la communauté. C’est d’ailleurs l’un des principes défendus en énergétique : le canal est le même, seule la cible change.
Cela dit, je vais être franc avec vous : si vous débutez, la cryokinésie est le pire point d’entrée possible. Aucun retour visuel, un matériel de mesure indispensable, une physique hostile, et des semaines avant d’avoir la moindre donnée exploitable. Commencez donc par un exercice qui vous donne un retour immédiat, puis revenez au froid quand votre stabilité mentale sera installée. Vous trouverez tout ce qu’il faut dans ma section dédiée aux exercices.
En conclusion : ce qu’il faut retenir de la cryokinésie
La cryokinésie est, à mon avis, la plus exigeante et la plus mal comprise de toutes les formes psychokinétiques. Elle n’a en effet pas d’œuvre fondatrice sérieuse, quasiment pas de littérature scientifique dédiée, pas de retour visuel, et la physique elle-même lui oppose une résistance que la pyrokinésie ne rencontre pas.
Est-ce que cela veut dire qu’il ne faut pas s’y intéresser ? Absolument pas. En revanche, il faut s’y intéresser lucidement. Ce qui est démontré, c’est votre capacité à agir sur votre propre thermorégulation, sur votre tolérance au froid et sur votre réponse au stress thermique. Et ça, ce n’est pas un lot de consolation. C’est un terrain de travail réel, mesurable, et dont les bénéfices sont documentés.
Ce qui n’est pas démontré, c’est l’action de l’esprit sur la température d’un objet extérieur. Une seule équipe s’y est frottée sérieusement, en 1973, et personne n’a jamais reproduit son résultat depuis. Peut-être que quelqu’un le fera un jour, et j’aimerais sincèrement que ce soit un lecteur de Psytheos, carnet en main et verre témoin sur la table.
En attendant, si vous abordez cette pratique avec l’humilité d’un explorateur et la rigueur d’un scientifique, vous gagnerez quelque chose même en cas d’échec : une connaissance beaucoup plus fine de votre attention, de votre respiration et de la manière dont votre corps dialogue avec la température. Ce n’est vraiment pas rien.
Et vous, avez-vous déjà ressenti des sensations de froid inexpliquées pendant vos méditations ? Avez-vous déjà tenté le test du verre témoin ? Partagez vos expériences, vos chiffres et vos questions dans les commentaires, je vous réponds personnellement !
Questions fréquentes à propos de la cryokinésie
La cryokinésie existe-t-elle vraiment ?
Aucune étude n’a démontré de manière reproductible qu’un être humain pouvait abaisser la température d’un objet extérieur par la seule intention. Une seule expérience s’en est approchée, publiée en 1973 par Gertrude Schmeidler avec Ingo Swann, et elle n’a jamais été répliquée depuis.
En revanche, la capacité à moduler volontairement sa propre température cutanée est documentée depuis les années 1970 grâce au biofeedback thermique. La cryokinésie externe reste donc non prouvée, tandis que la thermorégulation volontaire est, elle, bien réelle.
Peut-on créer de la glace par la pensée ?
Non. Transformer 200 ml d’eau en glace exige d’évacuer environ 84 000 joules, ce qu’un congélateur met plusieurs heures à faire avec un compresseur. Les vidéos montrant une bouteille qui gèle instantanément exploitent en fait la surfusion, un phénomène physique parfaitement connu et reproductible chez soi en deux heures de congélateur.
Pourquoi ai-je les mains froides quand je pratique ?
C’est de la vasoconstriction périphérique, une réponse végétative tout à fait normale déclenchée par la concentration, l’immobilité ou un léger stress. La sensation est certes réelle, mais elle est interne. Pour trancher, placez une sonde sur votre doigt et une autre dans l’eau : si votre doigt refroidit et que l’eau reste stable, vous avez votre réponse.
Quelle est la différence entre cryokinésie et pyrokinésie ?
La pyrokinésie vise à influencer une flamme ou une source de chaleur, la cryokinésie vise à abaisser une température. Ces deux pratiques ne sont pourtant pas symétriques : réchauffer consiste à apporter de l’énergie, alors que refroidir exige d’extraire la chaleur et de l’évacuer ailleurs, ce qui suppose une pompe à chaleur. C’est pourquoi la cryokinésie est physiquement bien plus contraignante.
Combien de temps faut-il pour un résultat en cryokinésie ?
Sur la thermorégulation de votre propre peau avec un retour d’information, les travaux de biofeedback montrent un apprentissage visible en environ quatre séances. Sur un objet extérieur, en revanche, aucune donnée fiable n’existe, et je ne connais à ce jour aucun jeu de résultats propre dans la communauté. Comptez donc au minimum 20 séances documentées avant de pouvoir dire quoi que ce soit.
Y a-t-il un vrai risque physique à pratiquer la cryokinésie ?
Le travail mental seul, sur un verre d’eau, ne présente aucun danger sérieux, à condition de vous arrêter dès les premiers signes d’engourdissement ou de frilosité persistante.
En revanche, le danger apparaît dès que la pratique s’accompagne d’exposition réelle au froid : hypothermie, choc thermique, gelures par contact direct avec de la glace, et surtout syncope hypoxique si vous pratiquez une respiration intensive près de l’eau. Cette dernière situation a déjà causé des décès, il faut donc l’exclure totalement.
Comment repérer une fausse démonstration de cryokinésie ?
Posez cinq questions : qui a fourni le matériel, la séquence est-elle filmée sans coupure, voit-on l’instrument de mesure et la scène dans le même plan, l’effet est-il reproductible immédiatement avec un objet fourni par un tiers, et la bouteille est-elle restée hors champ avant la démonstration. Or, dans la quasi-totalité des vidéos virales, au moins trois de ces critères manquent.
Sources et études sur la cryokinésie : comment je distingue ce qui est solide
Sur un sujet aussi peu documenté, toutes les sources ne se valent pas. Voici donc une classification par niveau de fiabilité méthodologique. À vous de voir le poids que vous accordez à chacune.
1. Physiologie du froid et thermorégulation (solide)
- Taub, E., & Emurian, C. S. (1976). « Feedback-aided self-regulation of skin temperature with a single feedback locus: I. Acquisition and reversal training. » Biofeedback and Self-Regulation, 1(2), 147-168. La référence la plus pertinente pour la cryokinésie interne : apprentissage en environ quatre séances, amplitudes de 5 à 8 °C en 15 minutes lors d’un entraînement bidirectionnel.
- Scholander, P. F., Hammel, H. T., Hart, J. S., LeMessurier, D. H., & Steen, J. (1958). « Cold adaptation in Australian Aborigines. » Journal of Applied Physiology, 13(2), 211-218. Refroidissement périphérique jusqu’à 12-15 °C aux pieds sans élévation métabolique.
- Hong, S. K. (1973). « Pattern of cold adaptation in women divers of Korea (ama). » Federation Proceedings, 32(5), 1614-1622. Métabolisme de base augmenté d’environ 35 % en saison froide chez les plongeuses.
- Lewis, T. (1930). « Observations upon the reactions of the vessels of the human skin to cold. » Heart. Description originale de la réaction de chasse.
- Daanen, H. A. M. (2003). « Finger cold-induced vasodilation: a review. » European Journal of Applied Physiology. Synthèse de référence sur la vasodilatation induite par le froid.
- Tipton, M. J., et al. « Permanence of the habituation of the initial responses to cold-water immersion in humans. » European Journal of Applied Physiology (2000), et revue systématique « Habituation of the cold shock response » (2024), Journal of Thermal Biology. Quatre à cinq immersions suffisent, l’adaptation persiste de 7 à 14 mois.
2. Métabolisme, graisse brune et méthodes de résistance au froid
- van Marken Lichtenbelt, W. D., et al. (2009). « Cold-activated brown adipose tissue in healthy men. » New England Journal of Medicine, 360, 1500-1508. Étude fondatrice sur la graisse brune active chez l’adulte.
- Vosselman, M. J., Vijgen, G. H. E. J., Kingma, B. R. M., Brans, B., & van Marken Lichtenbelt, W. D. (2014). « Frequent extreme cold exposure and brown fat and cold-induced thermogenesis: a study in a monozygotic twin. » PLOS ONE, 9(7), e101653. Comparaison de Wim Hof avec son jumeau : graisse brune comparable, production de chaleur liée aux muscles respiratoires.
- Cain, T., Brinsley, J., Bennett, H., Nelson, M., Maher, C., & Singh, B. (2025). « Effects of cold-water immersion on health and wellbeing: A systematic review and meta-analysis. » PLOS ONE, 20(1), e0317615. 11 études, plus de 3 000 adultes. Baisse du stress significative au seul relevé de 12 heures après l’immersion, aucun effet détecté immédiatement, à 1 h, 24 h ou 48 h.
3. Physique du froid (indispensable pour ne pas se leurrer)
- Burridge, H. C., & Linden, P. F. (2016). « Questioning the Mpemba effect: hot water does not cool more quickly than cold. » Scientific Reports, 6, 37665. Aucune preuve robuste de l’effet Mpemba, et une sensibilité extrême au placement du thermomètre.
- Littérature classique sur la surfusion et la nucléation de la glace. De l’eau très pure peut rester liquide bien en dessous de 0 °C jusqu’à ce qu’un site de nucléation apparaisse.
- Second principe de la thermodynamique. La chaleur ne circule pas spontanément du froid vers le chaud. Tout refroidissement actif exige un travail.
4. Recherche psi et cryokinésie (à manier avec prudence)
- Bösch, H., Steinkamp, F., & Boller, E. (2006). « Examining psychokinesis: The interaction of human intention with random number generators. A meta-analysis. » Psychological Bulletin, 132(4), 497-523. 380 études, effet minuscule, biais de publication probable. Ne porte pas sur la température.
- Radin, D., Hayssen, G., Emoto, M., & Kizu, T. (2006). « Double-blind test of the effects of distant intention on water crystal formation. » Explore, 2(5), 408-411. Mesure un jugement esthétique sur des photographies, pas une température. À ne surtout pas présenter comme une preuve de cryokinésie.
- Schmeidler, G. R. (1973). « PK effects upon continuously recorded temperature. » Journal of the American Society for Psychical Research, 67, 325-340. La seule expérience publiée demandant explicitement à un sujet de refroidir un capteur, avec consignes chaud/froid contrebalancées et thermistances isolées en thermos. Résultat significatif, jamais répliqué. Compte rendu en français sur le site de l’Institut Métapsychique International.
- Les théories du psi, Institut Métapsychique International. Présente notamment le modèle de fluctuation thermique de Richard Mattuck, la seule hypothèse qui rende un refroidissement mental concevable sans créer d’énergie. Spéculatif et non démontré.
- Etzold, E. (2004). « Le psi existe-t-il et pouvons-nous le prouver ? », Institut Métapsychique International. Sur le déclin des effets et les échecs de réplication, publié par le milieu lui-même. À lire pour équilibrer.
- Psi Encyclopedia, Society for Psychical Research. La meilleure ressource académique en accès libre sur la recherche psi en général. Aucune entrée sur la cryokinésie, ce qui est en soi une information.
5. Sécurité
- Avertissements officiels sur les risques de syncope hypoxique associés aux techniques de respiration intensive pratiquées près de l’eau. À lire absolument avant toute pratique combinant respiration et immersion.
- Carney, S. (2023, mis à jour en 2024). « The Rise and Fall of the Wim Hof Empire ». Recensement journalistique d’une vingtaine de décès, principalement par noyade, chez des pratiquants. À mettre en regard de la décision de justice de 2024 qui a écarté la responsabilité de Wim Hof dans le cas californien, faute de causalité établie.
- Recommandations médicales usuelles sur l’hypothermie, le choc thermique et les gelures par contact. Demandez un avis médical en cas de trouble cardiaque, d’hypertension, de grossesse ou de maladie de Raynaud.
Ce que je retiens de cette grille, c’est qu’il n’existe à ce jour aucune preuve scientifique de la cryokinésie externe, mais qu’il existe en revanche un corpus solide sur la capacité humaine à agir sur sa propre relation au froid. Et c’est là, à mon avis, que se trouve tout le potentiel réel de cette pratique. Enfin, à vous de consulter ces sources directement plutôt que de me croire sur parole. C’est exactement la posture que j’adopte sur tous mes contenus.



