Illustration fictive représentant une femme fantôme (poltergeist) déplaçant les objets sur une table de cuisine grâce à la télékinésie.

Poltergeist : définition, cas documentés et ce que les enquêtes ont vraiment trouvé

Quand vous tapez « poltergeist » dans Google, c’est d’abord le film de 1982 qui s’affiche. Pourtant, le mot est bien plus ancien que le cinéma. Il désigne des maisons bien réelles où, pendant des semaines, on entend frapper dans les murs, où des objets tombent, glissent ou traversent la pièce, et où parfois des pierres pleuvent sur le toit sans que personne ne sache d’où elles viennent.

Alors, est-ce que ça existe ? Je vous réponds tout de suite. Une grande partie des affaires célèbres s’est terminée par des aveux, par une caméra restée allumée ou par une explication très terre à terre. Mais une poignée de dossiers, dont certains ont été suivis par des physiciens ou par des gendarmes, n’ont jamais reçu d’explication complète. Et malgré une recherche documentaire approfondie, je n’ai trouvé aucun phénomène de poltergeist enregistré dans des conditions contrôlées, puis reproduit par une équipe indépendante. Ces deux constats tiennent ensemble, et c’est tout l’intérêt du sujet.

Pour ce dossier, je suis reparti des documents d’origine : les Annales de Fulda de l’an 858, le rapport de l’Académie des sciences sur la « fille électrique » de 1846, le jugement d’un juge de paix normand de 1851, les articles des physiciens de Rosenheim, et le témoignage du gendarme qui a enregistré, en 1973, un « esprit frappeur » dans un village de la Nièvre. En chemin, j’ai trouvé pas mal d’erreurs recopiées de site en site, je vous les signale au passage. Et si c’est le film qui vous amène, j’y réponds aussi plus bas. C’est parti !

Sommaire de l'article Afficher

Qu’est-ce qu’un poltergeist ?

Un poltergeist désigne une série de phénomènes physiques inexpliqués et répétés dans un lieu habité, le plus souvent une maison : coups frappés, bruits, objets qui se déplacent, tombent ou sont projetés, parfois jets de pierres, départs de feu ou flaques d’eau. Ces troubles semblent en général tourner autour d’une personne, souvent un enfant ou un adolescent, et ils s’arrêtent au bout de quelques semaines ou de quelques mois. Le mot ne dit rien de leur cause : esprit pour les uns, psychokinèse involontaire pour d’autres, supercherie ou causes naturelles dans une bonne partie des cas vérifiés.

Autrement dit, « poltergeist » décrit ce que les gens rapportent, pas ce qui se passe réellement. C’est une étiquette, pas une explication. Le Larousse, lui, parle directement d’un « phénomène paranormal spontané et répétitif » (le dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française reprend la même définition, mot pour mot). Pour un dictionnaire, c’est aller un peu vite en besogne : le caractère paranormal est justement toute la question.

D’où vient le mot « poltergeist » ?

C’est un mot allemand formé de poltern, « faire du vacarme, cogner », et de Geist, « esprit ». On lit souvent que Martin Luther l’aurait inventé. C’est invérifiable : d’après le dictionnaire historique des frères Grimm, le mot figure dès 1540 dans un dictionnaire allemand comme un terme déjà courant. Luther l’emploie, mais rien ne permet de dire qu’il l’a inventé.

En anglais, la première attestation solide que j’ai pu vérifier se trouve chez Catherine Crowe, dans The Night Side of Nature (1848), qui présente « ce que les Allemands appellent le Poltergeist ». Détail savoureux : elle enchaîne aussitôt sur la « fille électrique » qui venait de faire tant de bruit à Paris. On en reparle plus bas, parce que cette fille électrique était normande.

En français, on dit plutôt « esprit frappeur ». L’expression apparaît au plus tard en 1853, en pleine mode des tables tournantes : c’est le titre d’un vaudeville de cette année-là, quatre ans avant la première date retenue par le Trésor de la langue française. La traduction est d’ailleurs approximative : poltern évoque le vacarme en général, pas le fait de frapper des coups. Allan Kardec, le fondateur du spiritisme, réservait même le nom, dans Le Livre des médiums (1861), aux « frappeurs de profession », des esprits un peu saltimbanques.

Les chercheurs, eux, utilisent un terme plus neutre depuis 1958 : la RSPK, pour recurrent spontaneous psychokinesis, soit « psychokinèse spontanée récurrente ». Il a été proposé conjointement par les parapsychologues J. Gaither Pratt et William Roll, qui le présentaient eux-mêmes comme une hypothèse de travail, pas comme une conclusion.

Poltergeist, maison hantée, fantôme, démon : ce qui les distingue

C’est la confusion la plus fréquente, et elle n’est pas qu’une affaire de mots. Selon ce que vous croyez vivre, vous ne chercherez pas les mêmes causes. Les enquêteurs font depuis longtemps la distinction suivante, et l’analyse statistique de 500 cas publiée en 1979 par Alan Gauld et Tony Cornell l’a d’ailleurs retrouvée dans les données : deux familles de récits, les uns liés à une personne, les autres liés à un lieu. Et les premiers dominent largement : seuls 12 % de leurs 500 cas sont décrits comme centrés sur la maison.

PoltergeistMaison hantéeApparitionPossession
Centré surUne personne vivante, souvent un jeuneUn lieu, quels que soient ses occupantsUne silhouette, parfois reconnue comme un défuntUne personne dont le comportement change
Durée typiqueQuelques semaines à quelques moisDes années, parfois des générationsUn instant, rarement répétéVariable
Ce qu’on rapporteCoups, objets déplacés ou lancés, pierres, feux, eauPas, silhouettes, sensations, bruits qui reviennentUne vision, une présenceVoix, convulsions, aversion pour le sacré
Vocabulaire français ancien« Petite hantise »« Grande hantise »Revenant, spectrePossession, infestation
Hypothèse de départ des enquêteursUne personne, consciemment ou nonLe bâtiment, son histoire, son environnementLa perception et la mémoireRelève d’abord de la médecine et de la foi
Les frontières ne sont pas étanches : dans les récits, un même foyer peut cumuler plusieurs catégories.

Le démon, vous l’aurez compris, n’est pas une catégorie d’enquête : c’est une lecture religieuse de certains cas, que popularisent beaucoup les films Conjuring. Je la respecte, mais elle relève de la foi, pas de ce qu’on peut vérifier. Ce qui m’intéresse ici, c’est ce que les dossiers permettent réellement d’établir.

Les signes d’un poltergeist : ce que rapportent 500 cas

Ce qui frappe quand on lit les grands recueils de cas, c’est leur ressemblance. Dès 1903, l’écrivain écossais Andrew Lang, qui admettait pourtant que la fraude était « l’explication la plus naturelle et la plus probable », s’étonnait de « l’extraordinaire uniformité » des récits, quels que soient l’époque, le pays ou le milieu. Trois quarts de siècle plus tard, on peut mettre des chiffres sur cette uniformité.

Le recueil le plus vaste reste celui d’Alan Gauld et Tony Cornell, deux chercheurs britanniques de la Society for Psychical Research (la SPR, fondée à Londres en 1882). En 1979, ils ont codé plus de soixante caractéristiques pour 500 cas, du VIᵉ siècle à 1975. Je n’ai pas pu consulter leur livre en ligne, mais ses chiffres sont repris, tableaux à l’appui, par deux publications de chercheurs que j’ai lues : Huesmann et Schriever (2022) et Williams et Ventola (2011). Voici ce qui revient le plus souvent.

Graphique en barres montrant la fréquence des phénomènes dans 500 cas de poltergeist : petits objets déplacés 64 %, coups frappés 48 %, bruits imités 43 %, gros objets 36 %, apparition 29 %, apports 22 %, portes et placards qui s'ouvrent 12 %, feux 11 %, puis les chiffres clés des collections de Roll et de l'IGPP de Fribourg
Le poltergeist en chiffres. Les deux premiers phénomènes, objets déplacés et coups frappés, dominent les trois recueils comparés. Infographie réalisée par mes soins d’après Gauld et Cornell (1979, chiffres repris par Huesmann et Schriever 2022), Roll (1977, repris par Williams et Ventola 2011) et Huesmann et Schriever (1989).

Deux choses sautent aux yeux. D’abord, le poltergeist « type » est bruyant et remue de petits objets : les meubles qui volent et les silhouettes sont nettement plus rares que ne le laissent croire les films. Ensuite, quand un moment de la journée est indiqué, c’est le soir ou la nuit dans 58 % des cas, contre 36 % le jour seulement. Autrement dit aux heures où l’on voit moins bien, où la maison craque le plus et où l’on est fatigué. Je ne dis pas que ça explique tout. Mais un enquêteur honnête doit le garder en tête.

Un adolescent au centre… mais pas toujours

Le cliché a la vie dure, et il repose sur une vraie tendance statistique. Dans les 116 cas analysés par William Roll en 1977, 79 % tournent autour d’une ou deux personnes, et l’âge médian de cette personne est de 14 ans. Dans les 54 dossiers de l’Institut de Fribourg (IGPP) étudiés par les chercheuses Huesmann et Schriever, près des deux tiers des « personnes-focus » avaient entre 10 et 15 ans au début des troubles.

Mais ce n’est pas une règle. Chez Roll, les âges vont de 8 à 70 ans ; dans les dossiers allemands, la plus jeune avait 4 ans, la plus âgée 75. À Rosenheim comme à Miami, deux des cas les plus étudiés, la personne au centre avait 18 ou 19 ans. Et contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas surtout de filles : les garçons représentent 56 % des cas allemands, et chez Roll, la proportion de filles tombe à 48 % pour la période 1950-1974. Un centre de consultation de Fribourg voit même aujourd’hui de plus en plus d’adultes, voire de personnes âgées.

Autre point qui revient souvent, et qui me paraît plus important que l’âge : le contexte. Chez Roll, 41 % des cas démarrent après un déménagement, une maladie ou un autre événement stressant. Un poltergeist est donc souvent rapporté dans un contexte de changement ou de stress.

Combien de temps dure un poltergeist ?

Rarement longtemps. La durée médiane est de 2 mois chez Roll, de 5 mois dans les dossiers de Fribourg, avec une minorité de cas qui dépassent l’année : 24 % chez Gauld et Cornell, 30 % dans les dossiers de Fribourg. Un point revient avec une régularité frappante : les phénomènes s’arrêtent souvent quand la personne au centre s’en va. À Cideville, en février 1851, ils cessent le jour où l’on éloigne les deux enfants du presbytère. À Rosenheim, le jour où la jeune secrétaire change d’emploi. Les partisans du paranormal y voient la preuve que cette personne est la « source ». Les sceptiques y voient surtout que c’était elle qui faisait le bruit. Les deux lectures sont compatibles avec les faits, et c’est bien le problème.

Et la fraude, dans tout ça ?

Elle est documentée dans une part non négligeable des dossiers. Une supercherie a été découverte dans 12 % des 247 cas les mieux documentés de Gauld et Cornell, et dans 14 % des cas de Roll (Williams et Ventola, 2011). Dans les dossiers allemands, les personnes-focus sont passées aux aveux, le plus souvent partiels, dans 26 % des cas. Les deux chercheuses de Fribourg vont même plus loin : d’après les enquêteurs qu’elles citent, presque tout cas jugé « authentique » connaîtrait aussi des phases de tricherie.

Attention toutefois à ne pas retourner l’argument. Qu’une personne triche un jour ne prouve pas qu’elle a toujours triché. Et le reste des cas n’est pas « prouvé » pour autant : il est simplement non élucidé, ce qui n’est pas du tout la même chose.

Le poltergeist subit. Le pratiquant vérifie.

Un poltergeist surgit sans prévenir et échappe à tout contrôle. La télékinésie telle que je la pratique, c’est l’inverse : la Formation vous propose des exercices guidés sur des objets très légers, et un protocole sous bocal pour écarter courants d’air, chaleur des mains et électricité statique avant de conclure quoi que ce soit.

30 exercices guidés, accès immédiat après l’inscription.

Du Moyen Âge au spiritisme : les affaires qui ont fondé la légende

Avant d’entrer dans le détail, voici les principales affaires dont je parle dans cet article, sur une seule frise, avec leur dénouement. Gardez-la sous le coude : vous verrez que la couleur rouge revient souvent.

Frise chronologique des grandes affaires de poltergeist de 858 à 2014, avec un code couleur selon leur dénouement : fraude avouée ou démontrée, explication naturelle, affaire contestée, ou jamais élucidée
Dix-huit affaires de 858 à 2014, classées selon leur issue. La mention FR signale les affaires françaises. Infographie réalisée par mes soins à partir des sources citées dans l’article.

858 : l’esprit lanceur de pierres de Kempten (et pourquoi la date de 355 est fausse)

Sur Internet, vous lirez partout que le plus ancien poltergeist connu remonte à l’an 355, à Bingen, sur le Rhin, d’après Jacob Grimm. J’ai vérifié : Grimm ne parle pas de 355, et le texte d’origine date de 858.

Il se trouve dans les Annales de Fulda, une chronique rédigée à l’époque par le moine Rudolf de Fulda. Dans un domaine appelé Caput montium, aujourd’hui Kempten, un quartier de Bingen, un « esprit malin » jette des pierres et frappe les murs des maisons « comme avec un marteau » (quasi malleo pulsando, dit le latin). Puis il se met à parler, révèle des vols, sème la discorde, et désigne un homme du village comme responsable de tous les malheurs. Chaque maison où ce malheureux entre prend feu.

L’homme, menacé par ses voisins, doit passer l’ordalie du fer rouge. Des prêtres arrivent de Mayence avec des reliques, et l’esprit lapide des villageois pendant les prières. L’affaire aurait duré trois ans. Tout le poltergeist « moderne » est déjà là : projectiles, coups, voix, feux, exorcisme raté. Sans oublier, et c’est peut-être le plus révélateur, une communauté qui se choisit un bouc émissaire.

Manuscrit médiéval en latin, ouvert, écrit à l'encre brune avec des initiales rouges
Un manuscrit du XIᵉ siècle des Annales de Fulda, conservé à la Bibliothèque humaniste de Sélestat (ouvert ici à l’année 855). C’est à l’année 858 que la chronique rapporte l’« esprit malin » de Kempten. Photo : Alexandre Dulaunoy, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 (recadrée).

Et le « 355 » ? Grimm date l’affaire de 856, d’après la Légende dorée de Jacques de Voragine, et Andrew Lang puis Frank Podmore reprennent ce 856. Le « 355 » apparaît plus tard, sans source. Mon hypothèse : une coquille (un 8 lu comme un 3, un 6 comme un 5), recopiée ensuite avec une fausse référence à Grimm. Je n’ai pas pu remonter jusqu’à sa première occurrence, donc je vous la donne pour ce qu’elle est : une hypothèse.

1662 : le tambour de Tedworth, premier poltergeist « enquêté »

L’affaire est souvent datée de 1661, mais le calendrier anglais changeait alors d’année le 25 mars : tout commence en réalité au printemps 1662. Le juge de paix John Mompesson arrête un tambour ambulant qui réclamait de l’argent avec un faux laissez-passer, et lui confisque son instrument. Quelques semaines plus tard, sa maison de Tedworth, dans le Wiltshire, résonne la nuit de roulements de tambour, de grattements et de coups. Les lits des fillettes sont secoués. On entend même une voix crier « A Witch, a Witch ».

Gravure ancienne : un démon ailé battant du tambour au-dessus du toit d'une grande maison, sous le regard d'un homme et d'une femme
Le « démon tambour » de Tedworth, détail du frontispice gravé par W. Faithorne pour Saducismus Triumphatus de Joseph Glanvill (1681). Wellcome Collection, CC BY 4.0 (image recadrée).

Le pasteur Joseph Glanvill y passe une nuit au début de 1663, entend des grattements qui répètent le nombre de coups qu’il gratte lui-même, et se dit « certain » qu’il n’y a ni erreur ni tromperie. Son récit, repris dans Saducismus Triumphatus (1681), deviendra un classique. Sauf que les historiens ont retrouvé les lettres de Mompesson : Glanvill les recopie presque mot pour mot, et il n’a été témoin que de cette seule nuit (Michael Hunter, 2005).

Les doutes existaient déjà à l’époque. Quand les envoyés du roi Charles II passent la nuit sur place, il ne se passe rien, et Glanvill l’admet. Le 15 juin 1663, Samuel Pepys note dans son journal une remarque de Lord Sandwich : le « démon » répondait à tous les airs de tambour, sauf un, qu’il ne savait pas jouer. De quoi « suspecter le tout ». L’architecte Christopher Wren aurait, lui, remarqué que le tambour ne se faisait entendre que lorsqu’une certaine servante était dans la pièce voisine. Quant au tambour, William Drury, il sera jugé pour sorcellerie… et acquitté.

1716 : « Old Jeffrey », l’esprit du presbytère des Wesley

Dans le presbytère d’Epworth, dans le Lincolnshire, vit la famille du pasteur Samuel Wesley, dont le fils John fondera plus tard le méthodisme. À partir du 1er décembre 1716, on y entend des gémissements « comme ceux d’une personne à l’agonie », des coups, un loquet qui se soulève tout seul. L’esprit frappe même pendant la prière pour le roi, au point qu’une partie de la famille le surnomme « le jacobite ». C’est une des filles, Emily, qui le baptise « Jeffrey ». Tout se calme en février 1717.

Grenier mansardé aux poutres apparentes et au plancher de bois, dans l'ancien presbytère d'Epworth
La « chambre de Jeffrey », sous les combles du presbytère d’Epworth, aujourd’hui transformé en musée. Une charpente de ce genre craque aussi très bien toute seule quand la température change. Photo : David Hillas, Geograph, CC BY-SA 2.0.

Le dossier repose sur des lettres écrites à chaud et sur le journal du père, publiés en 1791 par le chimiste Joseph Priestley. Or Priestley conclut lui-même à un tour des domestiques, aidés de quelques voisins. Deux domestiques venaient justement d’arriver, et les voisins d’en face, venus écouter plusieurs nuits, n’ont jamais rien entendu. Surtout, l’histoire grossit avec le temps : le lit soulevé n’apparaît que dans les témoignages recueillis neuf ans plus tard.

1762 : Cock Lane, le fantôme qui a fini au pilori

À Londres, un « esprit » communique par coups et grattements en présence d’une fillette de 11 ou 12 ans, et accuse un certain William Kent d’avoir empoisonné sa compagne. Tout Londres défile à Cock Lane. Une commission, dont faisait partie l’écrivain Samuel Johnson, conclut en février 1762 que l’enfant a « quelque art » de produire ces bruits. Menacée d’être envoyée en prison, la fillette est prise avec une petite planchette cachée sous son corset. Son père est condamné au pilori et à deux ans de prison pour conspiration.

Ce que presque personne ne cite, pourtant : les témoins de la planchette notent eux-mêmes que ces bruits-là « ne ressemblaient pas » à ceux qu’on entendait d’habitude. La planchette prouve une tricherie sous la menace. Elle n’explique pas forcément tout le reste. C’est un schéma qu’on va retrouver très souvent.

1848 : les sœurs Fox et les coups frappés qui ont lancé le spiritisme

Le 31 mars 1848, à Hydesville, dans l’État de New York, la famille Fox appelle les voisins : des coups résonnent dans la maison, et ils semblent répondre aux questions. Au centre, deux filles de 14 et 12 ans, Margaret et Kate (vous commencez à connaître le schéma). Leurs séances de « coups frappés » donnent naissance au spiritisme, qui lancera la vogue des tables tournantes en Europe.

Portrait lithographié de trois jeunes femmes en robes sombres, dans un médaillon ovale décoré
Les sœurs Fox en 1852 : Margaret (à gauche), Kate (au centre) et leur aînée Leah, qui organisait leurs séances. Lithographie de Nathaniel Currier, Library of Congress, domaine public.

Le récit a beaucoup gonflé avec le temps. La phrase célèbre lancée à l’esprit (« Mr. Splitfoot, do as I do ») et l’histoire du colporteur assassiné dans la cave ne figurent pas dans les déclarations signées en avril 1848 : elles apparaissent des décennies plus tard. Ces déclarations notent en revanche que les filles essayaient de produire un bruit semblable en claquant des doigts.

Dès 1851, trois médecins de Buffalo affirment que des bruits identiques peuvent être produits par l’articulation du genou. Et le 21 octobre 1888, à l’Academy of Music de New York, devant environ 2 000 personnes, Margaret Fox reconnaît publiquement la supercherie et montre que les coups venaient de ses orteils (Davenport, 1888). Elle se serait rétractée un an plus tard. Quant au « squelette » retrouvé en 1904 dans la cave, censé prouver le meurtre, il se résumait selon le médecin envoyé sur place à quelques côtes… et à des os de poulet.

Les poltergeists en France : dix affaires et leur dénouement

C’est la partie qui m’a le plus surpris. Les articles sur le poltergeist parlent presque tous d’Enfield et de Rosenheim, rarement de la France. Pourtant, les archives françaises regorgent de dossiers passionnants, avec des commissions de l’Académie des sciences, des juges de paix, des gendarmes en planque et des aveux en garde à vue. J’ai retenu dix affaires dont j’ai pu vérifier le dénouement dans des sources d’époque ou dans la presse.

AnnéeLieuCe qui était rapportéDénouement
1846La Perrière (Orne), puis ParisUne ouvrière de 14 ans, Angélique Cottin, repousserait meubles et objetsL’Académie des sciences juge les faits « non avenus » (9 mars 1846)
1849Paris, près de la SorbonnePluie de pierres sur la maison d’un charbonnier pendant des semainesJamais élucidé, malgré la police de sûreté
1850-1851Cideville (Seine-Maritime)Coups, objets qui volent autour de deux enfants au presbytèreLe juge conclut à une « cause demeurée inconnue » ; tout cesse quand on éloigne les enfants
1860Paris, rue des NoyersBûches et charbon projetés contre les vitres d’un appartementAucun coupable identifié dans les sources
1973La Machine (Nièvre)Coups dans une cloison qui « répondent » à un garçon de 11 ansGendarmes en planque, coups enregistrés, jamais élucidé
1979Séron (Hautes-Pyrénées)106 départs de feu dans une ferme en trois semainesAveux du fils et de la fille adoptive de la famille
1987-1988Vailhauquès (Hérault)Coups sourds la nuit dans une maisonRapport de gendarmerie : « phénomène naturel à caractère hydrologique »
1996Montpellier (Hérault)Phénomènes nocturnes dans un HLMEnquête zététique : aucun témoin extérieur, témoignages très fragiles
1998Delain (Haute-Saône)Cierges qui volent, statue brisée, ampoules qui éclatent dans l’égliseLe maire du village mis en examen, aveux
2014Amnéville (Moselle)Maison entièrement saccagée « par un esprit »Aveux de la propriétaire, poursuites annulées pour vice de procédure
Dix affaires françaises de poltergeist et leur issue. Sources : Comptes rendus de l’Académie des sciences, Gazette des Tribunaux, jugement du 4 février 1851, France Musique, La Dépêche, Midi Libre, L’Est Républicain, Cercle zététique (détail dans les références).

Le bilan penche nettement d’un côté, sans être tout à fait à sens unique. Sur ces dix affaires, trois se terminent par des aveux, une par une explication naturelle, une par la conclusion négative de l’Académie des sciences, une par des témoignages qui ne tiennent pas. Mais quatre restent inexpliquées, dont une surveillée par des gendarmes. Voici celles qui méritent qu’on s’y arrête, en commençant par un personnage étonnant.

Émile Tizané, le gendarme des maisons hantées

Les gendarmes connaissent d’ailleurs bien le sujet. Entre les années 1920 et 1950, un officier de gendarmerie, Émile Tizané, a rassemblé des procès-verbaux de « maisons hantées » venus de toute la France, et le ministre René Pleven a autorisé la publication de son livre, Sur la piste de l’homme inconnu (1951). En 1943, à Frontenay-Rohan-Rohan, dans les Deux-Sèvres, il veille lui-même dans une maison où les objets volent autour d’une jeune fille. À l’hôpital, celle-ci finit par faire des déclarations contradictoires, allant jusqu’à affirmer qu’elle avait tout fait volontairement. Tizané, lui, reste convaincu du contraire. Tout le problème du poltergeist tient dans cette scène.

1846 : Angélique Cottin, la « fille électrique » devant l’Académie des sciences

Le 15 janvier 1846, à La Perrière, près de Mortagne, dans l’Orne, quatre jeunes filles tissent des gants de soie à la veillée. Le guéridon de chêne qui tient leur ouvrage se met à bouger, et elles n’arrivent plus à le retenir. On raconte bientôt que l’une d’elles, Angélique Cottin, 14 ans, repousse les meubles par sa seule présence. Un médecin parisien, le Dr Tanchou, parle de « phénomènes électriques », et le physicien François Arago en personne la reçoit à l’Observatoire de Paris.

Gravure du XIXe siècle : une jeune fille fait basculer une chaise devant plusieurs savants en redingote, dans une salle remplie d'instruments scientifiques
Angélique Cottin à l’Observatoire de Paris, en février 1846, telle que l’a imaginée le dessinateur Castelli une trentaine d’années plus tard pour Louis Figuier (Les Mystères de la science). Wellcome Collection, domaine public.

Ce que disent les comptes rendus de l’Académie, que j’ai lus sur Gallica, est bien moins spectaculaire que les récits qui circulent. Le 16 février, Arago rapporte surtout des résultats négatifs : l’aiguille aimantée ne bouge pas, l’effet sur une feuille de papier n’a rien d’extraordinaire. Seules les chaises sur lesquelles la jeune fille s’assoit sont violemment repoussées. Il demande une commission, « s’il y a supercherie, on la dévoilera ».

Le 2 mars, coup de théâtre discret : Tanchou lui-même annonce qu’il a « vainement essayé » les 19 et 24 février de retrouver les manifestations qu’il croyait avoir observées. Puis, le 9 mars, la commission (Arago, Becquerel, Geoffroy Saint-Hilaire, Babinet, Rayer et Pariset) rend son rapport. Rien ne s’est produit devant elle, à part ces mouvements de chaise. Et dès qu’elle annonce vouloir vérifier « certaines manœuvres habiles et cachées des pieds ou des mains », on lui fait savoir que la jeune fille a « perdu ses facultés ». Conclusion : les communications doivent être « considérées comme non avenues ».

Pour être juste, la commission ne l’a pas prise sur le fait. Mais un « don » qui disparaît pile au moment où l’on annonce un contrôle des pieds, ça fait sourire n’importe quel pratiquant qui a déjà travaillé sous bocal. Paris, lui, en a fait un vaudeville.

1849 : la pluie de pierres de la rue des Grès, que la police n’a jamais expliquée

En janvier 1849, en plein Quartier latin, la maison d’un marchand de bois et de charbon, M. Lerible, est bombardée chaque soir de pavés et de moellons. Portes et fenêtres sont défoncées. D’après la Gazette des Tribunaux du 2 février 1849, le commissaire et le chef du service de sûreté font surveiller les lieux jour et nuit, lâchent même des chiens de garde, et ne trouvent rien. Un moellon se brise aux pieds du chef intérimaire de la sûreté, alors que des agents sont postés partout.

Gravure ancienne : devant une maison aux vitres brisées, plusieurs hommes en chapeau haut de forme se protègent d'une pluie de pierres
La maison du charbonnier Lerible sous les pierres, reconstituée vers 1880 pour Louis Figuier, qui date l’affaire de 1846. La Gazette des Tribunaux la relate en février 1849, et Lerible lui-même la datait de 1849. Wellcome Collection, domaine public.

Onze ans plus tard, le journal Le Droit affirme que le charbonnier avait été pris en flagrant délit, pour faire résilier son bail. Lerible attaque le journal en diffamation : il affirme qu’il était propriétaire de la maison depuis 1847, et que personne ne l’avait jamais mis en cause. En août 1860, Le Droit publie un rectificatif et parle d’un « fait resté mystérieux ». C’est l’un des rares cas où la version « fraude démasquée » qui circule a été retirée par sa propre source. Ça ne prouve rien de paranormal. Ça prouve seulement que l’enquête de 1849 n’a rien trouvé.

1851 : Cideville, le poltergeist qui a fini devant le juge de paix

Du 26 novembre 1850 au 15 février 1851, le presbytère de Cideville, près d’Yvetot, devient le théâtre de coups « semblables à des coups de marteau », de tables renversées et d’objets qui volent. Tout tourne autour de deux garçons de 12 et 14 ans, élevés par le curé Tinel. Le village accuse un berger, Thorel, de les avoir ensorcelés. Un jour, le curé lui donne des coups de canne. Le berger porte plainte en diffamation.

Le jugement de la justice de paix d’Yerville, rendu le 4 février 1851 et reproduit par Jules-Eudes de Mirville, est un petit bijou de prudence. Premier attendu : quelle que soit la cause des faits extraordinaires du presbytère, ce qui ressort le plus clairement des témoignages, « c’est que cette cause est demeurée inconnue ». Le berger est débouté, parce qu’il s’était lui-même vanté d’être pour quelque chose dans l’affaire. Contrairement à ce qu’on lit parfois, le juge n’a donc reconnu aucune sorcellerie. Surtout, les troubles cessent le jour où l’archevêque fait éloigner les deux enfants.

1973 : La Machine, l’esprit frappeur que les gendarmes n’ont jamais attrapé

C’est, à mes yeux, le cas français le plus troublant. En novembre 1973, à La Machine, une petite commune minière de la Nièvre, des coups réguliers résonnent chaque soir dans la cloison de la chambre d’un garçon de 11 ans. Le rituel s’installe vite : « Esprit, es-tu là ? Si tu es là, frappe un coup ! » Le mur répond. L’« esprit » répond aux questions, rythme des marches militaires, et finit même par donner des pronostics de tiercé. Les curieux affluent, et avec eux quelques charlatans.

L’adjudant Bernard Guilbert, qui commandait la brigade, raconte des années plus tard qu’une vraie enquête a été menée : des gendarmes ont été postés à l’étage, derrière la cloison, au sous-sol et dans le jardin, sans rien trouver. Il a surtout eu le réflexe d’enregistrer les coups sur son magnétophone. Ces bandes ont été diffusées en 2015 par France Musique, dans un reportage de Philippe Baudouin, et l’affaire a été racontée à nouveau par France 3 en 2024. Le gendarme y affirme qu’il n’y avait « pas de trucage ».

Alors, pourquoi je ne conclus pas au paranormal ? Parce qu’un enregistrement prouve qu’il y avait des coups, pas d’où ils venaient. Deux pistes ordinaires ont été avancées : les galeries de mine qui courent sous la commune, capables de transmettre des chocs lointains, et la présence permanente du garçon (les coups auraient cessé dès qu’on l’a éloigné). À ma connaissance, aucune n’a été démontrée. Le dossier reste donc ouvert, et c’est très bien comme ça.

1979 : les feux de Séron, ou le piège du journaliste

Plusieurs affaires récentes se sont terminées par des aveux. En août 1979, à Séron, dans les Hautes-Pyrénées, 106 départs de feu éclatent en trois semaines dans une ferme. Les télévisions accourent, Paris Match et Newsweek en font leur couverture, un « exorciste » brûle les oreillers parce que Satan se cacherait dans les plumes. Puis un journaliste de La Dépêche du Midi tend un piège : on annonce que si ça brûle à nouveau maintenant, ce sera le diable. Un feu éclate aussitôt dans la pièce voisine… juste après que des personnes sont sorties de la grande salle. Les gendarmes établissent qu’avant chaque feu, le fils de la maison ou la fille adoptive du couple, 18 ans, est passé dans la pièce. Ils avouent, sur fond de tentative d’escroquerie à l’assurance. Ce que j’ai trouvé dans La Dépêche et qu’on ne lit presque jamais : leurs aveux ne portent que sur 17 et 37 feux, soit 54 sur 106. Le fils reviendra d’ailleurs sur ses aveux au procès de 1984.

1987 : Vailhauquès, la rivière souterraine

À Vailhauquès, dans l’Hérault, c’est une cause naturelle qui a été retenue. De novembre 1987 à mars 1988, des coups sourds troublent les nuits d’une maison. La gendarmerie ne trouve rien, un parapsychologue parle de phénomène paranormal. Puis un hydrogéologue de l’équipement descend dans le puits voisin et relie les coups (jusqu’à 113 en une nuit) aux à-coups d’une eau souterraine en crue. Les bruits cessent en mars, quand le niveau baisse. Et le rapport de gendarmerie lui-même conclut que « la thèse du phénomène naturel à caractère hydrologique semble être la plus probable » (cité dans le dossier du Cercle zététique, qui s’appuie sur ce procès-verbal).

1998 et 2014 : Delain et Amnéville, des « esprits » qui avouent

À Delain, en Haute-Saône, en octobre 1998, les cierges « volent » et une statue se brise dans l’église. Le curé réunit les habitants pour prier, les médias du monde entier débarquent. C’était le maire, 32 ans, mis en examen fin octobre pour dégradations et dénonciation mensongère, qui dira avoir eu l’idée le jour où une ampoule avait éclaté toute seule (L’Est Républicain). À Amnéville, en Moselle, en 2014, une maison est retrouvée sens dessus dessous, un « esprit frappeur » est accusé. Trois semaines plus tard, la propriétaire avoue avoir tout saccagé elle-même lors d’une crise de nerfs. Les poursuites seront annulées pour un vice de procédure (elle n’avait pas pu relire ses dépositions), et non, comme on le lit parfois, en raison de son état psychologique.

Vous remarquerez que dans toutes les affaires qui ont trouvé une issue, ce n’est ni un médium ni un exorciste qui a tranché, mais une vérification patiente : un journaliste qui tend un piège, un hydrogéologue qui descend dans un puits, des gendarmes qui recoupent les allées et venues. Et quand rien n’a été trouvé, comme à La Machine, le dossier reste simplement ouvert.

Vérifier d’abord, conclure ensuite.

C’est ce qui a résolu Séron et Vailhauquès, et c’est le réflexe que la Formation vous apprend pour vos propres séances : fixer le protocole avant l’effet, éliminer courants d’air, chaleur des mains et électricité statique, puis tester sous bocal avant de conclure.

Des exercices détaillés, du débutant à l’avancé.

Seaford, Rosenheim, Enfield, Columbus : les grands dossiers relus dans leurs sources

Ce sont les quatre affaires que tout le monde cite. Plutôt que de répéter ce qu’on lit partout, je suis allé voir ce qu’avaient écrit, à l’époque, les enquêteurs eux-mêmes. Et vous allez voir que leurs propres rapports sont souvent bien plus nuancés que la légende.

Seaford (1958) : 67 incidents et un détecteur de mensonge refusé

Du 3 février au 10 mars 1958, dans un pavillon de Long Island, la famille Herrmann voit des bouteilles perdre leur bouchon vissé avec un « pop », puis se renverser, et d’autres objets tomber ou se déplacer. Un détective de la police du comté, Joseph Tozzi, est affecté à plein temps à l’affaire. Deux parapsychologues de l’université Duke, J. Gaither Pratt et William Roll, viennent enquêter : c’est dans leur rapport qu’apparaît le terme RSPK.

Leur travail est sérieux : ils comptent 67 incidents, dont 23 bouteilles débouchées, écartent les ondes radio, les vibrations, les courants d’air et les défauts de construction, et montrent qu’une pression de gaz fait fuir ou éclater une bouteille, mais ne dévisse jamais un bouchon. Pour 17 événements, la position connue des enfants (Lucille, 13 ans, et James, 12 ans) les mettait hors de cause, selon eux.

Mais la fin de l’histoire est rarement racontée. Pratt et Roll demandent que la famille passe au détecteur de mensonge. Les parents refusent d’abord pour les enfants, acceptent, puis annulent parce que les enfants s’y opposent. Les deux chercheurs publient ce refus « comme élément de preuve », qualifient eux-mêmes leur rapport d’exploratoire et non concluant, et repoussent indéfiniment la publication de leur second article. Des années plus tard, le sceptique Joe Nickell, qui a pu consulter le dossier de police, soulignera que les incidents se produisaient surtout quand le garçon était dans les parages.

Rosenheim (1967) : ce que les physiciens ont vraiment écrit

C’est le cas « scientifique » par excellence. À l’automne 1967, dans le cabinet de l’avocat Sigmund Adam, à Rosenheim, en Bavière, les lampes se balancent, les fusibles sautent et la facture de téléphone s’envole. Le psychologue Hans Bender, de l’institut de Fribourg, fait le lien avec une secrétaire de 19 ans, Annemarie Schaberl (et non « Anne-Marie Schneider », comme l’écrivent plusieurs sites français).

Photographie en noir et blanc d'un homme en costume assis à son bureau devant une bibliothèque
Hans Bender, fondateur de l’Institut für Grenzgebiete der Psychologie und Psychohygiene (IGPP) de Fribourg, photographié en 1968, l’année où il publie son rapport sur Rosenheim. Photo : Willy Pragher, Landesarchiv Baden-Württemberg, CC BY 4.0.

Bender fait venir deux physiciens, Friedbert Karger, de l’institut de physique des plasmas de Garching, et Gerhard Zicha, de l’université technique de Munich. J’ai lu leur article de 1968. Le 8 décembre 1967, entre 16 h 30 et 17 h 48, l’enregistreur de tension du cabinet trace une quinzaine de fortes déviations en leur présence, alors que leur oscilloscope, réglé pour réagir à moins de 5 volts, ne détecte aucune surtension. Même alimenté par une simple pile, l’appareil continue de dévier. Et les déviations n’apparaissent qu’aux heures de bureau, jamais le week-end, la nuit, à midi, ni quand la secrétaire est en congé.

Le téléphone est encore plus étrange. D’après les relevés du central cités par Bender, l’horloge parlante était composée quatre à cinq fois par minute, parfois quarante à cinquante fois d’affilée. Le 19 octobre 1967, un conseiller fiscal atteste par écrit que personne n’a touché l’unique appareil entre 17 h 35 et 17 h 55. Le central enregistre pourtant une vingtaine d’appels sur ce laps de temps.

Ce que les mêmes articles disent aussi

Voilà ce qu’on lit partout. Voici ce qu’on lit beaucoup moins, et qui figure pourtant dans les mêmes articles. Les physiciens reconnaissent que les déviations n’étaient presque jamais vues au moment où elles se produisaient. Ils écrivent aussi qu’un observateur ignorant le contexte conclurait plutôt, en voyant les tracés, à une plume guidée à la main. Le seul déclenchement de leur oscilloscope est venu du microphone, avec un signal qu’on ne pouvait reproduire qu’en frappant directement le micro… alors que personne n’avait rien entendu. Et le rapport complet que Bender annonçait n’a, à ma connaissance, jamais été publié.

Côté sceptique, un livre autrichien de 1969 affirme que des fils de nylon ont été retrouvés sur une lampe (je n’ai pas pu le consulter), et le journaliste néerlandais Piet Hein Hoebens rapporte en 1984 dans le Skeptical Inquirer que la jeune femme aurait été prise en flagrant délit par un policier, sans donner sa source. Les phénomènes cessent le 15 janvier 1968, quand elle change d’emploi. Mon avis : Rosenheim reste l’un des dossiers les plus intrigants, mais il est loin d’être la « preuve » qu’on présente souvent.

Enfield (1977-1979) : le plus célèbre, et le plus contesté

Fin août 1977, dans un logement social du nord de Londres, Peggy Hodgson et ses quatre enfants signalent des meubles qui bougent et des coups dans les murs. Une policière appelée sur place déclare avoir vu une chaise glisser. Deux membres de la SPR, Maurice Grosse et Guy Lyon Playfair, suivent l’affaire plus d’un an et enregistrent des heures de bandes. Tout tourne autour de Janet, 11 ans, qui parle parfois avec une voix grave d’homme, « Bill », et qu’un photographe du Daily Mirror saisit en plein vol au-dessus de son lit.

C’est aussi le dossier où les indices de tricherie sont les plus nombreux. Les photos de « lévitation » ressemblent furieusement à des sauts depuis le matelas, comme l’a relevé dès 1980 le sceptique Melvin Harris dans la revue de la SPR. C’est le même principe que les fausses lévitations du médium gallois Colin Evans, un saut figé par la photo, que je décortique dans mon article sur la lévitation. Deux chercheurs venus sur place, Anita Gregory et John Beloff, repartent sceptiques. Un physicien filme Janet dans la pièce voisine en train de tordre des cuillères à la main et d’essayer de plier une barre de fer, même s’il aurait affirmé, bien plus tard et dans un simple courriel publié sur un blog, le lui avoir demandé dans le cadre d’un « jeu ». Et en 2011, devenue adulte, Janet déclare au Daily Mail que la part de phénomènes simulés tournerait autour de « 2 % ».

Deux pour cent, c’est à la fois un aveu et une défense : elle maintient que le reste était réel. Le chercheur Michael Nahm, de l’institut de Fribourg, estime que la fraude a probablement joué un rôle plus important que ne le laisse croire le livre de Playfair. L’affaire a inspiré Conjuring 2 (2016) et une série documentaire d’Apple TV+ en 2023, construite sur plus de 250 heures d’archives sonores.

Columbus (1984) : la caméra restée allumée

En mars 1984, dans l’Ohio, les téléphones et les lampes semblent voler autour de Tina Resch, une adolescente adoptée de 14 ans. Un photographe du Columbus Dispatch publie un cliché spectaculaire d’un combiné en plein vol, repris dans le monde entier. L’illusionniste James Randi (que vous avez peut-être croisé dans mon enquête sur Uri Geller) obtient la pellicule entière. Sur 36 vues, il compte sept téléphones « volants », et le photographe reconnaît qu’il ne regardait pas la jeune fille : il détournait les yeux et déclenchait dès qu’il voyait un mouvement du coin de l’œil (Randi, 1985).

Le 8 mars, à la fin d’une visite de presse, une caméra de télévision laissée en marche filme Tina vérifier que personne ne la regarde, tirer une lampe vers elle et jouer l’effroi, deux fois. Elle dira avoir voulu se débarrasser des journalistes. William Roll, venu enquêter, conclura pourtant à un vrai cas de RSPK, en rapportant une quinzaine de mouvements d’objets en moins d’une heure, que Randi jugeait observés de façon bien trop périphérique. Les tests passés ensuite en laboratoire donneront des résultats au niveau du hasard.

Le poltergeist, une télékinésie involontaire ? Ce que dit la recherche

Pour un site comme Psytheos, c’est LA question. C’est aussi là que les raccourcis sont les plus nombreux.

L’hypothèse RSPK : une psychokinèse qui s’ignorerait

Le raisonnement de Pratt et Roll, en 1958, est simple. Le mot « poltergeist » suppose un esprit extérieur. Or les troubles tournent presque toujours autour d’une personne vivante. Pourquoi ne pas envisager que cette personne soit elle-même la source, sans le savoir, par une forme de psychokinésie (l’action supposée de l’esprit sur la matière) ? Hans Bender y ajoutera une lecture psychologique : des tensions refoulées, souvent familiales, qui s’exprimeraient de cette façon.

Roll a cherché à tester l’idée sur le terrain. En 1967, dans un entrepôt de souvenirs de Miami, il dispose des objets-cibles sur les étagères les plus « actives » autour d’un magasinier de 19 ans. D’après son propre bilan publié en 2003, dix cibles ont bougé alors que la zone était sous surveillance, dont sept fois avec le jeune homme dans son champ de vision. Il constate aussi que les incidents diminuent avec la distance au magasinier.

Je vous livre ici ma propre remarque, parce que je ne l’ai trouvée formulée nulle part : une diminution avec la distance, c’est exactement ce qu’on observerait aussi si la personne lançait elle-même les objets, puisque les plus proches sont les plus faciles à atteindre. La courbe ne permet donc pas de trancher entre les deux hypothèses.

Pour un pratiquant, l’idée a quelque chose de familier. Certains sujets célèbres, comme Nina Kulagina, associaient eux aussi leurs premiers « effets » à de fortes émotions, en l’occurrence des accès de colère. Mais une ressemblance de récit n’est pas une preuve. Si la RSPK existe, ce serait la psychokinèse dans sa forme la plus chaotique : sans intention, sans contrôle, et donc extrêmement difficile à étudier dans des conditions contrôlées.

Les quatre phases d’une affaire selon Walter von Lucadou

Le physicien et psychologue allemand Walter von Lucadou a fondé en 1989 à Fribourg un centre de conseil qui reçoit, selon les sources, de l’ordre de 3 000 demandes par an. De cette pratique, il a tiré un modèle qui ne dit rien de la nature du phénomène, mais qui décrit remarquablement bien la façon dont une affaire évolue.

Schéma en quatre étapes d'une affaire de poltergeist : surprise, déplacement de l'attention vers une personne, déclin des phénomènes sous observation, puis refoulement et silence
Les quatre phases d’une affaire, selon Walter von Lucadou. Relisez La Machine, Séron ou Enfield avec ce schéma en tête : ça fonctionne étonnamment bien. Infographie réalisée par mes soins.

Deux aveux, venus du camp des parapsychologues eux-mêmes, m’ont frappé en lisant son texte de 2000. D’abord, Lucadou rapporte que Hans Bender disait voir apparaître des manipulations dans pratiquement tous les cas pendant la phase de déclin. Ensuite, il reconnaît qu’il n’existe aucun film montrant sans ambiguïté un phénomène de ce type, alors que des vidéos ont bel et bien montré des manipulations.

Pour expliquer cette dérobade, son modèle théorique prévoit que l’effet échappe à toute documentation fiable. C’est cohérent avec ce qu’on observe. Mais c’est aussi, je vous le dis franchement, une idée presque impossible à réfuter : si la preuve disparaît, c’est que le modèle a raison, et si elle apparaissait, il faudrait l’expliquer autrement. Je m’en méfie.

Les coups frappés ont-ils une signature acoustique ?

Parmi les rares tentatives de mesure récentes, celle-ci est presque inconnue en France. En 2010, le chercheur britannique Barrie Colvin a comparé les enregistrements de coups « inexpliqués » provenant de dix affaires, d’Écosse au Brésil, dont Enfield. Selon lui, un coup ordinaire atteint son intensité maximale d’emblée, puis décroît, alors que les coups des poltergeists monteraient progressivement vers leur maximum, comme une tension qui se libère à l’intérieur du matériau.

L’idée est séduisante. Mais l’échantillon est petit et hétérogène (certains sons viennent d’un CD commercial ou d’une émission de télévision), l’analyse n’a été faite ni à l’aveugle ni par une autre équipe, et deux critiques ont depuis montré que des coups tout à fait ordinaires, frappés derrière un obstacle ou dans une pièce qui résonne, peuvent présenter le même profil (recension de la SPR, 2020). À ce stade, c’est une piste, pas une signature.

L’expérience Philip : peut-on fabriquer un esprit frappeur ?

C’est mon épisode préféré de toute l’histoire du poltergeist. En 1972, à Toronto, huit membres d’une société de recherche psychique inventent de toutes pièces un fantôme : Philip, un aristocrate anglais du XVIIᵉ siècle à la biographie tragique. Pendant un an, ils méditent autour de lui. Rien.

Puis ils changent de méthode, en s’inspirant du psychologue britannique Kenneth Batcheldor : ambiance détendue de séance à l’ancienne, chansons, plaisanteries, en pleine lumière. Au bout de quelques séances, la table vibre, des coups répondent aux questions (un pour oui, deux pour non), et la table se met à glisser, voire à « danser ». Le plus drôle : Philip « répond » avec les propres erreurs historiques du groupe, celles qu’ils avaient glissées sans le savoir dans son histoire.

Faut-il y voir la preuve qu’un groupe peut produire des phénomènes par la seule croyance ? Pas si vite. Les mains des participants étaient posées sur la table, et je n’ai trouvé aucun contrôle strict publié. L’explication la plus simple reste l’effet idéomoteur, ces micro-mouvements involontaires démasqués par Faraday dès 1853. Batcheldor admettait lui-même que ce genre d’artefact pouvait « amorcer » la croyance du groupe. Ce que l’expérience montre à coup sûr, c’est la facilité avec laquelle un groupe sincère fabrique un esprit qui lui ressemble.

Ce que la recherche permet d’affirmer aujourd’hui

J’ai cherché une méta-analyse ou une revue systématique consacrée aux poltergeists. Je n’en ai trouvé aucune. Les synthèses les plus récentes sont des revues narratives : un répertoire d’environ 1 250 cas publié en 2024 dans le Journal of Scientific Exploration, et une revue de 66 études sur l’environnement des maisons dites hantées, publiée en 2020 dans Frontiers in Psychology, dont les résultats sont surtout nuls, ou faibles et incohérents.

Voici donc la formulation la plus juste que je puisse vous proposer. La littérature rassemble des milliers de récits aux régularités nettes : une personne souvent jeune au centre, une durée de quelques mois, des phénomènes qui déclinent quand on les observe de près. Mais je n’ai trouvé aucun phénomène physique de poltergeist enregistré dans des conditions contrôlées, puis reproduit par une équipe indépendante. Les rares mesures instrumentales sont isolées, contestées ou, à ma connaissance, jamais répliquées.

Les explications naturelles : ce qui imite le mieux un poltergeist

Si les dossiers paranormaux restent maigres, les explications ordinaires sont, elles, bien documentées. Elles ne rendent pas compte de tout, mais elles en expliquent beaucoup.

La supercherie, souvent (mais pas toujours) celle d’un enfant

En 1896, le chercheur britannique Frank Podmore passe au crible onze affaires étudiées sur place par la SPR. Dans cinq d’entre elles, une tricherie a été repérée ou avouée. Dans huit cas, la personne au centre est une jeune fille, dans trois un jeune garçon. Il en conclut que la seule explication dont on ait des preuves valables est la supercherie. Au passage, sa célèbre formule sur la « vilaine petite fille » (naughty little girl) ne figure pas dans cet article de 1896 : il ne l’emploie que deux ans plus tard.

Plus d’un siècle après, l’enquêteur sceptique américain Joe Nickell parle d’un véritable « syndrome du faux poltergeist » : une personne, souvent jeune, qui a discrètement accès aux lieux et un mobile (attirer l’attention, exprimer un conflit, s’amuser, puis ne plus savoir comment arrêter). Selon lui, le mécanisme le plus courant est le « jet différé » : on subtilise un objet, puis on le lance au moment où plus personne ne regarde. Mais attention au cliché : à Séron, à Delain, à Amnéville, ce sont des adultes qui étaient en cause.

Et parfois, le bruit vient littéralement du corps. Le 12 juin 1854, devant l’Académie des sciences, le physiologiste Moritz Schiff démontre que les coups attribués aux esprits frappeurs peuvent être produits par le glissement répété d’un tendon derrière la cheville (le long péronier). Il refait l’expérience en pleine séance : le « frappement » s’entend à plusieurs mètres, alors que ses pieds, bien en évidence, semblent immobiles (Comptes rendus, t. 38). Trente-quatre ans plus tard, Margaret Fox expliquera ses propres coups de la même façon.

Les bruits de la maison : tuyaux, charpentes, rivières souterraines

En 1955, le chercheur britannique Guy Lambert remarque que près de la moitié des 54 cas qu’il étudie se situent à moins de cinq kilomètres d’eaux soumises aux marées, et imagine des maisons « travaillées » par les eaux souterraines. Alan Gauld et Tony Cornell lui répondent que ces forces ne peuvent pas faire voler des objets : en faisant vibrer une vraie maison, ils constatent que les petits objets ne bougent que lorsque tout le bâtiment tremble fortement. Mais ils concèdent un point important : par temps anormalement humide ou sec, une maison peut émettre d’étranges bruits, faciles à prendre pour des facéties d’esprit (JSPR, 1961).

C’est exactement ce qu’on a vu à Vailhauquès avec la rivière souterraine. Et la liste des coupables ordinaires est longue : coups de bélier dans la plomberie quand un robinet se ferme, tuyaux de chauffage qui se dilatent, bois qui travaille le soir quand la température baisse, rongeurs dans les cloisons. Je connais ce piège en miniature : pendant plusieurs séances de télékinésie, j’ai cru à des « résultats » avant de comprendre que mon objet réagissait tout simplement aux vibrations du bureau quand je bougeais sur ma chaise. Si une chaise suffit à tromper un pratiquant attentif, imaginez une maison entière, la nuit, avec la peur en plus.

Le monoxyde de carbone : l’étrange hiver de la famille H.

Voici l’explication la plus surprenante, et de loin la plus dangereuse. En 1921, l’ophtalmologiste américain William Wilmer publie dans l’American Journal of Ophthalmology le récit d’une mère de famille, Mme H., qui vivait avec les siens dans une grande maison construite vers 1870, éclairée au gaz. Pendant l’hiver 1912-1913 : des pas dans des pièces vides, des sonnettes, des portes qui claquent, des fracas nocturnes, l’impression d’être observé. Mme H. voit un homme et une femme au pied de son lit alors qu’elle se sent paralysée. Les domestiques se sentent « écrasés » la nuit, les enfants sont pâles, les plantes meurent.

Détecteur de monoxyde de carbone blanc fixé au mur, avec un écran affichant zéro
Si vous pensez vivre un poltergeist, un détecteur de monoxyde de carbone adapté vous sera plus utile qu’une séance de médium. Photo : Pano38, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Un beau-frère finit par soupçonner une intoxication. Un spécialiste découvre que la vieille chaudière rejette ses fumées à l’intérieur de la maison. Si le cas a fini dans une revue d’ophtalmologie, c’est d’ailleurs parce que l’un des enfants a gardé des séquelles aux yeux. C’est un cas unique, et il n’explique pas des objets qui volent devant des témoins extérieurs. Mais il rappelle une chose essentielle : maux de tête, fatigue inhabituelle, nausées, vertiges et troubles du comportement sont les signes d’une intoxication au monoxyde de carbone, un gaz invisible et inodore.

Le cerveau qui complète : sommeil, suggestion et contagion

Une bonne partie des récits de poltergeist se produisent le soir ou la nuit, un contexte où plusieurs sources de confusion deviennent justement plus plausibles. La paralysie du sommeil, cet état où l’on se réveille sans pouvoir bouger, s’accompagne souvent d’une présence ressentie, de bruits ou de pressions sur la poitrine. Selon une revue de 35 études portant sur plus de 36 000 personnes, 7,6 % de la population l’a vécue au moins une fois (Sharpless et Barber, 2011).

La suggestion fait le reste. En 1996, les psychologues James Houran et Rense Lange ont demandé à deux personnes de tenir pendant un mois le journal des événements « typiques » des hantises, dans un logement qui n’avait aucune réputation de ce genre. Elles ont fini par rapporter des épisodes dignes d’un petit poltergeist (Houran et Lange, 1996). Et en 2009, à Londres, l’équipe de Chris French a exposé 79 volontaires à des infrasons et à des champs électromagnétiques dans une pièce spéciale. Beaucoup ont ressenti quelque chose… qu’ils aient été exposés ou non (French et al., 2009). Ces études expliquent des ressentis, pas des dégâts constatés par des tiers. Mais elles montrent à quel point une maison « dont on parle » change la façon dont on l’écoute.

Vous pensez vivre un poltergeist chez vous ? Mes conseils

Si vous lisez ces lignes parce que ça se passe chez vous en ce moment, commencez par écarter les risques les plus concrets. Dans les dossiers que j’ai étudiés, le danger le plus immédiat n’est généralement pas le « poltergeist » lui-même, mais ce qu’on risque de lui attribuer à tort : le monoxyde de carbone, le feu, un problème électrique, la panique, et la tentation de désigner un coupable dans la famille. Voici dans quel ordre je vous conseille de procéder.

Liste illustrée de huit vérifications à faire chez soi avant de parler de poltergeist : monoxyde de carbone, plomberie, bois, animaux, électricité, vibrations, sommeil et personnes, puis quatre conseils pour documenter
Huit vérifications, dans l’ordre, en commençant par la seule qui peut être dangereuse. Infographie réalisée par mes soins.
  1. Écartez d’abord le monoxyde de carbone. En cas de doute ou de symptômes, la consigne officielle est simple : aérez, arrêtez si possible les appareils à combustion, sortez et appelez le 15, le 18 ou le 112 (info.gouv.fr). Si vous n’avez pas déjà de détecteur de monoxyde de carbone adapté, équipez-vous, et faites contrôler toute installation à combustion suspecte (chaudière, poêle, conduits).
  2. Passez la maison au crible. Plomberie, chauffage, charpente, animaux, appareils programmés, vibrations venues de l’extérieur : chaque cause banale écartée vaut mieux qu’une hypothèse de plus.
  3. Tenez un journal. Date, heure, pièce, ce qui s’est passé, qui était présent et où. Au bout de quelques jours, des régularités apparaissent souvent, et elles sont très parlantes.
  4. Filmez en continu, pas en réaction. Une caméra fixe qui tourne en permanence vaut cent vidéos prises au moment où « ça recommence ». Et invitez un témoin extérieur, calme et neutre.
  5. Parlez-en, sans accuser. Si un adolescent semble au centre des événements, ne le traitez ni en suspect ni en médium. Un poltergeist accompagne souvent une période difficile : sur 1 465 personnes reçues par le service de conseil de l’IGPP de Fribourg, 32 % venaient pour des phénomènes de type poltergeist ou apparitions (Fach et al., 2013), et l’institut indique que plus des trois quarts de ses consultants rencontrent aussi des difficultés sociales, de santé ou psychologiques.
  6. Faites-vous aider par des gens sérieux. Votre médecin d’abord. En France, le CIRCEE, à Lyon, réunit depuis 2009 des psychologues cliniciens qui reçoivent les personnes confrontées à des expériences qu’elles jugent paranormales, sans les ridiculiser ni les conforter à tout prix.
  7. Méfiez-vous des « nettoyeurs ». Toute personne qui vous promet de « purifier » votre maison contre de l’argent profite de votre peur. Si vous êtes croyant, un prêtre ou un responsable religieux de votre communauté vous recevra, en principe, sans vous présenter de facture.

Le film Poltergeist (1982) : histoire vraie, vrais squelettes et fausse malédiction

Si c’est le film qui vous amène, le voici. Poltergeist est réalisé par Tobe Hooper, coécrit et produit par Steven Spielberg, et sort en 1982. La famille Freeling voit sa maison d’un lotissement californien envahie par des esprits qui entrent en contact avec la petite Carol Anne par l’écran de la télévision, avant de l’enlever.

Le film Poltergeist est-il une histoire vraie ?

Non, pas d’après ce qu’on sait. Beaucoup de sites affirment que le film s’inspire de l’affaire de Seaford (1958), dont je vous ai parlé plus haut. Je n’ai trouvé aucune déclaration de Spielberg ou des scénaristes qui le confirme. La parenté la plus nette est ailleurs : l’épisode « Little Girl Lost » de La Quatrième Dimension (1962), écrit par Richard Matheson, où une fillette disparaît dans une autre dimension depuis sa chambre et où ses parents l’entendent sans la voir. Matheson a lui-même relevé la ressemblance.

Les squelettes de la piscine étaient-ils vrais ?

Oui, et c’est sans doute le seul élément « réel » de la légende. Dans une déposition faite sous serment fin 1982, le maquilleur Craig Reardon a déclaré avoir acheté une douzaine de véritables squelettes chez un fournisseur de matériel scientifique. L’actrice JoBeth Williams, qui tournait la scène au milieu d’eux, a raconté les avoir crus en plastique (Snopes).

La « malédiction » de Poltergeist

Elle repose sur des drames bien réels, mais sans mystère. Dominique Dunne, qui jouait la fille aînée, meurt en novembre 1982, à 22 ans, étranglée par son ex-compagnon. Heather O’Rourke, la petite Carol Anne, meurt en février 1988, à 12 ans, des complications d’une occlusion intestinale, quelques mois avant la sortie du troisième film. Deux acteurs du deuxième volet, Julian Beck et Will Sampson, meurent aussi avant 1988, l’un d’un cancer, l’autre des suites d’une greffe. Sur une trilogie qui a mobilisé des centaines de personnes, ces décès sont tragiques, mais chacun a une cause connue. La « malédiction », c’est surtout notre tendance à relier ce qui nous frappe et à oublier le reste.

Côté actualité, un remake réalisé par Gil Kenan est sorti en 2015, et une série tirée de l’univers du film est en développement chez Amazon MGM Studios depuis 2023, avec deux showrunners nommés en août 2024. À ma connaissance, aucune date de sortie n’avait été annoncée à la fin septembre 2026.

Mon avis sur le poltergeist

Je ne regarde pas ces histoires de haut. Enfant, je dévorais tout ce qui touchait aux fantômes et aux esprits avec mon père, et nous avons même fait nos propres essais d’enregistrement de voix, avec plus de questions que de réponses à l’arrivée. À 14 ans, j’ai vécu un épisode que je n’explique toujours pas (je le raconte dans l’histoire de Psytheos). Ce n’était pas un poltergeist, mais je sais ce que c’est que de vivre quelque chose qu’on ne comprend pas, et d’avoir besoin qu’on vous écoute avant qu’on vous explique.

Cela dit, ce dossier m’a plutôt renforcé dans une conviction. Quand on retourne aux sources, une grande partie des affaires les plus célèbres perd beaucoup de son mystère : aveux, caméra, chaudière, rivière souterraine, tendon de cheville. D’autres, comme La Machine ou Rosenheim, restent troublantes, sans que rien n’y soit démontré. Ma position est donc simple. Je ne pense pas que les poltergeists soient l’œuvre d’esprits. Je ne peux pas exclure qu’une petite partie des cas relève d’autre chose que de la fraude ou de causes naturelles, mais rien de ce que j’ai lu ne le démontre, et ce n’est pas à moi de combler ce vide avec mes convictions de pratiquant.

Ce qui m’intéresse vraiment, en revanche, c’est le contraste avec ma propre pratique. Le poltergeist, s’il relevait un jour de la psychokinèse, en serait la forme la plus désordonnée : involontaire, émotionnelle, invérifiable. La télékinésie telle que je la pratique depuis plus de quinze ans, c’est l’inverse : un objet très léger, un esprit calme, un bocal, un carnet, et le réflexe de chercher d’abord la cause banale. Ce n’est pas un super-pouvoir qu’on subit, c’est une pratique qu’on choisit et qu’on vérifie. Et si le poltergeist enseigne une chose au pratiquant, c’est celle-ci : ce qui bouge tout seul ne prouve rien tant qu’on ne l’a pas vérifié.

Passez du côté de l’expérimentateur.

Un poltergeist, on le subit. La télékinésie, on peut l’explorer volontairement, séance après séance : exercices guidés du débutant à l’expert, objectifs hebdomadaires, erreurs à éviter et repères anti-illusion, bocal compris.

Accès immédiat, sans abonnement.

Questions fréquentes sur le poltergeist

Sources et références : comment j’ai trié les documents

Sur le poltergeist, beaucoup de sites se recopient, erreurs comprises. J’ai donc classé les sources que j’ai utilisées selon leur nature : documents d’époque, travaux des enquêteurs parapsychologues, critiques et explications naturelles, presse sur les affaires françaises, et culture populaire. Une source d’époque dit ce que les témoins affirmaient, pas forcément ce qui s’est passé : à vous de leur accorder le poids qu’elles méritent. Dernière vérification des liens : septembre 2026.

1. Documents d’époque et sources historiques

Kurze, F. (éd.) (1891). Annales Fuldenses, année 858, MGH, Scriptores rerum Germanicarum 7, p. 51-53. archive.org.
Le texte original de l’« esprit malin » de Kempten, près de Bingen. La date de 355 qui circule en ligne n’a aucun fondement.

Glanvill, J. (1668). A Blow at Modern Sadducism, Londres, p. 93-136. Scan ; Hunter, M. (2005). « New Light on the Drummer of Tedworth ». Historical Research 78, p. 311-353. PDF.
Le récit de Tedworth, puis sa relecture historique à partir des lettres de Mompesson.

Pepys, S. Journal, 15 juin 1663. pepysdiary.com.
Le doute de Lord Sandwich sur le « démon » de Tedworth.

Priestley, J. (éd.) (1791). Original Letters by the Rev. John Wesley and his Friends, p. 117-166. archive.org.
Les lettres et le journal d’Epworth (1716-1717), et la conclusion de Priestley.

The Gentleman’s Magazine, février 1762, p. 81-82. archive.org.
Le compte rendu de la séance de Cock Lane, attribué à Samuel Johnson.

Crowe, C. (1848). The Night Side of Nature, vol. II, p. 239. archive.org ; Grimm, J. et W., Deutsches Wörterbuch, t. 13, entrée « Poltergeist ». DWDS.
L’histoire du mot en anglais et en allemand.

Kardec, A. (1861). Le Livre des médiums, chap. V et XI. Gallica.
La définition spirite des « Esprits frappeurs ».

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences, t. 22 (1846) : séances des 16 février, 2 mars et 9 mars 1846 ; Tanchou (1846), Enquête sur l’authenticité des phénomènes électriques d’Angélique Cottin.
L’affaire Angélique Cottin, lue directement dans les comptes rendus de l’Académie.

Mirville, J.-E. de (1853). Des esprits et de leurs manifestations fluidiques, p. 329-341 et 459-460. archive.org.
Le récit de Cideville et le texte du jugement de la justice de paix d’Yerville (4 février 1851). Auteur partisan : seul le jugement a valeur de document neutre.

Gazette des Tribunaux, 2 et 3 février 1849. PDF (ENAP) ; rectificatif du Droit repris par La Presse, 9 août 1860. Gallica.
La pluie de pierres de la rue des Grès, et le retrait de la version « fraude du propriétaire ».

Comptes rendus de l’Académie des sciences, t. 38, séance du 12 juin 1854, p. 1063-1064. Gallica.
Moritz Schiff reproduit les coups des « esprits frappeurs » avec un tendon de la cheville.

Davenport, R. B. (1888). The Death-Blow to Spiritualism. Projet Gutenberg ; Journal of the American Society for Psychical Research, vol. 3, mars 1909, p. 191. archive.org.
Les aveux de Margaret Fox (1888) et le « squelette » de 1904.

Podmore, F. (1896). « Poltergeists ». Proceedings of the SPR 12, p. 45-115. archive.org ; Lang, A. (1903). « The Poltergeist, Historically Considered ». Proceedings of the SPR 17, p. 305-326. archive.org.
Le premier grand débat entre la thèse de la fraude et celle du mystère.

2. Travaux des enquêteurs et chercheurs en parapsychologie

Pratt, J. G., & Roll, W. G. (1958). « The Seaford disturbances ». Journal of Parapsychology 22, p. 79-124. archive.org.
L’enquête de Seaford et la naissance du terme RSPK. Les auteurs jugent leur rapport non concluant.

Gauld, A., & Cornell, A. D. (1979). Poltergeists. Londres, Routledge & Kegan Paul.
Les 500 cas. Livre non consulté directement : ses chiffres sont vérifiés dans les tableaux 1 et 2 de Huesmann et Schriever (2022) et dans Williams et Ventola (2011), qui citent les pages d’origine.

Roll, W. G. (1977). « Poltergeists ». In B. B. Wolman (dir.), Handbook of Parapsychology, p. 382-413 ; Roll, W. G. (2003). « Poltergeists, electromagnetism and consciousness ». Journal of Scientific Exploration 17, p. 75-86. PDF.
L’analyse des 116 cas (chiffres vérifiés dans Williams et Ventola 2011 et Huesmann et Schriever 2022) et le bilan de Miami par Roll lui-même.

Bender, H. (1968). « Der Rosenheimer Spuk ». Zeitschrift für Parapsychologie 11, p. 104-112. UB Freiburg ; Karger, F., & Zicha, G. (1968). « Physikalische Untersuchung des Spukfalles in Rosenheim 1967 ». Même revue, p. 113-131. UB Freiburg.
Les articles originaux de Rosenheim, lus en allemand.

Huesmann, M., & Schriever, F. (1989, trad. 2022). « Wanted: The Poltergeist ». Journal of Anomalistics 22, p. 76-135. PDF.
Les 54 dossiers de l’IGPP de Fribourg : âge, sexe, durée, aveux.

Williams, B., & Ventola, A. (2011). Poltergeist Phenomena: A Primer on Parapsychological Research and Perspectives. Public Parapsychology. PDF.
Synthèse comparant les collections de Roll, de l’IGPP et de Gauld et Cornell (fraude découverte, âge, durée).

Lucadou, W. von (2000). « Spuk ». PDF ; Pohl, S., & Lucadou, W. von (2019). « RSPK 4.0 ». Zeitschrift für Anomalistik 19, p. 300-325. DOI.
Le modèle des quatre phases et l’évolution récente des profils.

Fach, W., et al. (2013). « A comparative study of exceptional experiences of clients seeking advice and of subjects in an ordinary population ». Frontiers in Psychology 4:65. DOI.
32 % des 1 465 consultants du service de conseil de l’IGPP viennent pour des phénomènes de type poltergeist ou apparitions.

Colvin, B. (2010). « The acoustic properties of unexplained rapping sounds ». Journal of the SPR 74, p. 65-93 ; recension critique sur le site de la SPR (2020). spr.ac.uk.
L’analyse acoustique des coups et ses critiques. Article original non consulté directement.

Owen, I. M., & Sparrow, M. (1976). Conjuring Up Philip: An Adventure in Psychokinesis. Toronto, Fitzhenry & Whiteside.
L’expérience Philip, d’après ses auteurs. Aucun contrôle strict publié.

Dullin, E. (2024). « A detailed phenomenology of poltergeist events ». Journal of Scientific Exploration 38, p. 427-460. DOI ; Nahm, M. (2019), recension de The Enfield Poltergeist Tapes. Journal of Scientific Exploration 33. DOI.
Une synthèse récente de la phénoménologie, et un regard critique venu du camp parapsychologique sur Enfield.

3. Critiques, enquêtes sceptiques et explications naturelles

Randi, J. (1985). « The Columbus poltergeist case: Part I ». Skeptical Inquirer 9(3), p. 221-235. skepticalinquirer.org.
La photo du téléphone « volant » et la vidéo de la lampe.

Hoebens, P. H. (1983-1984). « Sense and nonsense in parapsychology ». Skeptical Inquirer 8(2), p. 121-132. PDF.
Les critiques du dossier de Rosenheim. L’accusation de fraude qu’il rapporte n’est pas sourcée.

Nickell, J. (2012). « Enfield Poltergeist ». Skeptical Inquirer 36(4), p. 12-14. PDF ; Brennan, Z., Daily Mail, 28 octobre 2011. dailymail.co.uk.
La lecture sceptique d’Enfield, et l’entretien où Janet évoque « 2 % » de phénomènes simulés.

Lambert, G. W. (1955). « Poltergeists: a physical theory ». Journal of the SPR 38, p. 49-71. archive.org ; Cornell, A. D., & Gauld, A. (1961). « The geophysical theory of poltergeists ». Journal of the SPR 41, p. 129-147. archive.org.
La théorie des eaux souterraines, sa réfutation, et la concession sur les bruits des maisons.

Wilmer, W. H. (1921). « Effects of carbon monoxid upon the eye ». American Journal of Ophthalmology 4, p. 73-90. archive.org.
Le cas de la famille H. et de sa chaudière défectueuse.

Sharpless, B. A., & Barber, J. P. (2011). « Lifetime prevalence rates of sleep paralysis: a systematic review ». Sleep Medicine Reviews 15, p. 311-315. DOI.
7,6 % de la population générale.

Houran, J., & Lange, R. (1996). « Diary of events in a thoroughly unhaunted house ». Perceptual and Motor Skills 83, p. 499-502. DOI ; French, C. C., et al. (2009). « The « Haunt » project ». Cortex 45, p. 619-629. DOI.
Le rôle de la suggestion dans les ressentis de hantise.

Dagnall, N., et al. (2020). « Things that go bump in the literature ». Frontiers in Psychology 11:1328. DOI.
Revue de 66 études sur l’environnement des lieux dits hantés : résultats surtout nuls.

« Intoxication au monoxyde de carbone : les gestes qui sauvent », info.gouv.fr. Lien.
La consigne officielle française en cas de doute.

4. Affaires françaises : presse et enquêtes

France Musique, Le Cri du Patchwork, « Virages (2) : De l’étrange », 4 juillet 2015, reportage de Philippe Baudouin. radiofrance.fr ; France Culture, La Nuit des fantômes (4/10), 30 août 2020. radiofrance.fr.
Le témoignage de l’adjudant Bernard Guilbert et les enregistrements de La Machine (1973).

France 3 Bourgogne-Franche-Comté, 30 octobre 2024. Article ; Wiki58, page « La Machine ». gennievre.net.
Le récit de l’affaire de La Machine et les hypothèses avancées.

Atchouel, G., La Dépêche du Midi, 24 août 2009. ladepeche.fr ; Le Petit Journal, 6 août 2019. lepetitjournal.net.
Les feux de Séron (1979), le piège du journaliste et les aveux.

Puech, L., Cercle zététique, dossiers « La maison hantée de Vailhauquès » et « Un poltergeist à Montpellier ? ». Vailhauquès, Montpellier.
Deux enquêtes sceptiques, la première fondée sur le rapport de gendarmerie. Source engagée, mais documentée.

L’Est Républicain, 12 août 2022. estrepublicain.fr ; AFP, via Midi Libre, 12 novembre 2014. midilibre.fr.
Delain (1998) et Amnéville (2014).

Tizané, É. (1951). Sur la piste de l’homme inconnu. Paris, Amiot-Dumont. Notice BnF ; Baudouin, P. (2016). « Archives maudites ». Socio-anthropologie 34. OpenEdition ; Le Petit Parisien, 2 décembre 1943. Gallica.
Le gendarme des maisons hantées, et l’affaire de Frontenay-Rohan-Rohan (1943).

5. Le film et la culture populaire

Snopes, « ‘Poltergeist’ Featured Real Skeletons as Movie Props? ». snopes.com ; Snopes, « Poltergeist Deaths ». snopes.com.
Les squelettes réels et la « malédiction ».

Variety, août 2024. variety.com ; Apple TV+, communiqué de septembre 2023. apple.com.
La série en développement chez Amazon MGM Studios, et la série documentaire sur Enfield.

Larousse en ligne, « poltergeist ». larousse.fr.
La définition du dictionnaire.

✍️ Une question, un doute, une expérience ?

Racontez, même si rien ne s'est passé. Je réponds à chacun.

  • Votre email reste confidentiel, jamais publié.
  • Un pseudo suffit, personne n'est obligé de donner son vrai nom.
  • Les sceptiques sont les bienvenus. Un doute argumenté vaut mieux qu'un compliment.
  • Trois lignes suffisent, davantage aussi.