Une femme en robe blanche qui lévite dans les airs, les pieds ne touchant pas le sol.

Lévitation : ce qui est réel, ce qui est truqué – Guide complet

La lévitation, c’est le fait pour un corps de rester en suspension dans l’air, sans aucun contact ni support, parce qu’une force vient compenser exactement son poids. Voilà la définition courte. Et pourtant, elle contient déjà tout le problème.

Parce que quand on tape lévitation directement dans Google, on veut surtout savoir trois choses : est-ce que ça existe vraiment, comment ça fonctionne, et comment faire la différence entre un phénomène réel et une mise en scène bien huilée.

Avant d’entrer plus dans les détails. Oui, la lévitation existe et elle est effectivement démontrée en laboratoire depuis des décennies : aimants, ultrasons, lasers, supraconducteurs. Non, aucune lévitation d’un corps humain « par la seule pensée » n’a jamais été validée dans un protocole sérieux. Et une bonne partie de ce que vous avez vu en vidéo relève, en réalité, de l’illusionnisme, parfois vieux de 130 ans.

Ces trois affirmations sont vraies en même temps, aussi étrange que ça puisse paraître. C’est exactement ce qui rend le sujet passionnant, et c’est aussi pour cela que tant d’articles racontent n’importe quoi sur le sujet.

Dans ce guide, je vous donne la définition précise, les 7 procédés physiques qui font réellement léviter de la matière, les cas historiques les plus discutés, les méthodes exactes des illusionnistes, les faux positifs que presque tout le monde confond avec de la lévitation, et 3 expériences que vous pouvez faire chez vous ce week-end. C’est parti !

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Qu’est-ce que la lévitation ?

La lévitation désigne l’état d’un corps maintenu en suspension stable au-dessus du sol, sans contact solide, grâce à une force qui compense la gravité.

Pour que l’on puisse parler de lévitation au sens strict, trois conditions doivent être réunies en même temps :

  • D’abord, une force ascendante qui annule le poids. Sans elle, l’objet tombe, c’est aussi simple que ça.
  • Ensuite, aucun contact mécanique avec un support. Sinon on est dans de la pose, du calage ou de la suspension, pas dans de la lévitation.
  • Enfin, un équilibre stable. Si vous poussez légèrement l’objet et qu’il revient à sa place, c’est stable. S’il s’échappe, ce n’était qu’un équilibre de hasard qui dure une fraction de seconde.

Et c’est cette troisième condition qui pose le vrai problème. Parce que produire une force qui pousse vers le haut, franchement, ce n’est pas très compliqué. La faire tenir toute seule, sans que l’objet parte sur le côté au bout de deux dixièmes de seconde, ça c’est autre chose. On y reviendra avec le théorème d’Earnshaw, qui est probablement la notion la plus utile de tout cet article.

Lévitation, vol, suspension, antigravité : ne confondons pas tout

C’est une confusion que je rencontre en permanence, et elle explique 80 % des malentendus sur le sujet. Pourtant, ces quatre mots ne désignent absolument pas la même chose.

  • La lévitation : un corps immobile ou quasi immobile, en équilibre, sans contact. Une goutte d’eau qui reste figée entre deux haut-parleurs à ultrasons, par exemple, c’est de la lévitation.
  • Le vol : un déplacement contrôlé dans l’air, avec une dépense d’énergie continue et généralement une propulsion. Autrement dit, un hélicoptère vole, il ne lévite pas.
  • La suspension : l’objet est tenu par quelque chose (un fil, une tige, un support caché). Visuellement c’est identique, mais physiquement ça n’a rien à voir. C’est d’ailleurs 90 % des « lévitations » que vous voyez sur les réseaux.
  • L’antigravité : l’idée d’annuler ou d’inverser la gravité elle-même. Aucune expérience n’a jamais montré quoi que ce soit de ce genre. La lévitation, au contraire, ne supprime pas la gravité : elle la compense. La nuance est fondamentale.

Retenez bien ce dernier point, car une grenouille qui flotte dans un aimant subit exactement la même gravité que vous et moi. Elle est simplement poussée vers le haut avec la même intensité. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est de la comptabilité de forces.

D’où vient le mot « lévitation » ?

Le mot vient du latin levitas, qui signifie « légèreté », et de levis, « léger ». Le verbe anglais to levitate apparaît dès le XVIIe siècle avec le sens de « s’élever par légèreté ».

En revanche, le nom levitation ne s’installe vraiment qu’au XIXe siècle, dans les cercles spirites anglais, construit par symétrie avec gravitation. L’idée était limpide : si la gravitation fait tomber, la lévitation fait monter. C’est joliment trouvé, même si physiquement ça ne veut rien dire.

Ce détail d’étymologie n’est d’ailleurs pas anecdotique. Il montre que le mot a été forgé dans un contexte spirite avant d’être récupéré par la physique. D’où l’ambiguïté permanente qui l’accompagne encore aujourd’hui.

Les trois familles de lévitation (et pourquoi tout le monde les mélange)

Avant d’aller plus loin, je vous propose donc une grille de lecture que je trouve indispensable. Il existe en effet trois familles de lévitation, et elles ne se jugent absolument pas avec les mêmes critères.

FamilleStatutExemplesCe qu’il faut vérifier
Lévitation démontréeProuvée, reproductible, publiéeDiamagnétisme, supraconductivité, acoustique, optique, maglevRien, ça marche à la demande
Lévitation revendiquéeRapportée, jamais validée en protocole strictSaints, médiums, yogis, « vol yogique »Conditions d’observation, témoins, reproductibilité
Lévitation fabriquéeVolontairement trompeuse (ou artistique)Balducci, fils d’acier, montage vidéo, IAAngle, hors champ, matériel fourni par qui ?
Les trois familles de lévitation. La confusion entre la colonne 1 et la colonne 2 fait vendre des formations douteuses, tandis que la confusion entre la colonne 2 et la colonne 3 fait fermer le dossier trop vite.
Infographie comparant les trois familles de lévitation : démontrée, revendiquée et fabriquée, avec leurs exemples respectifs
Gardez cette grille sous les yeux pendant toute votre lecture, car elle évite 90 % des confusions sur le sujet. Infographie réalisée par mes soins.

Petite précision pour ceux qui découvrent le sujet : la lévitation dite « psychique » appartient à la grande famille de la psychokinésie, c’est-à-dire l’action supposée de la conscience sur la matière sans contact. Je détaille toute cette famille de phénomènes dans mon guide complet sur la télékinésie, donc je ne vais pas le refaire ici. Concentrons-nous plutôt sur la lévitation proprement dite.

La lévitation que la physique démontre : 7 procédés qui fonctionnent vraiment

Voici la partie que 90 % des articles français sur le sujet oublient totalement. Pourtant c’est la plus solide, et de très loin.

La lévitation n’est pas une hypothèse : c’est désormais une technologie. On la fabrique tous les jours dans des laboratoires, dans des usines pharmaceutiques et même dans des trains de voyageurs.

Infographie des 7 procédés physiques de lévitation, de 1842 à 2017 : Earnshaw, Meissner, pinces optiques, Levitron, diamagnétisme, maglev, lévitation acoustique
Les sept grandes dates de la lévitation réelle. Toutes ces méthodes sont en fait des façons de contourner le verrou posé par Earnshaw en 1842. Infographie réalisée par mes soins.

1. Le théorème d’Earnshaw (1842), l’obstacle que personne ne mentionne

Commençons par le plus important. En 1842, le mathématicien britannique Samuel Earnshaw démontre en effet quelque chose de terriblement embêtant : il est impossible de maintenir un objet en équilibre stable uniquement avec des forces électrostatiques ou des aimants permanents « durs », dans un champ statique.

Autrement dit : posez un aimant au-dessus d’un autre aimant, dans n’importe quelle configuration, il basculera toujours sur le côté. Toujours. Ce n’est pas une question d’habileté ou de réglage, c’est mathématiquement interdit.

Et c’est précisément pour cela que la lévitation est intéressante. Parce que toutes les techniques qui fonctionnent aujourd’hui sont, littéralement, des façons de contourner Earnshaw. Il y en a quatre principales, à savoir :

  • Le diamagnétisme, parce que ces matériaux se comportent comme des « anti-aimants » et sortent du cadre du théorème.
  • La supraconductivité, qui verrouille littéralement les lignes de champ.
  • La rotation, qui stabilise l’objet par effet gyroscopique.
  • L’asservissement électronique, enfin, où un capteur corrige la position des milliers de fois par seconde.

Gardez ces quatre portes de sortie en tête, car on va les retrouver une par une.

2. La lévitation diamagnétique : la grenouille qui a valu un Ig Nobel

C’est mon exemple préféré, et de loin.

Tous les matériaux réagissent à un champ magnétique. L’eau, le bois, le plastique, le graphite et… les êtres vivants sont diamagnétiques : ils sont très légèrement repoussés par un champ magnétique. Cette réaction est cependant des milliards de fois plus faible que celle du fer, ce qui explique qu’on ne la remarque jamais dans la vie courante.

Sauf si le champ devient monstrueux.

En 1997, dans le laboratoire des champs magnétiques intenses de l’université de Nimègue, aux Pays-Bas, le physicien Andre Geim verse un peu d’eau dans le tube d’un électroaimant de 16 teslas. Les gouttes se mettent alors à flotter. Il pousse ensuite le test plus loin, place une grenouille vivante dans le tube, et l’animal se met tranquillement à léviter, parfaitement indemne.

Grenouille vivante en lévitation diamagnétique dans un électroaimant de 16 teslas à Nimègue
La grenouille en lévitation diamagnétique dans un champ de 16 teslas, à Nimègue : elle n’a subi aucun dommage. Photo : Lijnis Nelemans, High Field Magnet Laboratory, Radboud University Nijmegen (CC BY-SA 3.0).

La photo paraît en avril 1997 dans Physics World. Beaucoup de lecteurs pensent alors à un poisson d’avril. Pourtant, ce n’en était pas un. Andre Geim et le physicien Michael Berry publient la théorie complète la même année dans l’European Journal of Physics, sous le titre absolument délicieux « Of flying frogs and levitrons ».

De l’Ig Nobel au vrai prix Nobel

Le duo reçoit le prix Ig Nobel de physique en 2000, cette récompense humoristique qui distingue les recherches « qui font d’abord rire, puis réfléchir ». Et voilà le détail que j’adore raconter : dix ans plus tard, en 2010, le même Andre Geim recevait le vrai prix Nobel de physique pour ses travaux sur le graphène. Il reste à ce jour la seule personne au monde à détenir les deux.

Donc oui. Un être vivant a bel et bien lévité, dans un laboratoire, devant témoins, de façon reproductible. Ce n’est ni du spiritisme ni de la magie, c’est du magnétisme.

3. La lévitation supraconductrice : effet Meissner et ancrage de flux

Refroidissez certaines céramiques en dessous d’une température critique, généralement avec de l’azote liquide à moins 196 °C, et elles deviennent supraconductrices. Elles expulsent alors totalement le champ magnétique de leur volume : c’est l’effet Meissner, découvert en 1933 par Walther Meissner et Robert Ochsenfeld.

Aimant en lévitation au-dessus d'un supraconducteur refroidi à l'azote liquide par effet Meissner
Un aimant en lévitation stable au-dessus d’un supraconducteur refroidi à l’azote liquide. Photo : Mai-Linh Doan (CC BY-SA 3.0).

Mais le plus intéressant vient avec les supraconducteurs dits de type II. Là, quelques lignes de champ parviennent à traverser le matériau et s’y trouvent piégées : on appelle ça l’ancrage de flux, ou flux pinning. L’objet ne flotte alors plus seulement au-dessus de l’aimant, il est verrouillé dans les trois dimensions.

Concrètement, vous pouvez retourner le dispositif à l’envers, le disque reste accroché dans le vide. Vous pouvez également le pencher à 45 degrés, il reste bloqué dans cette position.

C’est cette démonstration, présentée par le chercheur Boaz Almog de l’université de Tel-Aviv en 2011, qui a fait le tour du monde et qu’on appelle un peu abusivement « lévitation quantique ».

Si vous n’avez jamais vu cette vidéo, franchement, allez la regarder. C’est probablement le spectacle de lévitation le plus impressionnant qui existe, et il est parfaitement réel.

4. La sustentation électromagnétique : des trains qui ne touchent pas le rail

Voici la preuve la plus massive, la plus banale et la plus ignorée : des milliers de personnes prennent un véhicule en lévitation chaque jour, sans y penser une seule seconde.

Train à sustentation magnétique Transrapid de Shanghai en gare
Le Transrapid de Shanghai, en service commercial depuis 2004, circule à 431 km/h sans jamais toucher son rail. Photo : Max Talbot-Minkin (CC BY 2.0).

Deux exemples valent le détour :

  • Le Transrapid de Shanghai relie la ville à l’aéroport de Pudong à 431 km/h en pointe. Pour cela, il utilise un asservissement électronique qui corrige l’écart au rail des milliers de fois par seconde. C’est la quatrième porte de sortie du théorème d’Earnshaw.
  • Le SCMaglev japonais L0 a établi le 21 avril 2015 le record du monde de vitesse sur rail, à 603 km/h, sur la voie d’essai de Yamanashi. Il utilise, quant à lui, des bobines supraconductrices.

Donc la prochaine fois que quelqu’un vous dit que « la lévitation, c’est impossible », vous pouvez répondre qu’une rame entière de plusieurs dizaines de tonnes lévite à 600 km/h au Japon. En général, ça calme le débat.

5. La lévitation acoustique : quand le son porte une goutte d’eau

Celle-là, je la trouve poétique. Placez deux émetteurs à ultrasons face à face, à la bonne distance. Les ondes se croisent et forment ainsi une onde stationnaire, avec des nœuds de pression répartis toutes les demi-longueurs d’onde. Un petit objet placé dans un de ces nœuds y reste alors piégé, immobile, en l’air.

Dispositif de lévitation acoustique utilisé pour la recherche pharmaceutique au laboratoire d'Argonne
Un lévitateur acoustique utilisé pour la recherche pharmaceutique. Les gouttes restent suspendues dans les nœuds de pression d’une onde stationnaire. Photo : ENERGY.GOV / Argonne National Laboratory (domaine public).

Ce n’est pas un gadget. Le laboratoire national d’Argonne, aux États-Unis, s’en sert pour étudier des molécules pharmaceutiques sans contenant, parce que le contact avec les parois d’un tube fausse la cristallisation. Pas de récipient, donc pas de contamination.

Et depuis 2017, n’importe qui peut d’ailleurs en fabriquer un. Les chercheurs Asier Marzo, Adrian Barnes et Bruce Drinkwater ont publié dans Review of Scientific Instruments le plan complet du TinyLev, un lévitateur acoustique open source à 72 transducteurs de 40 kHz, piloté par une carte Arduino, pour une consommation de 10 watts. Il fait léviter de l’eau, des billes de silice, des composants électroniques et même de petits insectes.

Comptez entre 50 et 100 euros de matériel, et j’y reviens plus bas dans la partie pratique.

6. La lévitation optique : un laser qui tient une bille (prix Nobel 2018)

La lumière exerce une pression. Très faible, mais réelle.

En 1970, aux laboratoires Bell, le physicien américain Arthur Ashkin démontre qu’un faisceau laser focalisé peut piéger et déplacer des particules microscopiques. Dès 1971, il fait carrément léviter de petites sphères de verre dans l’air. Ce sont les fameuses « pinces optiques ».

Puis en 1987, il piège des bactéries vivantes sans les abîmer, ce qui ouvre un champ entier en biologie cellulaire. Et en 2018, à 96 ans, Arthur Ashkin reçoit le prix Nobel de physique pour ces travaux. Il était alors le plus vieux lauréat de l’histoire du prix.

On va désormais beaucoup plus loin : des équipes font léviter des nanoparticules sous vide et les refroidissent jusqu’à leur état quantique fondamental. La lévitation est donc devenue un outil de recherche fondamentale à part entière.

7. Lévitation aérodynamique, électrostatique et « lifters »

Trois procédés plus discrets, mais qui complètent le tableau :

  • La lévitation aérodynamique : un flux de gaz maintient un échantillon en l’air. On s’en sert notamment en science des matériaux pour fondre des échantillons à très haute température sans creuset.
  • La lévitation électrostatique : un champ électrique intense, asservi électroniquement, maintient un échantillon chargé. La NASA et la JAXA l’utilisent par exemple pour mesurer des propriétés de métaux en fusion.
  • Les « lifters » ou ionocrafts : une haute tension ionise l’air et crée un vent électrique qui soulève une structure ultralégère. C’est l’effet Biefeld-Brown. Et non, ce n’est pas de l’antigravité, contrairement à ce que raconte une bonne partie d’internet. C’est de la propulsion à air, tout simplement.

8. Bonus : la toupie qui flotte pendant deux minutes

Je la mets à part parce qu’elle mérite son paragraphe. Dans les années 1970, un inventeur du Vermont nommé Roy Harrigan s’obstine à vouloir faire léviter un aimant permanent au-dessus d’un autre, alors que plusieurs physiciens lui expliquent gentiment que c’est impossible (bonjour Earnshaw).

Il y arrive quand même, et obtient un brevet américain le 3 mai 1983. Son astuce : faire tourner l’aimant du haut, car la rotation stabilise l’ensemble par effet gyroscopique. C’est ensuite devenu le jouet commercialisé sous le nom de Levitron.

La morale de cette histoire me plaît beaucoup : parfois, l’entêtement d’un bricoleur vaut mieux qu’un théorème mal interprété. Earnshaw avait raison, mais Harrigan avait trouvé la porte de sortie.

Et si c’était vous qui faisiez bouger quelque chose ?

La grenouille, les trains, les lasers, c’est la lévitation des laboratoires. Mais l’envie qui vous a fait taper « lévitation » dans Google, c’est probablement une autre : voir un objet bouger devant vous, sans le toucher. Savez-vous que cette discipline existe et elle porte un nom, la télékinésie.

Enseignements et exercices guidés, du niveau débutant au niveau expert.

Peut-on faire léviter un être humain ?

C’est la question que tout le monde se pose, alors je vais y répondre précisément en donnant un maximum de détails. Depuis de nombreuses années les réponses à cette question sont restées très vagues.

Ce que dit la physique

Sur le principe physique : oui, c’est possible. Un corps humain est composé à environ 60 % d’eau, donc il est diamagnétique, exactement comme la grenouille de Nimègue. De fait, il n’existe aucune loi de la physique qui interdise de faire léviter une personne dans un champ magnétique suffisant.

Sur le plan pratique : non, et ce n’est pas près d’arriver. En fait, le problème n’est pas l’intensité du champ, c’est le volume. L’aimant de Nimègue avait un tube de 32 millimètres de diamètre. Pour y loger un adulte, il faudrait un tube d’environ un mètre, en maintenant le même champ.

L’énergie stockée, la masse de cuivre, le refroidissement et le coût explosent alors dans des proportions déraisonnables. Personne n’a donc jamais construit une telle machine, et personne n’a de raison sérieuse de le faire.

L’astrophysicien John Barrow (à ne pas confondre avec l’écrivain) a d’ailleurs eu une formule que je trouve très juste : rien dans les lois physiques n’interdit formellement qu’un corps s’élève spontanément, mais la probabilité est si astronomiquement faible qu’elle n’a aucune signification pratique. Autrement dit, ce n’est pas « interdit », c’est simplement « jamais ».

Et par la seule force de l’esprit ?

Concernant une lévitation humaine obtenue par la seule intention mentale : à ce jour, aucun cas n’a jamais été validé dans un protocole reproductible, filmé en continu, en présence d’observateurs formés à l’illusionnisme. Aucun.

Et ce n’est pas juste mon avis de chercheur prudent. L’Institut Métapsychique International, fondé en 1919 et reconnu d’utilité publique en 1923, c’est-à-dire l’organisme français qui étudie ces phénomènes depuis plus d’un siècle, tient exactement la même position.

Les effets spectaculaires comme la lévitation sont si faciles à truquer qu’il est difficile de leur accorder une confiance totale, et seuls de rares déplacements de petits objets présentent à leurs yeux un début de crédibilité. Ils laissent certes la question du « grand effet » officiellement ouverte. Mais quand l’organisme le plus ouvert au sujet vous répond ça, pour moi, le débat sur la lévitation humaine est à peu près réglé.

La lévitation dans les traditions spirituelles

Cela dit, si le sujet traverse toutes les cultures depuis deux mille ans, ce n’est pas un hasard. Voyons ce que racontent réellement les sources, et non ce qu’en font les vidéos YouTube.

Les siddhi de l’Inde et la « légèreté »

Dans le Yoga-Sûtra de Patanjali, texte fondateur dont la datation reste débattue (les spécialistes le situent quelque part entre le IIe siècle avant notre ère et le IVe siècle), le troisième chapitre est consacré aux vibhuti, les pouvoirs qui apparaîtraient sur le chemin. On y trouve une formule souvent citée : la maîtrise du souffle udāna permettrait de ne pas adhérer à l’eau, à la boue et aux épines, et de s’élever.

Parmi les huit siddhi classiques figure aussi laghiman, la « légèreté ». Et c’est là qu’il faut être précis, parce que la traduction change tout. Selon les commentateurs, laghiman désigne soit une lévitation physique, soit une sensation intérieure de légèreté extrême. Les deux lectures coexistent d’ailleurs dans la tradition depuis toujours.

Détail que je trouve capital : Patanjali lui-même considère ces pouvoirs comme des obstacles sur le chemin, pas comme des objectifs. Le texte qui sert le plus souvent à vendre la lévitation est aussi celui qui met le plus en garde contre elle. C’est assez ironique.

De même, dans la tradition tibétaine, on retrouve des récits similaires autour de Milarepa, yogi du XIe siècle, décrit comme capable de voler d’un ermitage à l’autre. Là encore, ce sont des textes hagiographiques, pas des comptes rendus d’observation.

Les saints chrétiens : Joseph de Cupertino, le cas le plus documenté

Si un seul cas mérite qu’on s’y attarde, c’est celui-là. Je suis tombé dessus « par hasard » durant mes recherches à la bibliothèque Universitaire.

Gravure ancienne représentant la lévitation de Joseph de Cupertino, le frère volant
Gravure représentant une lévitation de Joseph de Cupertino, surnommé « le frère volant ». Photo : Helvio ricina (CC BY-SA 4.0).

Joseph de Cupertino (1603-1663) est un frère franciscain conventuel italien, réputé lent d’esprit, longtemps rejeté par ses supérieurs. Il devient ensuite célèbre pour ses « extases » durant lesquelles il se serait élevé du sol, parfois plusieurs minutes, en poussant un cri.

Ce qui rend son dossier particulier, ce n’est pas le nombre de témoins, c’est la nature de la procédure. L’Église a en effet mené une enquête canonique entre 1664 et 1695, avec dépositions sous serment. Le procès en canonisation, achevé en 1767 sous Clément XIII, retient environ 70 épisodes de lévitation attestés.

Alors soyons lucides. Certes, une enquête canonique du XVIIe siècle n’est pas un protocole scientifique. Les témoins étaient croyants, la procédure cherchait à établir une sainteté, pas à falsifier une hypothèse, et personne à l’époque ne pensait à fouiller une soutane ou à contrôler l’éclairage.

Mais je dois reconnaître une chose, honnêtement : c’est probablement l’ensemble de témoignages le plus fourni et le plus formellement recueilli de toute l’histoire du sujet. Ça ne prouve rien, mais ça mérite quand même mieux qu’un haussement d’épaules.

Petite parenthèse amusante pour terminer : Joseph de Cupertino est aujourd’hui le saint patron des aviateurs, des passagers aériens et… des étudiants en difficulté.

Thérèse d’Avila, la mystique qui suppliait qu’on la retienne

Thérèse d’Avila (1515-1582) décrit elle-même ses épisodes dans son autobiographie, le Livre de la Vie. Elle y raconte notamment que son corps se soulevait pendant les raptos, ces ravissements spirituels.

Et voici le détail qui me fascine : elle demandait aux autres religieuses de la maintenir au sol. Non pas par humilité de façade, mais parce que ça la gênait profondément. Elle trouvait le phénomène embarrassant, voulait qu’il cesse, et priait pour ne plus l’avoir en public.

Vous voyez le contraste avec les influenceurs actuels qui cherchent la caméra ? C’est exactement l’inverse. Ce n’est évidemment pas une preuve, mais c’est un indice de sincérité que je trouve difficile à balayer d’un revers de main.

On cite également Padre Pio (1887-1968) pour des phénomènes similaires, mais là, la documentation est nettement plus faible et beaucoup plus tardive. Je préfère donc le mentionner sans m’y attarder.

Le « vol yogique » : ce que c’est vraiment

Passons enfin au cas moderne le plus commercial.

Dans les années 1970, le mouvement de la Méditation Transcendantale fondé par Maharishi Mahesh Yogi lance le programme TM-Sidhi, qui inclut ce qu’il appelle le « vol yogique ». Des photos spectaculaires circulent : des pratiquants en tailleur, apparemment suspendus au-dessus du sol.

La réalité est pourtant plus terre-à-terre. Ce qu’on observe, ce sont des pratiquants assis en lotus qui effectuent des bonds, propulsés par les muscles des cuisses et du tronc, sur un matelas de mousse épaisse. En fait, les photos sont prises au sommet du bond. Il n’y a pas de suspension, pas de stationnaire, pas de descente au ralenti.

Les partisans du mouvement présentent d’ailleurs eux-mêmes cette phase comme la « première étape sur trois », les deux suivantes (suspension puis vol) n’ayant jamais été démontrées publiquement par qui que ce soit.

Je ne dis pas que ces pratiques n’apportent rien. Sauter en lotus demande une sacrée coordination, et la méditation qui l’accompagne a probablement des bénéfices réels. Mais appeler ça de la lévitation, non. Le mot est détourné, et ce détournement dessert finalement tout le domaine.

Les 5 cas historiques les plus discutés

Maintenant, entrons dans les dossiers. J’ai retenu les cinq qui reviennent systématiquement, et je vous donne à chaque fois ce qui plaide pour et ce qui plaide contre.

Daniel Dunglas Home et la fenêtre d’Ashley House (1868)

Gravure d'époque montrant le médium Daniel Dunglas Home s'élevant au-dessus du sol devant témoins
Gravure d’époque représentant une lévitation de Daniel Dunglas Home. Les séances se déroulaient presque toujours dans une lumière très faible, ce qui reste le point faible du dossier. Source de l’image : Domaine public.

Daniel Dunglas Home (1833-1886) est le médium le plus célèbre de l’ère victorienne. Il aurait fait léviter des tables, des accordéons, et surtout lui-même.

Sa démonstration la plus fameuse a lieu le 13 décembre 1868 à Londres. Selon trois témoins de la haute société britannique (Lord Adare, le Master of Lindsay et le capitaine Wynne), Home serait sorti par une fenêtre du troisième étage, aurait flotté à l’extérieur, puis serait rentré par une autre fenêtre.

Ce qui plaide pour : Home n’a jamais été pris en flagrant délit de fraude, malgré des dizaines d’années de carrière et d’innombrables accusations. Ni Houdini ni les magiciens de son temps n’ont reproduit ses effets dans les mêmes conditions, alors qu’ils l’ont juré publiquement.

Ce qui plaide contre : les trois récits se contredisent sur des points sérieux. Adare parle d’abord du troisième étage puis du premier. Lindsay estime la hauteur à 85 pieds alors qu’elle était de 35 à 40 pieds. On ne sait d’ailleurs même pas avec certitude à quelle adresse la scène s’est déroulée.

Et la largeur du rebord extérieur varie selon les témoins entre un pouce et demi et quatre pouces. Lorsque trois personnes racontent la même scène avec de tels écarts, ce n’est plus un témoignage, c’est une reconstruction.

Mon avis personnel : c’est le cas le plus intrigant du XIXe siècle, et pourtant il reste inexploitable comme preuve. Les deux choses sont vraies.

Eusapia Palladino : la médium prise la main dans le sac

Eusapia Palladino (1854-1918), médium napolitaine, a fasciné une partie de l’Europe savante avec ses lévitations de tables.

Photographie d'époque d'une séance d'Eusapia Palladino, la table soulevée du sol devant plusieurs observateurs
Une séance d’Eusapia Palladino, table soulevée devant plusieurs observateurs. Regardez bien sous la table : c’est exactement là que se jouait l’affaire. Photo : H. Mairet, domaine public.

Le problème, c’est qu’elle a été surprise à tricher à plusieurs reprises, notamment à Cambridge en 1895 puis lors des séances américaines de 1909-1910. Sa méthode favorite : libérer discrètement un pied pour soulever le bord de la table.

Ce que je retiens surtout de son dossier, c’est une leçon générale : certains chercheurs ayant constaté la fraude ont continué à défendre l’authenticité d’autres séances. Pourtant, ce raisonnement ne tient franchement pas.

En effet, dès qu’un sujet est convaincu de fraude sur un point, tout ce qui a été observé dans des conditions comparables devient inutilisable. C’est exactement la logique que j’applique aussi bien à Palladino qu’aux figures modernes, comme je l’explique dans mon enquête sur le cas Uri Geller.

Subbayah Pullavar et la photo de 1936

Le 6 juin 1936, dans le sud de l’Inde, le yogi Subbayah Pullavar est photographié en position horizontale, apparemment suspendu à environ un mètre du sol, devant environ 150 personnes. En plein jour, ciel dégagé, midi.

Les clichés sont ensuite publiés par l’Illustrated London News, pris par un témoin nommé Plunkett, qui affirme avoir examiné la scène sous plusieurs angles.

Sauf qu’il y a un détail que tout le monde voit et que presque personne ne relève : le yogi a la main posée sur un bâton drapé de tissu. Plunkett le mentionne d’ailleurs lui-même. Un bâton vertical, recouvert d’étoffe, sur lequel repose une main. Autrement dit, la configuration classique d’un support en porte-à-faux dissimulé.

Il existe par ailleurs des versions de ce tour dans le répertoire des fakirs de rue depuis des générations. Je considère donc personnellement ce cas comme réglé.

Colin Evans : la lévitation la plus mal truquée de l’histoire

Celle-ci, je l’adore, parce qu’elle est une leçon de méthode à elle toute seule.

Colin Evans, médium gallois, organise à la fin des années 1930 des séances de lévitation à Londres, notamment à Wortley Hall en 1937 et au Rochester Square Spiritualist Temple. Les séances se déroulent dans le noir complet. Puis un flash éclate soudainement, et la photo montre Evans en l’air, à un bon mètre du sol.

Impressionnant… jusqu’à ce qu’on regarde ses mains. Sur pratiquement toutes les photos, un fil sort de sa main gauche. Ce fil déclenchait en fait le flash. Evans choisissait donc lui-même l’instant exact de la prise de vue, c’est-à-dire le sommet de son saut. Détail supplémentaire : ses pieds sont systématiquement flous, ce qui trahit le mouvement.

Il ne lévitait pas : il sautait de sa chaise dans le noir, en déclenchant lui-même l’appareil photo. Et pourtant, ça a fonctionné pendant des années.

La leçon à retenir est intemporelle : celui qui contrôle l’instant de l’observation contrôle le résultat. En 1937 c’était un fil dans la main ; en 2026, c’est un montage vidéo, un ralenti ou un recadrage. Le principe n’a pas changé d’un millimètre.

Le tour de la corde indienne : un canular de journal

Tout le monde connaît l’histoire : un fakir lance une corde en l’air, elle se raidit, un enfant y grimpe et disparaît.

Le chercheur Peter Lamont, de l’université d’Édimbourg et ancien président du cercle magique d’Édimbourg, a fait un travail que je trouve remarquable sur ce dossier. Sa conclusion, publiée dans The Rise of the Indian Rope Trick, est nette : il n’existe aucune mention fiable de ce tour avant 1890.

L’origine, c’est un article non signé du Chicago Tribune, rédigé par le journaliste John Elbert Wilkie, racontant le voyage en Inde d’un certain Fred Ellmore, étudiant à Yale. Personnage entièrement inventé. Quatre mois plus tard, le journal reconnaît publiquement le canular.

Trop tard : l’histoire avait déjà fait le tour du monde, et des magiciens se sont ensuite mis à créer des versions scéniques… inspirées d’un tour qui n’avait jamais existé. Une légende née d’une blague de rédaction, devenue « tradition millénaire ». C’est tout de même vertigineux.

Comment on fabrique une lévitation : les 6 méthodes des illusionnistes

Passons donc au concret. C’est probablement la partie la plus utile de tout cet article, parce qu’une fois que vous connaissez ces méthodes, vous ne regardez plus jamais une vidéo de la même façon.

Affiche ancienne de l'illusionniste Harry Kellar présentant le numéro de la princesse Karnac suspendue dans les airs
Affiche de Harry Kellar (vers 1894) pour sa célèbre « lévitation de la princesse Karnac ». La lévitation scénique a plus de 130 ans, pourtant les méthodes n’ont presque pas changé. Domaine public.

1. La lévitation Balducci (celle de la rue)

C’est LA méthode que vous avez vue cent fois sans le savoir.

Elle a été publiée pour la première fois en juillet 1974 par Ed Balducci dans The Pallbearers Review, sous le nom d’« Impromptu Levitation ». Balducci précise d’ailleurs lui-même qu’elle lui avait été montrée par Erwin Levine.

Le principe est d’une simplicité désarmante. Tout d’abord, le magicien se place de trois quarts dos par rapport au public. Ensuite, il se dresse sur la pointe du pied le plus éloigné, celui que les spectateurs ne voient pas, et lève simultanément l’autre pied et le talon visible. Vu du bon angle, les deux pieds semblent alors quitter le sol de deux ou trois centimètres.

Contraintes : petit groupe, angle précis, durée de deux à quatre secondes maximum. C’est exactement ce que David Blaine a popularisé dans son émission Street Magic en 1997.

Et voici le détail que je trouve savoureux : dans l’émission, on voit systématiquement la réaction des passants, mais jamais l’effet en plan large et continu. Ce n’est pas un hasard de montage.

2. Les fils d’acier (celle de la scène)

La lévitation la plus spectaculaire du monde est aussi la mieux documentée, parce que son concepteur a déposé un brevet.

Le numéro « Flying » de David Copperfield, créé en 1992, a été conçu par le constructeur d’illusions John Gaughan, qui en a décrit le fonctionnement dans le brevet américain n° 5 354 238. Le dispositif repose sur deux éventails de fils très fins, d’environ 0,25 millimètre, supportant chacun une dizaine de kilos, fixés à un harnais porté sous les vêtements au niveau des hanches, donc près du centre de masse.

Le tout est ensuite relié à un gréement piloté par ordinateur qui maintient la tension en permanence. C’est notamment ce qui permet les rotations, le salto arrière et le passage des cerceaux.

Précision importante, et je le dis sans ironie : Copperfield n’a jamais prétendu qu’il s’agissait d’autre chose que d’une illusion. Le problème ne vient jamais des magiciens qui annoncent la couleur, mais de ceux qui utilisent les mêmes méthodes en jurant que c’est réel.

3. La lévitation de scène classique (Kellar, Asrah)

La « lévitation de la princesse Karnac » de Harry Kellar, popularisée dès 1894, repose sur un bras mécanique dissimulé derrière un décor et un jeu de tapis et d’éclairages. L’illusion Asrah, créée par Servais Le Roy en 1902, utilise quant à elle une forme métallique légère substituée au corps sous un tissu.

Ce sont des chefs-d’œuvre d’ingénierie théâtrale qui ont plus d’un siècle. Et pourtant, ils restent nettement plus convaincants que 99 % de ce qui circule sur TikTok.

4. Le « yogi flottant » des rues touristiques

Vous l’avez forcément croisé à Paris, Barcelone ou Bangkok. Un personnage en tenue traditionnelle, assis en tailleur au-dessus du sol, une main tenant un bâton.

Le mécanisme est un simple porte-à-faux : une plaque d’assise reliée à une armature métallique qui descend dans le bâton, lequel repose sur un socle plat caché sous le tapis. Le poids passe donc intégralement par le bras et le bâton. Le kit se vend en ligne pour une centaine d’euros.

Et vous remarquerez, si vous y prêtez attention, que c’est exactement la même configuration que la photo de Subbayah Pullavar de 1936. Comme quoi.

5. Le montage vidéo et les angles

Coupe invisible, ralenti, recadrage serré, plan fixe sur trépied avec substitution, arrêt sur image au sommet d’un saut. Rien de tout cela ne demande de compétence particulière aujourd’hui : un adolescent motivé produit en une heure une vidéo de lévitation qui trompe la majorité des gens.

6. L’IA générative (le vrai problème de 2026)

Et là, je vais être direct : nous sommes entrés dans une époque où une vidéo n’est plus une preuve de quoi que ce soit.

Entre les outils génératifs, les retouches automatiques et les modèles vidéo grand public, une séquence de douze secondes montrant une personne en lévitation ne vaut désormais strictement rien. Ce n’est pas du cynisme, c’est l’état de l’écosystème.

Ce qui vaut quelque chose, en revanche, c’est un plan continu, non coupé, en lumière constante, avec du matériel fourni par un tiers, et un observateur qui connaît les techniques de scène. Le reste, c’est du contenu.

Ma grille de lecture face à une vidéo de lévitation

Voici les six questions que je me pose systématiquement. Elles sont adaptées spécifiquement à la lévitation et, en plus, elles éliminent l’essentiel des mises en scène sans avoir besoin d’être expert.

  1. Voit-on les deux pieds, en entier, sous tous les angles ? Si un pied sort du cadre ou reste dans l’ombre, c’est probablement un Balducci.
  2. Combien de temps dure l’effet ? Deux à trois secondes, c’est la signature d’une illusion d’angle ; une vraie suspension, en revanche, ça reste.
  3. Y a-t-il une ombre portée cohérente ? Une ombre au sol trahit immédiatement une hauteur réelle, ou son absence.
  4. La caméra bouge-t-elle autour du sujet, en continu ? Un travelling à 360 degrés sans coupure élimine presque tous les supports cachés.
  5. Qui a fourni le décor, le tapis, le vêtement ? Si c’est celui qui lévite, méfiance immédiate.
  6. Est-ce reproductible à la demande ? Pas « quand l’énergie est bonne », mais maintenant, dans un lieu choisi par quelqu’un d’autre.

Si une seule de ces six questions reste sans réponse, alors vous n’avez rien vu. C’est exactement le raisonnement que j’applique dans mon analyse du dossier Jean-Pierre Girard : quand le cadre se ferme, l’effet disparaît. Ce schéma est bien trop constant pour être un hasard.

Infographie des 6 questions à se poser devant une vidéo de lévitation pour repérer une mise en scène
Enregistrez cette grille sur votre téléphone, car elle vous servira bien plus souvent que vous ne le pensez. Infographie réalisée par mes soins.

Envie de voir un objet bouger pour de vrai ?

Vous venez de voir les critères qui séparent une démonstration d’une preuve. Maintenant, imaginez la même exigence appliquée à votre propre pratique : un objet sous bocal en verre, zéro courant d’air, aucune chaleur de main, et un mouvement qui se répète devant vous. Si la lévitation vous a mené jusqu’ici, c’est avec la Télékinésie que tout commence.

Zéro promesse de lévitation : des protocoles vérifiables, exercice après exercice.

Les faux positifs que presque tout le monde prend pour de la lévitation

Attention, on arrive à la partie que je considère comme la plus précieuse. Parce qu’ici, il ne s’agit plus de tricherie volontaire, mais de choses parfaitement réelles… qui ne sont simplement pas ce que l’on croit.

Le jeu « léger comme une plume, raide comme une planche »

Tout le monde y a joué en colonie ou en soirée pyjama. Une personne allongée au sol, quatre ou cinq autres autour, chacune glissant deux doigts sous un membre. On répète la formule, et le corps se soulève, comme si son poids avait disparu.

L’explication est purement arithmétique, et elle est jolie. Prenez par exemple un adulte de 60 kilos. Répartissez-le ensuite sur cinq personnes, soit dix mains. Chaque main soulève donc 6 kilos, moins qu’un sac de courses.

Et pourquoi le premier essai échoue-t-il toujours ? Parce que tout le monde rigole et que personne ne soulève au même instant. Dès que la synchronisation est bonne, ça monte tout seul. La « magie » du jeu, c’est en réalité un exercice de coordination collective.

Ce n’est donc pas de la lévitation. Il y a contact, il y a effort musculaire, il y a une force appliquée. Mais l’impression subjective de légèreté, elle, est parfaitement authentique. Et c’est exactement ce qui rend ce genre d’expérience si trompeur.

La lévitation du bras en hypnose : réelle, reproductible, et pas du tout paranormale

Voici un phénomène qui porte littéralement le nom de « lévitation » dans la littérature clinique, qui est enseigné dans toutes les écoles d’hypnose depuis les années 1940, et dont presque personne ne parle sur les sites qui traitent du sujet.

La lévitation du bras (ou lévitation de la main) est un phénomène hypnotique classique, décrit notamment par Lewis Wolberg dans Medical Hypnosis en 1946 et largement utilisé par Milton Erickson comme technique d’induction. Le sujet observe sa main, on suggère une sensation de légèreté, puis la main se soulève sans commande volontaire consciente, souvent par petites saccades.

Le mécanisme, c’est l’effet idéomoteur : une représentation mentale d’un mouvement suffit à déclencher une contraction musculaire minuscule, en dessous du seuil de conscience. C’est le même mécanisme qui fait bouger le pendule d’un sourcier ou le verre d’un oui-ja.

Et pourquoi j’insiste autant là-dessus ? Parce que si vous vous intéressez aux capacités psi, l’effet idéomoteur est votre adversaire numéro un. C’est lui qui vous fait souffler sans le savoir, incliner la table de deux dixièmes de millimètre, ou bouger la main de trois millimètres au moment exact où l’objet frémit.

Apprendre à le reconnaître de l’intérieur, c’est donc le meilleur entraînement anti-illusion qui existe, et je vous donne le protocole complet un peu plus bas.

La sensation de flotter en méditation (et pendant la nuit)

Celle-là, on me la rapporte très régulièrement en commentaire. « J’ai eu l’impression de décoller de ma chaise », « mon corps est devenu très léger », « j’ai senti que je flottais à dix centimètres du coussin ».

Je vais être clair : je ne remets absolument pas en cause ce que vous ressentez. Ces sensations sont effectivement réelles, fréquentes et bien décrites. Elles apparaissent notamment dans trois contextes :

  • La méditation profonde, où la relaxation musculaire prolongée réduit fortement les retours sensoriels de pression et de position du corps. Votre cerveau perd alors ses repères de contact, et interprète cette absence comme de la légèreté.
  • L’état hypnagogique, ce moment entre la veille et le sommeil où l’on ressent parfois des sensations de chute, de flottement ou de sursaut.
  • La paralysie du sommeil, où les sensations de flottement, de sortie du corps et de présence sont extrêmement documentées en neurosciences du sommeil.

En somme, ce sont des expériences authentiques et souvent très agréables. Toutefois, elles concernent votre perception du corps, pas sa position réelle dans l’espace. Un test tout bête suffit à trancher : posez une feuille de papier sous vos fesses avant la séance. Si elle glisse toute seule après, appelez-moi.

Les photos de lévitation

En 2011, la photographe japonaise Natsumi Hayashi est devenue virale avec ses autoportraits en lévitation dans les rues de Tokyo. Sa méthode ? Sauter. Des dizaines et des dizaines de fois, avec un déclencheur retardé, jusqu’à obtenir finalement un cliché où le visage est détendu et où les cheveux ne trahissent rien.

Elle n’a jamais prétendu autre chose, et c’est devenu un genre photographique à part entière. Mais des milliers de ces images circulent aujourd’hui hors contexte, présentées comme des preuves. Une photo, par nature, ne montre jamais qu’un instant de 1/500e de seconde ; un saut y ressemble donc exactement à une lévitation.

3 expériences de lévitation à faire chez vous

Assez de théorie. Voici donc trois expériences concrètes, avec le matériel exact et la marche à suivre. La première produit une vraie lévitation, la deuxième vous apprend à repérer vos propres biais et la troisième, enfin, est pour les bricoleurs motivés.

Expérience 1 : faire léviter du graphite pyrolytique (15 à 30 €)

C’est la seule lévitation vraie que vous pouvez produire sur votre table de cuisine, sans électricité, sans fil, et de façon parfaitement reproductible. Le graphite pyrolytique est le solide le plus diamagnétique connu à température ambiante.

Plaquette de graphite pyrolytique en lévitation au-dessus de quatre aimants néodyme, vue de dessus et vue de côté
Le montage exact décrit ci-dessous : quatre aimants néodyme en carré sur une plaque d’acier, et la plaquette de graphite qui flotte à environ un millimètre. La vue du bas montre bien l’espace sous la plaquette. Domaine public.

Le matériel qu’il vous faut

  • 4 aimants néodyme cubiques d’environ 6 × 6 × 3 mm, grade N42 ou supérieur
  • Une plaque d’acier doux (un dessous de casserole en acier ou une simple plaque de fer fait très bien l’affaire)
  • Une plaquette de graphite pyrolytique de 10 × 10 mm environ, 0,5 mm d’épaisseur maximum
  • Une pince à épiler

Le montage, étape par étape

  1. Posez d’abord la plaque d’acier bien à plat : elle ferme le circuit magnétique et renforce le gradient.
  2. Disposez ensuite les 4 aimants en carré 2 × 2, collés les uns aux autres. Alternez les pôles en damier : concrètement, orientez-les de façon à ce que deux aimants voisins s’attirent latéralement. Ils se plaqueront naturellement les uns contre les autres.
  3. Puis, avec la pince à épiler, déposez délicatement la plaquette de graphite au centre, à cheval sur les quatre aimants.
  4. Elle se met alors à flotter à environ un millimètre. Poussez-la doucement du doigt : elle glisse sans friction, puis revient d’elle-même au centre.

Si ça ne marche pas

Dans 9 cas sur 10, la plaquette est trop épaisse. En effet, au-delà d’un demi-millimètre, la masse augmente plus vite que la force diamagnétique et rien ne décolle. Deuxième cause : l’orientation des pôles. Si les quatre aimants sont tous dans le même sens, il n’y a pas de gradient exploitable au centre.

Et pour que vous voyiez à quoi ça ressemble en vrai, voici le même montage photographié de face. Quatre cubes, un petit disque de graphite, et un millimètre de vide.

Quatre aimants néodyme cubiques disposés en carré avec un disque de graphite pyrolytique flottant au centre
Le même montage vu de face. Le disque de graphite flotte au centre des quatre aimants, sans aucun contact. Photo : yellowcloud (CC BY 2.0).

Précaution : les aimants néodyme pincent violemment la peau quand ils se claquent l’un contre l’autre. Tenez-les à l’écart des enfants, des cartes bancaires, des disques durs et de tout porteur de stimulateur cardiaque.

Et voilà : vous venez de produire une lévitation authentique, stable, à température ambiante, sans le moindre trucage. Certes, elle est minuscule, silencieuse et absolument pas spectaculaire. Mais c’est exactement à ça que ressemble un phénomène réel, et c’est aussi pour ça qu’il ne fera jamais un million de vues.

Expérience 2 : la lévitation du bras (gratuite, et beaucoup plus utile qu’elle n’en a l’air)

Objectif : ressentir de l’intérieur ce qu’est un mouvement involontaire. C’est, à mon avis, l’exercice le plus formateur que puisse faire un pratiquant débutant.

  1. Tout d’abord, asseyez-vous, dos droit, avant-bras posé sur la cuisse, paume vers le bas, main complètement relâchée.
  2. Fixez ensuite le dos de votre main, sans effort. Respirez lentement pendant 2 minutes : environ 6 secondes à l’inspiration, 6 secondes à l’expiration.
  3. Répétez mentalement, sur un ton neutre et sans insister : « ma main devient légère… de plus en plus légère… un doigt va se soulever tout seul ».
  4. Ne soulevez rien volontairement. C’est toute la difficulté. Attendez plutôt, et observez les sensations : picotement, chaleur, impression de traction vers le haut.
  5. Généralement, un doigt bouge en premier, puis le poignet, puis l’avant-bras qui se soulève par petites saccades irrégulières. Ces saccades sont la signature du mouvement idéomoteur, car un mouvement volontaire est beaucoup plus fluide.
  6. Pour terminer, dites-vous « la main redevient lourde et normale », et reposez-la tranquillement.

Si rien ne se produit du premier coup, c’est parfaitement normal, puisque la réceptivité varie énormément d’une personne à l’autre. Réessayez un autre jour, sans enjeu.

Ce que cet exercice vous apprend : votre corps est capable de produire un mouvement visible, réel, mesurable, que vous n’avez pas commandé consciemment. Une fois que vous avez ressenti ça, vous ne regardez plus jamais de la même façon un objet qui frémit devant vous.

Enfin, petite note de bon sens : ce n’est pas une thérapie et ça ne remplace rien. Si vous suivez un traitement ou si vous avez des antécédents neurologiques ou psychiatriques, parlez-en d’abord à votre médecin.

Expérience 3 : construire un lévitateur acoustique (pour les bricoleurs)

Là on monte d’un cran, mais le résultat est bluffant : des gouttes d’eau qui restent suspendues en l’air, sur plusieurs étages.

Le plan du TinyLev est publié en accès ouvert depuis 2017. Il vous faut environ 72 transducteurs à ultrasons de 40 kHz (ceux des capteurs de recul de voiture), un Arduino Nano, un double pont en H de type L298N, une alimentation continue et deux calottes imprimées en 3D.

Budget : entre 50 et 100 euros, pour un temps de montage d’une bonne journée si vous soudez correctement. Quant à ce que ça lève : gouttes d’eau, billes de polystyrène, petits composants, fourmis.

Précaution réelle : les ultrasons de forte intensité ne sont pas anodins pour l’audition ni pour les animaux domestiques. Ne collez donc pas votre oreille au dispositif et ne le laissez pas tourner en continu dans une pièce de vie.

Et dans une pratique énergétique, la lévitation est-elle atteignable ?

Nous y voilà. C’est la question que beaucoup d’entre vous attendaient, et je vais y répondre exactement comme je le pense, quitte à décevoir.

Ce que je ne promets pas

Je ne promets pas que vous ferez léviter votre corps. Ni dans six mois, ni dans dix ans. Je n’ai jamais vu ça, je n’ai jamais rencontré personne de crédible qui l’ait vu, et aucun dossier sérieux ne l’établit.

Je ne promets pas non plus que vous ferez décoller un objet à volonté. Et je vais vous expliquer pourquoi cette distinction est cruciale.

Faire tourner et faire décoller, ce n’est pas du tout la même marche

Dans une pratique énergétique, ce qu’on observe en premier lieu, ce sont des rotations et des oscillations sur des objets en équilibre instable : une roue en papier sur une pointe, un crayon sur une surface lisse, une petite bande d’aluminium.

Pourquoi ces objets-là ? Parce que ce genre d’objet est déjà à la limite du mouvement : une infime perturbation suffit à le faire bouger. C’est aussi pour cela qu’ils sont si sensibles aux causes ordinaires, et c’est exactement pour ça qu’on les met sous bocal.

Le décollage, en revanche, change complètement de catégorie. Il faut en effet produire une force verticale continue, égale au poids de l’objet, et la maintenir. Il n’y a plus d’équilibre instable à exploiter, plus de « coup de pouce » possible. C’est un tout autre ordre de grandeur.

Ce que montrent 90 séances sous contrôle infrarouge

Et l’histoire me donne plutôt raison sur ce point. Entre octobre 1930 et décembre 1931, l’Institut Métapsychique International a mené 90 séances avec le médium autrichien Rudi Schneider, sous un contrôle assez génial pour l’époque : des faisceaux infrarouges couplés à des cellules photoélectriques, qui déclenchaient une sonnerie et un appareil photo à la moindre interception.

Résultat, d’après le compte rendu des expériences d’Eugène Osty : des absorptions inexpliquées du rayonnement infrarouge, et seulement sept déplacements d’objets en 77 séances, dont un mouchoir soulevé, une étoffe projetée et un harmonica jeté à un peu plus d’un mètre. Autrement dit, pas de corps qui décolle ni de table qui s’envole.

Osty, lui, y voyait la trace d’une émanation réelle du médium ; moi, ce que je retiens surtout, c’est l’ordre de grandeur : de rares déplacements de petits objets, jamais une lévitation. Voilà exactement ce dont je vous parle depuis le début de cet article.

Certains pratiquants racontent pourtant y être parvenus. Un lecteur m’a d’ailleurs signalé, sous mon article sur l’exercice du crayon, d’anciennes vidéos de « lever de crayon » qui circulent depuis la fin des années 2000.

Je les ai regardées, comme beaucoup d’autres. Et ma position est simple : tant que ce n’est pas filmé en continu, sous enceinte fermée, avec du matériel qui ne vient pas du démonstrateur, je classe ça dans « intéressant, non concluant ».

Ce n’est pas du mépris, c’est au contraire la seule position tenable si l’on veut que la pratique soit prise au sérieux un jour.

Ce qui est réellement observable, et vérifiable

Voici, en revanche, ce sur quoi je m’engage, parce que c’est ce que je constate depuis des années chez les pratiquants que j’accompagne :

  • D’abord, des rotations lentes et reproductibles obtenues sous bocal fermé, après élimination méthodique de la convection, de la statique et des courants d’air.
  • Ensuite, une amélioration nette de l’attention et de la stabilité mentale, qui est franchement le bénéfice le plus sous-estimé de toute cette discipline.
  • Enfin, une capacité à repérer ses propres biais qui, honnêtement, vaut de l’or dans à peu près tous les domaines de la vie.

Si vous partez de zéro et que vous voulez commencer proprement, lisez d’abord mon guide pour les débutants, qui pose les bases mentales et environnementales. Puis attaquez par l’exercice de la pyramide, qui reste le point d’entrée le plus accessible. Vous trouverez par ailleurs l’ensemble des entraînements gratuits dans ma section exercices et pratiques.

Et si vous vous demandez à quoi ressemble un pratiquant sérieux au quotidien, loin des clichés, j’ai écrit un article entier sur ce qu’est réellement un télékinésiste. Spoiler : ça ressemble beaucoup plus à quelqu’un d’assis en silence devant un bout de papier qu’à un personnage de film.

Mon avis personnel sur la lévitation

Je vais vous le dire franchement, sans langue de bois, comme je le fais toujours ici.

Sur la lévitation physique : c’est un fait acquis, démontré, industrialisé ; ce n’est même plus un débat. Et je trouve dommage que si peu de gens le sachent, parce que c’est autrement plus fascinant qu’un type qui se dresse sur la pointe d’un pied dans une rue de New York.

Sur la lévitation humaine par l’esprit : je n’y crois pas, dans l’état actuel des choses. Non pas par principe, mais parce que le dossier est vide. Cinq siècles de récits, aucune observation en conditions contrôlées, et un taux de fraude documenté qui frôle les 100 % dès qu’on regarde de près. À un moment, ce silence-là parle.

Sur le décollage d’un petit objet dans une pratique énergétique : là, ma position est différente et volontairement ouverte. Je considère que c’est le stade le plus difficile, le moins vérifié, et celui sur lequel il faut être le plus prudent.

Malgré tout, je ne le déclare ni impossible ni acquis. Je dis simplement que je n’ai pas encore vu de démonstration qui passe les six questions de ma grille. Le jour où j’en verrai une, je le dirai ici, et je serai le premier ravi.

Le tort que le fantasme fait aux pratiquants sérieux

Ce qui me dérange le plus, en réalité, ce n’est pas la question de la triche. C’est le tort que la lévitation fantasmée fait à un domaine que je prends au sérieux depuis l’adolescence.

Parce qu’à force de promettre des corps qui décollent, on fait fuir tous les esprits rigoureux et on attire exclusivement ceux qui veulent y croire. C’est le pire filtre possible. La réalité de la pratique, c’est quelqu’un d’assis en silence devant un objet minuscule, sous un bocal en verre, qui observe pendant dix minutes un frémissement de deux millimètres. Ce n’est pas viral. Ce n’est pas vendeur. Mais c’est honnête.

L’envie de faire bouger les choses ne vous a pas quitté ?

C’est normal, c’est elle qui vous a fait lire cet article jusqu’ici. Le blocage, ce n’est jamais le manque de « don », c’est plutôt l’absence de repères : quoi faire, combien de temps, quoi observer, quand arrêter. La Formation Psytheos canalise cette envie avec une progression claire, des séances courtes et des protocoles anti-illusion pour savoir enfin si l’effet vient de vous.

Accès immédiat, séances courtes. Juste une méthode.

La lévitation dans la culture populaire

Impossible de faire l’impasse là-dessus, parce que c’est de là que vient l’image que nous avons tous en tête.

Au cinéma, la scène fondatrice reste probablement Yoda soulevant le X-wing hors du marais de Dagobah dans L’Empire contre-attaque (1980). Il y a aussi Regan qui s’élève au-dessus de son lit dans L’Exorciste (1973), les capes et les personnages en suspension de Doctor Strange, Neo qui s’immobilise en l’air dans Matrix, les montagnes flottantes d’Hallelujah dans Avatar, et bien sûr l’oncle Albert de Mary Poppins qui décolle à force de rire.

Chez Harry Potter, également, la formule Wingardium Leviosa est probablement le sort le plus connu de la saga. Le fait qu’il s’agisse littéralement d’un sortilège de lévitation, appris en première année, en dit long sur la place de ce fantasme dans l’imaginaire collectif.

Côté jeu vidéo, Control (2019) permet de faire léviter et de projeter à peu près tout le mobilier d’un immeuble, ce qui est extrêmement satisfaisant et absolument pas représentatif de quoi que ce soit.

Enfin, en musique, une bonne partie des recherches actuelles sur le mot vient du titre Levitating de Dua Lipa, sorti en 2020 sur l’album Future Nostalgia. Ce qui explique, soit dit en passant, pourquoi les résultats Google sur ce mot-clé sont un tel bazar.

Le meilleur exemple de tous : la chaussure brevetée de Michael Jackson

Je garde ma préférée pour la fin, parce qu’elle résume tout le sujet en une anecdote.

Dans Smooth Criminal, Michael Jackson et ses danseurs s’inclinent vers l’avant à environ 45 degrés, bien au-delà de leur centre de gravité. Une génération entière y a vu quelque chose de surhumain. En vidéo, pourtant, c’était obtenu avec des câbles.

Mais pour le faire en concert, Jackson a fait mieux : il a déposé un brevet. Le brevet américain n° 5 255 452, délivré le 26 octobre 1993 et intitulé « Method and means for creating anti-gravity illusion », décrit une chaussure munie d’une fente au talon, qui vient se verrouiller sur un ergot escamotable sortant du plancher de la scène.

Planche du brevet américain 5 255 452 de Michael Jackson montrant la chaussure à fente et l'ergot de scène pour l'illusion antigravitationnelle
La planche originale du brevet de Michael Jackson. On y voit la fente du talon et l’ergot qui sort du plancher de scène. Document des Archives nationales américaines, libre de droits.

Autrement dit : l’illusion antigravitationnelle la plus célèbre du XXe siècle n’était ni psychique, ni magique, ni mystérieuse. C’était une chaussure, avec un numéro de brevet, un dessin technique et des revendications juridiques.

Franchement, je ne connais pas de meilleure conclusion à un article sur la lévitation.

Ce que je retiens

La lévitation est l’un des rares sujets où la réalité est plus intéressante que le mythe.

Pendant que des vidéos truquées circulent en boucle, une grenouille flotte pour de vrai dans un aimant néerlandais, un disque supraconducteur reste verrouillé la tête en bas au-dessus d’un rail, un train de 200 tonnes file à 600 km/h sans toucher quoi que ce soit, et un laboratoire américain fait tenir une goutte de médicament en l’air avec du son.

Voilà la vraie lévitation : elle existe, elle est stupéfiante, et elle n’a besoin de convaincre personne.

Quant à la lévitation humaine par la seule force de l’esprit, elle reste, après cinq siècles de récits, un dossier vide. Ça ne veut pas dire qu’il faut arrêter d’explorer. Ça veut dire qu’il faut explorer proprement : éliminer d’abord toutes les causes ordinaires, documenter honnêtement ses échecs, et n’attribuer un mouvement à la conscience qu’en tout dernier recours.

C’est moins excitant qu’un corps qui décolle, mais c’est infiniment plus solide.

Dites-moi ce que vous en pensez

Et vous, que pensez-vous de la lévitation ? Avez-vous déjà ressenti cette impression de flotter pendant une méditation, ou observé quelque chose que vous n’arrivez pas à expliquer ? J’adore quand les lecteurs partagent leur ressenti sur Psytheos. Alors si vous avez la moindre question, le moindre doute ou une expérience à raconter, déposez un commentaire au bas de cette page. Je me ferai une joie de vous répondre personnellement.

Et si vous voulez creuser l’ensemble du domaine, je vous invite à parcourir mon guide complet, ainsi que mes ressources et exercices pour passer de la théorie à la pratique.

Questions fréquentes à propos de la lévitation

La lévitation existe-t-elle vraiment ?

Oui, mais il faut préciser laquelle. La lévitation physique est effectivement démontrée et utilisée quotidiennement : diamagnétisme, supraconductivité, ultrasons, lasers, trains à sustentation magnétique. En revanche, la lévitation d’un corps humain par la seule intention mentale n’a jamais été validée dans un protocole reproductible et contrôlé. Les deux affirmations sont vraies en même temps, et c’est précisément ce que la plupart des articles confondent.

Un être humain peut-il léviter ?

Sur le plan physique, rien ne l’interdit : le corps humain est diamagnétique, car il est composé majoritairement d’eau, exactement comme la grenouille qui a lévité à Nimègue en 1997 dans un champ de 16 teslas. Le problème est cependant purement technique : il faudrait un aimant dont le tube fasse environ un mètre de diamètre tout en conservant le même champ, ce qui n’a jamais été construit. Et par la pensée seule, aucun cas validé n’existe à ce jour.

Comment faire de la lévitation chez soi ?

La méthode la plus simple et la plus fiable consiste à faire léviter une plaquette de graphite pyrolytique de moins de 0,5 mm d’épaisseur au-dessus de quatre aimants néodyme disposés en damier sur une plaque d’acier. Le résultat est immédiat, stable et reproductible, pour 15 à 30 euros de matériel. C’est une vraie lévitation, sans électricité et sans trucage, et le protocole complet est d’ailleurs détaillé dans cet article.

Quelle différence entre lévitation et antigravité ?

La lévitation compense la gravité avec une autre force (magnétique, acoustique, optique, aérodynamique). La gravité est donc toujours là, elle est simplement équilibrée. L’antigravité désignerait une annulation ou une inversion de la gravité elle-même, ce qui n’a jamais été observé et ne correspond à aucune théorie physique validée. Confondre les deux est l’erreur la plus fréquente sur ce sujet.

Comment les magiciens font-ils léviter quelqu’un dans la rue ?

Le plus souvent avec la lévitation Balducci, publiée en 1974. Le magicien se place de trois quarts dos, se dresse sur la pointe du pied caché et lève l’autre pied ainsi que le talon visible. Depuis le bon angle, il semble alors décoller de deux à trois centimètres pendant deux à quatre secondes. Sur scène, on utilise plutôt des fils d’acier reliés à un harnais, comme dans le numéro de David Copperfield décrit dans le brevet américain 5 354 238.

Pourquoi ai-je l’impression de flotter pendant ma méditation ?

Parce que la relaxation musculaire prolongée réduit fortement les retours sensoriels de pression et de position du corps. Votre cerveau perd alors ses repères de contact et interprète cette absence comme de la légèreté ou du flottement. La sensation est donc réelle et très fréquente, mais elle concerne la perception du corps et non sa position réelle. On observe le même phénomène dans l’état hypnagogique et dans la paralysie du sommeil.

Le « vol yogique » est-il une vraie lévitation ?

Non. Ce que l’on observe dans le programme TM-Sidhi de la Méditation Transcendantale, ce sont des bonds effectués en position du lotus, propulsés par les muscles des cuisses et du tronc, généralement sur un matelas de mousse épaisse. Les photos sont prises au sommet du bond : il n’y a ni phase de suspension, ni stationnaire, ni descente ralentie. Les partisans du mouvement présentent d’ailleurs eux-mêmes cette phase comme la première d’un cycle de trois, les deux autres n’ayant jamais été démontrées publiquement.

Existe-t-il des preuves scientifiques de la lévitation humaine ?

Aucune preuve au sens scientifique du terme. Il existe des témoignages historiques abondants, dont le plus fourni concerne Joseph de Cupertino avec environ 70 épisodes retenus lors de son procès en canonisation achevé en 1767. Mais ces témoignages ont été recueillis dans un cadre religieux, sans protocole de contrôle, et n’ont jamais été reproduits. Les cas modernes, quant à eux, ont tous échoué ou ont été démasqués une fois soumis à des conditions strictes.

La lévitation est-elle dangereuse à pratiquer ?

Les expériences décrites dans cet article ne présentent pas de danger particulier, à condition de respecter les précautions liées aux aimants néodyme (pincements, cartes bancaires, stimulateurs cardiaques) et aux ultrasons de forte intensité (audition, animaux domestiques). Côté pratique énergétique, en revanche, le seul vrai risque est de forcer mentalement jusqu’à provoquer maux de tête et fatigue. Dans ce cas, arrêtez la séance, hydratez-vous et reprenez un autre jour.

Combien de temps faut-il pour apprendre la lévitation ?

Pour la lévitation physique, une heure de montage suffit. La lévitation d’un objet dans une pratique énergétique est en revanche une tout autre affaire : le décollage est le stade le plus difficile, et beaucoup de pratiquants réguliers ne l’observent jamais.

Je recommande de commencer par des mouvements de rotation sur des objets en équilibre instable, sous protocole anti-illusion, avant même de penser à faire décoller quoi que ce soit. Quiconque vous promet une lévitation en quelques semaines vous vend du rêve.

Sources et références : comment je trie le solide du bancal

Sur un sujet aussi mélangé, toutes les sources ne se valent pas. Et personnellement, je trouve que la plupart des articles en ligne empilent allègrement publications scientifiques, hagiographies du XVIIe siècle, tours de scène et vidéos virales dans le même paragraphe. C’est exactement ce qu’il faut éviter.

Voici donc les sources que j’ai utilisées, classées par niveau de fiabilité méthodologique. À vous, ensuite, de décider du poids que vous accordez à chacune.

1. Publications scientifiques à comité de lecture

  • Michael Berry et Andre Geim (1997), « Of flying frogs and levitrons », European Journal of Physics, 18(4), pages 307-313. → L’article de référence sur la lévitation diamagnétique, incluant notamment la grenouille de Nimègue.
  • Samuel Earnshaw (1842), « On the nature of the molecular forces which regulate the constitution of the luminiferous ether », Transactions of the Cambridge Philosophical Society, volume 7, pages 97-112. → Le théorème qui explique pourquoi la lévitation stable est si difficile.
  • Walther Meissner et Robert Ochsenfeld (1933), « Ein neuer Effekt bei Eintritt der Supraleitfähigkeit », Naturwissenschaften, 21, pages 787-788. → La découverte de l’effet Meissner.
  • Arthur Ashkin (1970), « Acceleration and trapping of particles by radiation pressure », Physical Review Letters, 24(4), pages 156-159. → L’acte de naissance des pinces optiques, récompensé ensuite par le prix Nobel de physique 2018.
  • Asier Marzo, Adrian Barnes et Bruce Drinkwater (2017), « TinyLev: A multi-emitter single-axis acoustic levitator », Review of Scientific Instruments, 88(8), 085105. → Le plan complet du lévitateur acoustique open source.

2. Brevets et documents techniques

  • John Gaughan (1994), brevet américain n° 5 354 238, « Levitation apparatus », délivré le 11 octobre 1994. → La description officielle du numéro de lévitation de David Copperfield, avec les fils d’acier de 0,010 pouce peints en sombre.
  • Michael Jackson, Michael Bush et Dennis Tompkins (1993), brevet américain n° 5 255 452, « Method and means for creating anti-gravity illusion ». → La chaussure de Smooth Criminal, brevet délivré le 26 octobre 1993.
  • Roy Harrigan (1983), brevet américain n° 4 382 245, « Levitation device », délivré le 3 mai 1983. → La lévitation stabilisée par rotation, à l’origine du Levitron.

3. Sources historiques et cas documentés

  • Actes du procès en canonisation de Joseph de Cupertino, enquêtes canoniques menées entre 1664 et 1695, canonisation prononcée le 16 juillet 1767 par Clément XIII. → À lire comme document religieux plutôt que comme rapport d’observation.
  • Thérèse d’Avila (1588), Libro de la Vida, chapitre 20. → Le témoignage à la première personne le plus intéressant du corpus, notamment parce qu’elle demandait qu’on la retienne au sol.
  • Lord Adare (1869), Experiences in Spiritualism with Mr D.D. Home. → Le récit de la nuit du 13 décembre 1868, à confronter avec celui du Master of Lindsay pour mesurer les contradictions.
  • Le reportage photographique de P.Y. Plunkett sur Subbayah Pullavar, Illustrated London News, juin 1936. → Regardez la main posée sur le bâton drapé, tout est là.

4. Ressources de référence académique

5. Critiques sceptiques et sources d’illusionnisme

  • Peter Lamont (2004), The Rise of the Indian Rope Trick: How a Spectacular Hoax Became History, Thunder’s Mouth Press. → La démonstration que le tour de la corde indienne est né d’un canular du Chicago Tribune en 1890.
  • Ed Balducci (juillet 1974), « Impromptu Levitation », The Pallbearers Review, volume 9, n° 9. → La publication d’origine de la lévitation de rue.
  • Frank Podmore (1902), Modern Spiritualism: A History and a Criticism. → L’analyse critique historique des lévitations de médiums, dont Home et Palladino.
  • Dossier photographique de Colin Evans (1937-1938). → Regardez le fil qui sort de sa main gauche, il déclenche lui-même le flash.

6. Crédits des illustrations

Autant être transparent là-dessus aussi, d’autant que certaines licences l’exigent.

  • Grenouille en lévitation diamagnétique : photo de Lijnis Nelemans, High Field Magnet Laboratory, Radboud University Nijmegen, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
  • Effet Meissner : photo de Mai-Linh Doan, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
  • Transrapid de Shanghai : photo de Max Talbot-Minkin, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.
  • Lévitation acoustique : photo ENERGY.GOV / Argonne National Laboratory, domaine public.
  • Gravure de Joseph de Cupertino : photo de Helvio ricina, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
  • Gravure de Daniel Dunglas Home et affiche de Harry Kellar : domaine public, via Wikimedia Commons.
  • Séance d’Eusapia Palladino : photo de H. Mairet, domaine public, via Wikimedia Commons.
  • Graphite pyrolytique en lévitation (vue de dessus et de côté) : Splarka, domaine public, via Wikimedia Commons.
  • Graphite pyrolytique sur quatre aimants néodyme : photo de yellowcloud, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.
  • Planche du brevet de Michael Jackson : Archives nationales américaines, sans restriction de réutilisation.
  • Les trois infographies (familles de lévitation, 7 procédés, grille des 6 questions) : réalisées par mes soins pour cet article.

7. Mon mot sur cette grille de lecture

Ce que je retiens, c’est que la lévitation est probablement le seul sujet de ce site où la colonne « démontré » est infiniment plus riche que la colonne « revendiqué ». La physique fait léviter de la matière tous les jours, avec des équations, des brevets et même des trains de voyageurs. Le paranormal, lui, n’a jamais rien produit de reproductible sur ce point précis.

Ce n’est pas un verdict définitif, c’est plutôt un état des lieux. Et comme toujours sur Psytheos, je vous invite à consulter ces sources vous-même au lieu de me croire sur parole. C’est la seule posture qui vaille sur un sujet pareil.

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